Mulhouse : pour réduire les rodéos urbains, des stages de figures acrobatiques à moto

Pour lutter contre le phénomène dit de rodéos urbains, la Cité de l’Automobile, la Police nationale et la Ville de Mulhouse organisent depuis le début de l’année des stages de prévention destinés aux jeunes. Objectif : faire de l’acrobatie à moto une pratique sportive encadrée.
l’acrobatie à moto s'apprend la Cité de l'automobile
l’acrobatie à moto s'apprend la Cité de l'automobile © Aurélien Weisrock

Jeudi 29 juillet 2021, six jeunes Mulhousiens et Colmariens ont participé à la nouvelle session d’un stage pour le moins original. Ils ont investi l’autodrome de la Cité de l’automobile pour découvrir le stunt, ou la réalisation de figures acrobatiques sur moto. Une pratique venue des Etats-Unis, pratiquée par de plus en plus de jeunes de manière sauvage.

"Il y a une partie théorique, on insiste par exemple sur l’importance de l’équipement et il y a aussi de la pratique avec des démonstrations. Le but est de leur montrer qu’on peut faire ça en toute sécurité et pas n’importe où", explique Yannick Dupont, alias Stunt Yannick.

Professionnel de la discipline, c’est lui qui pilote ces journées de sensibilisations lancées début 2021 par la Ville de Mulhouse, le Centre de loisir jeunesse de la Police nationale et la Cité de l’Automobile. Un projet baptisé "culturestunt" né un an plus tôt, pour tenter d’apporter une solution à une problématique récurrente. Celle des rodéos urbains illégaux, générateurs de dangers et de nuisances pour les riverains.

"Nous nous donnons pour ambition de faire évoluer la culture de cette pratique pour la faire basculer du modèle urbain illégal à celui d’une pratique sportive cadrée et réglementée", confirme Aurélien Weisrock, directeur de la Cité de l’automobile.

Les participants sont volontaires, repérés par les éducateurs spécialisés des centres sociaux ou encore par la police. "L’objectif c’est de cibler ceux qui pratiquent".

Les rodéos sauvages dans le viseur de la police

A l’image d’autres villes de France, Mulhouse voit le phénomène s’amplifier depuis plusieurs années. De nombreux jeunes s’improvisent, au travers des rues de la ville, acrobates sur des deux-roues, souvent au mépris des règles du code de la route et de la sécurité.  Certains en profitant pour se mesurer aux forces de l’ordre. Dans la cité du Bollwerk, les contrôles ne cessent de s’intensifier.  Le 23 juillet dernier encore, trois interpellations ont eu lieu dans le quartier des Coteaux.

Dans le Bas-Rhin, même constat, avec parfois des conséquences dramatiques. A Strasbourg, en juin dernier, un jeune homme avait fauché un enfant de 10 ans lors d’un rodéo. Le garçon avait été blessé à la tête et au torse. Le conducteur avait écopé d’un an de prison avec maintien en détention et un an avec sursis probatoire pendant trois ans. Avant cela, au mois d’avril 2021, une vingtaine de motos et de scooters avaient également participé à un rodéo au centre-ville. Une dizaine de protagonistes avaient été arrêtés, démasqués par la vidéosurveillance.

"Le rodéo c’est devenue une culture. Sur les réseaux sociaux les vidéos pullulent", reprend Aurélien Weisrock. Le problème, pour Stunt Yannick est que "la répression ne fonctionne que sur une minorité. A la base ça vient d’une passion. Les jeunes ne font pas ça pour embêter la police. Ils recherchent des sensations fortes. Mais un bon pilote, c’est quelqu’un qui calcule les risques. Il faut arrêter de faire l’autruche. Il y a des détracteurs qui disent « bravo, tu leur apprend à faire les cons sur la route. C’est faux je leur apprends juste à faire ça de manière encadrée et en toute sécurité".

Faire du Stunt, une pratique sportive réglementée

Avec douze journées en 2021, dont quatre sur la seule période estivale, ces stages financés à hauteur de 30.000 euros par des partenaires privés et publics tels que la CEA ou la ville de Mulhouse, permettront de sensibiliser quelques 70 jeunes Alsaciens. Mais les instigateurs du projet ne comptent pas s’arrêter là.

A court terme, l’objectif est d’offrir de nouvelles cessions en 2022. A l’avenir, les organisateurs et partenaires visent aussi la formation d’un club au sein duquel la pratique pourrait être régulière, "pour qu’il n’y ait plus d’excuse et qu’on dise qu’il n’y a rien pour les jeunes". Les prémices d’un règlement sportif commencent même à émerger.

"Le plaisir de la mécanique n’a jamais été encadré de manière collective. Donnons aux jeunes la chance de pratiquer en mettant en place une pratique structurée, un code moral aussi", insiste le directeur de la Cité de l’automobile. "C’est la même chose que le hip-hop dans les années 80. On est passé d’une pratique illégale dans les caves à une pratique olympique. Aujourd’hui, on s’inspire de ça".

Reste donc à mettre un sérieux coup d’accélérateur pour tenter d’enrayer un phénomène désormais majeur.  En France, depuis le début de l'année, 704 interpellations en lien avec les rodéos urbains ont été réalisées et 953 véhicules ont été saisis. Le délit est puni d'un an de prison et 15 000 euros d'amende. 

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