"On nous confisque l’indépendance de pensée", des chercheurs alsaciens s'opposent à la loi de programmation

Alors que la loi de programmation de la recherche (LPR) a été adoptée par le Sénat le 30 octobre, de nombreux chercheurs et universitaires alsaciens demandent sa suspension. Atteinte de l'indépendance, métiers plus précaires..., une pétition nationale a recueilli près de 27.000 signatures.

© Jean-Marc Loos / Maxppp
Une pétition demandant la suspension de la loi de programmation de la recherche (LPR) a recueilli près de 27.000 signatures. Parmi elles, celles d'universitaires et de chercheurs alsaciens qui pointent notamment trois amendements portant atteinte à l'indépendance de la recherche mais aussi à une précarisation de la profession. Adoptée par le Sénat le 30 octobre, cette loi définit les objectifs dans le domaine de la recherche et fixe le budget pour les années 2021-2030. 

Plusieurs collectifs nationaux, à l'instar de la Facs et labos en lutte, RogueESR ou Sauvons l'Université, demandent la fin du processus législatif et la rédaction d'un nouveau texte. Les signataires dénoncent une "attaque les libertés académiques et de la liberté d'expression."
 

Des libertés académiques compromises

Première cible des chercheurs, la notion de "valeurs de la république", présente dans l'un des amendements : "Les libertés académiques réservées aux universitaires et aux enseignants-chercheurs doivent s'exercer dans le respect des valeurs de la République." Cette entrée du politique dans le monde universitaire ne plaît pas et fait craindre des dérives.

"On nous confisque l'indépendance de pensée. Ça permet d'attaquer plus facilement les universitaires. Si un professeur critique une politique du gouvernement et que le gouvernement considère que c'est contre ces 'valeurs', il va pouvoir le poursuivre en justice", déclare à France 3 Alsace un chercheur de l'Unistra qui a voulu rester anonyme. 
 

Une qualification revue à la baisse

Un autre amendement permet "de déroger pour un ou plusieurs postes à la nécessité d’une qualification des candidats" de la part du Conseil national des universités (CNU). Ce conseil valide le profil d'une personne pour qu'elle puisse enseigner à l'université ou devenir maître de conférence.

Selon le chercheur de l'Unistra, cette dérogation aura comme effet à la fois la précarisation du métier et la mise en place de "promotions par copinage avec la direction" de l'université. "Le CNU nous donne une qualification. On donne le pouvoir aux président d'université et aux vice-présidents d'engager qui ils veulent."
 

Un budget jugé insuffisant

Enfin, le budget, présenté comme un chiffre "historique" par la ministre de l’Enseignement Supérieur, de la Recherche et de l’Innovation, Frédérique Vidal ne fait pas non plus l'unanimité : 25 milliards d'euros seront injectés dans la recherche d'ici 2030. Mais la majeure partie du budget se concentre sur les derniers années de la programmation. "C'est une loi trompeuse", fustige le chercheur strasbourgeois.

La commission mixte paritaire sur la loi de programmation de la recherche (LPR) aura lieu le 9 novembre à 15 heures.
 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
université éducation société recherche culture sciences