• MÉTÉO
  • SOCIÉTÉ
  • ECONOMIE
  • POLITIQUE
  • DÉCOUVERTE
  • FAITS DIVERS

Fusillade à Strasbourg : “On n'avait pas besoin de ça”, la communauté musulmane entre colère et stupeur

Strasbourg centre vide suite à l'attentat de mardi 11 décembre 2018 / © France3Alsace
Strasbourg centre vide suite à l'attentat de mardi 11 décembre 2018 / © France3Alsace

Habitants de la cité du Hohberg à Strasbourg et responsables de la communauté musulmane se disent "consternés" par l'attaque de lundi soir. "On me regarde déjà différemment... le regard des gens change à cause d’un connard".
 

Par Catherine Munsch

Cherif Chekkat, 29 ans à l'origine de l'attaque mortelle Strasbourg, habite la cité du Hohberg, dans le quartier de Koenigshoffen. Les habitants du quartier qui découvrent que l'assaillant est un de leurs voisins sont surpris et choqués, même si certains ont pu le trouver violent. L'assaillant, toujours recherché ce jeudi aurait crié "Allah Akbar"selon le procureur de la République de Paris, Rémy Heitz. Dans la communauté musulmane, c'est un nouveau coup dur. Comme après chaque attentat, impliquant des terroristes issus de la communauté musulmane, les fidèles qui pratiquent leur religion normalement sont gênés, voire accablés par l'image que renvoient d'eux ces terroristes. Un habitant de la cité Hohberg, consterné témoigne : 

"Pour l’image de la ville, pour nous, communauté maghrébine, musulmane, ça ne fait vraiment pas plaisir. On n’avait pas besoin de ça, surtout ces derniers temps."
 

"Il y en a beaucoup qui vont trinquer. Moi ce matin en faisant mon parcours habituel, on me regarde déjà différemment... ça change, le regard des gens changent à cause d’un connard". Et de continuer: "En période de fêtes… on n’avait pas besoin de ça."
 

"Ne pas laisser une chance aux terroristes de nous séparer"

Abdelhaq Nabaoui, président du CRCM, Conseil régional du culte musulman de Strasbourg, a reçu mercredi matin, plusieurs appels de fidèles choqués par ce nouvel attentat. Notamment des proches d'une des victimes. "Mercredi matin, j’ai eu un appel d’un membre de la famille d’un fidèle musulman [Kamal Naghchband, en état de mort cérébrale suite à l’attaque de lundi].

Il m’a dit: "Les terroristes ne distinguent rien, ni personne, ils tirent sur tout le monde. Nous on est victimes comme les autres citoyens." Le président continue: "Quelle que soit la religion des gens, athée, musulman, chrétien, juif, ce qui est visé ici, c’est la République, donc on se doit d’être solidaire et de ne pas tomber dans le piège tendu par les terroristes. Nous devons être unis et ne pas leur laisser une seule chance de nous séparer. C’est un acte qui se rajoute à une série d’actes abominables."
 

"Ça peut tomber sur n'importe qui, j'aurais pu être une des victimes"

"Lundi soir, j’avais rendez-vous à 20 heures dans le quartier. Je devais prendre un café avec quelques personnes. Ça s'est annulé en dernière minute pour des raisons d'emploi du temps. Mais j’aurais pu être parmi les victimes. N'importe qui peut être touché, les terroristes tirent sur tout le monde. L’islam n’a rien à voir avec ces actes abominables. Si on tue une seule personne, dit le Coran, c’est comme si on tuait toute l’humanité. Nous pensons aujourd'hui aux familles des victimes et aux policiers, gendarmes et militaires. Je salue leur abnégation et dévouement, au point de laisser parfois leur vie."
 

"Éviter l'amalgame" 

A la nouvelle mosquée de Hautepierre, le président Abdel Hafit Akhlim explique que les fidèles sont appelés à rester calmes, face à d'éventuelles invectives dont ils feraient l'objet. "On peut comprendre le regard méfiant de certains, ils se disent que c’est quelqu'un de cette religion qui a commis l'attentat, alors ça retombe sur toute la communauté, qui elle ne demande qu’à vivre ensemble avec tout le monde. Nous demandons donc à nos fidèles d’être responsables face à ce genre de déclarations. 

"Nous travaillons tous ensemble pour un islam apaisé et d'ouverture. Nous combattons le communautarisme, dans le sens éducatif. Nous sommes tous abasourdis par ce nouvel attentat. On ne peut que condamner ces actes terribles. Ça ne peut pas être un fidèle mais un chien enragé",
dit en s'excusant du terme, le président de la mosquée de Hautepierre. "Mercredi soir, j'ai rencontre l'imam, pour travailler avec lui sur les moyens à mettre en place pour que des gens qui partiraient dans de la radicalisation soient "dénoncés", que les prêches et l'éducation évitent toute mauvaise interprétation, grâce à des propos clairs. Nous voulons leur rappeler que l'islam et la République vont de pair. Les valeurs de la République nous protègent. Il faut le comprendre.

Le communiqué du Conseil des imams et cadres religieux d’Alsace

"Une fois de plus, la France a été la cible d’une attaque abominable et criminelle faisant trois morts et plusieurs blessés. Le CRCM Alsace ainsi que le Conseil des Imams et des Cadres Religieux d’Alsace (CICRA) condamnent avec fermeté cet acte lâche perpétré dans notre capitale européenne, modèle du vivre ensemble.

Nous sommes consternés par la gravité des faits, en pleine période de fêtes. Nous tenons à adresser nos condoléances et notre compassion à l’égard des victimes, ainsi qu’à leurs familles et leurs proches. Nous souhaitons un prompt rétablissement pour les victimes blessées. Nous tenons à saluer le courage et l'abnégation des policiers, des militaires sentinelles, des sapeurs-pompiers qui donnent tout (y compris parfois leur vie) pour préserver la concorde nationale.

Dans ce climat délétère, nous appelons tous les imams et les cadres religieux à se mobiliser massivement pour mener une réflexion profonde et sérieuse sur les causes et les mécanismes de ces dérives. Nous appelons également les imams et les cadres religieux d’Alsace à réaffirmer lors du prêche du vendredi l’attachement des musulmans de France aux valeurs républicaines et à mener une réflexion profonde et sérieuse sur les causes et les mécanismes de ces dérives. Ensemble, unis et solidaires, nous devons faire face aux nombreux défis qui se posent en notre temps, dans un monde dominé par la peur, marqué par la méfiance et menacé par le rejet de l’autre, les amalgames et le repli sur soi. "

A lire aussi

Sur le même sujet

Interview du doyen de la faculté des sciences de Nancy

Les + Lus