Glyphosate : “une molécule dangereuse pour la santé“ vs ”la loi ne peut pas l'interdire”

Martine Wonner et Antoine Herth, les deux seuls députés alsaciens à avoir pris position sur le glyphosate / © Agir pour l'environnement
Martine Wonner et Antoine Herth, les deux seuls députés alsaciens à avoir pris position sur le glyphosate / © Agir pour l'environnement

Martine Wonner (LREM) a corédigé l'amendement présenté à l'Assemblée dans la nuit de lundi à mardi pour inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate. Elle a voté pour. Antoine Herth (UAI) a lui voté contre. Les 13 autres députés alsaciens se sont abstenus.

Par Florence Grandon

Dans la nuit de lundi à mardi, l'Assemblée nationale a rejeté un amendement visant à inscrire dans la loi l'interdiction du glyphosate, un herbicide jugé probablement cancérogène par l'Organisation mondiale de la santé (OMS). L'association Agir pour l'environnement a publié le résultat du vote, député par député, département par département, pour informer les citoyens du vote du député de leur circonscription. Nous avons posé quelques questions aux deux seuls députés alsaciens qui ont pris position sur ce sujet délicat.

Contre l'interdiction du glyphosate

Antoine Herth a voté contre l'inscription dans la loi de l'interdiction du glyphosate parce que "ce n'est pas le bon outil". Selon lui, c'est à l'Europe de légiférer sur le sujet (interdire ou autoriser la molécule), la France ne pouvant qu'interdire la mise sur le marché et la commercialisation d'un produit. Pour lui, cette loi serait "un passage en force, qui nous obligerait à nous asseoir sur le droit européen".

La loi française ne peut pas interdire le glyphosate, c'est comme ça.

A la question de savoir ce qu'il pense de cet herbicide, il répond : "je considère que le glyphosate est une molécule qui doit être analysée pour établir sa dangerosité ou pas. Et si des conclusions sont faites qui prouvent sa dangerosité, alors j'en tirerai les conséquences." Il attend donc le rapport de l'ANSES (agence nationale de sécurité sanitaire de l’alimentation, de l’environnement et du travail), l'agence doit rendre ses conclusions à l'automne prochain... mais il se prononce d'ores et déjà contre le projet de loi.

Antoine Herth / © Agir pour l'environnement
Antoine Herth / © Agir pour l'environnement

Il insiste aussi sur la différence entre l'interdiction de vente aux particuliers (les herbicides contenant du glyphosate sont interdits à la vente pour les particuliers depuis le 1er janvier 2018) et l'autorisation pour les professionnels : "avec les particuliers, qui ne sont pas formés, il y avait des surdosages et des problèmes d'utilisation, c'est pour ça qu'il y a eu interdiction. Pour les professionnels, il y a d'autres enjeux, notamment économiques. Et ils sont formés à l'utiliser correctement". Antoine Herth est lui même agriculteur.


Pour l'interdiction du glyphosate

Martine Wonner a voté pour l'inscription dans la loi de l'interdiction du glyphosate, elle a d'ailleurs participé à la rédaction de l'amendement sur le glyphosate, avec le député Matthieu Orphelin (LREM). "J'ai soutenu mon propre amendement, et je suis d'accord avec le président Macron sur ce point, qui souhaite faire mieux que l'Europe en la matière". Mais il y a une condition : trouver un produit de substitution au glyphosate, qui ne soit pas trop cher. Faute de cela, elle considère qu'il faut attendre encore 5 ans que l'Europe légifère sur le sujet (et ne renouvelle pas l'autorisation faite à Monsanto). "Je considère que l'inscription dans la loi maintenant est importante, pour mettre l'accent rapidement sur la recherche et trouver cet herbicide de substitution". Sans cela, dans 3 ans, il n'y aura toujours pas d'herbicide alternatif et on ne pourra toujours pas l'interdire. 

Cette molécule est dangereuse pour la santé. Et en tant que médecin, c'est très important pour moi d'interdire le glyphosate.

Elle explique que les discussions sont parfois rudes avec les agriculteurs, mais qu'ils font beaucoup d'effort. "Dans le Bas-Rhin, depuis plusieurs années, les agriculteurs ont divisé par 10 l'utilisation du glyphosate. Ils sont responsables et beaucoup voudraient trouver une alternative au glyphosate".

Martine Wonner / © Agir pour l'environnement
Martine Wonner / © Agir pour l'environnement

Concernant l'absence des ses collègues députés le jour du vote de ce projet de loi emblématique, elle est bonne camarade et précise que les députés travaillent énormément. "C'est dommage que le débat sur le glyphosate ait eu lieu à 1h30 du matin dans la nuit de lundi à mardi, parce que du coup, 80 députés, ce n'est pas représentatif pour un vote". Le projet de loi sur l’agriculture et l’alimentation est parti au Sénat, sans l'amendement sur le glyphosate. La deuxième lecture à l'Assemblée aura lieu avant la coupure de l'été, sans doute début juillet.

Coup de théâtre

Emmanuel Macron s'est exprimé sur l'interdiction du glyphosate jeudi 31 mai, lors d'un déplacement dans l'Ain."La bonne façon de le faire, ce n’est pas de mettre dans la loi une interdiction pour tout le monde parce qu’on sait qu’il y a 10, 15% des situations où ça n’est pas possible", a déclaré Emmanuel Macron en marge d’une visite dans l’Ain jeudi 31 mai. "Il y aura un point de rendez-vous et si les choses n’avancent pas dans trois ans, on passera par la loi".
A suivre.

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