Strasbourg : France-Bosnie à la Meinau, des joueurs alsaciens racontent leur passage chez les Bleus

Albert Gemmrich, Bernard Genghini, Morgan Schneiderlin, Léonard Specht... Tous sont Alsaciens, et tous ont porté le maillot de l'équipe de France de football par le passé. Un privilège dont ils témoignent aujourd'hui, à la veille du très attendu match des Bleus contre la Bosnie à la Meinau.

25 ans que les Bleus n'avaient pas foulé la pelouse de la Meinau. Ce mercredi 1er septembre, l'équipe de France de football affronte, dans l'arène du Racing Club de Strasbourg, la Bosnie en phase éliminatoire de la Coupe du monde 2022. Pour marquer le coup, France 3 Alsace a décidé de contacter d'anciens internationaux, originaires de la région, pour connaître leur expérience personnelle, leurs meilleurs souvenirs, et leur regard sur la jeune génération.

Nous ont répondu Albert Gemmrich (5 sélections en 1978 et actuel président de la ligue du Grand Est), Bernard Genghini (27 sélections entre 1980 et 1986), Morgan Schneiderlin (15 sélections en 2014 et 2015, actuel milieu à l'OGC Nice) et Léonard Specht (18 sélections de 1978 à 1985).

Qu'est-ce que ça fait d'être sélectionné en équipe de France, de porter le maillot bleu pour la première fois ?

Léonard Specht : "Pour tout footballeur, pour tout jeune qui a rêvé de porter le maillot, c'est l'apothéose. Quand on apprend qu'on est sélectionné, quand on joue le premier match, quand on entend la Marseillaise... Tous les joueurs qui sont passés par là, hier ou avant-hier et encore aujourd'hui, tous ont encore ces mêmes émotions".

Morgan Schneiderlin : "Porter le maillot de l'équipe de France pour un joueur de foot, c'est le Graal, ce pour quoi on se bat depuis notre jeunesse". 

Bernard Genghini : "Ma première sélection date de 1980, j’avais 22 ans. C’était France-Grèce au Parc des Princes. Je suis rentré en cours de jeu, les 20 dernières minutes. C’est une rencontre qu’on avait gagnée 5 buts à 1. Donc c'est beaucoup de fierté, de plaisir par rapport aux parents, à la famille, à tout le chemin parcouru. Vous êtes dans une élite très fermée, c’est exceptionnel de pouvoir faire partie d’un groupe de 20 ou 25 joueurs parmi les meilleurs du pays, on veut y rester le plus longtemps possible".

Est-ce qu'il y a un avant et un après l'équipe de France ? Qu'est-ce que ça a changé pour vous ?

Léonard Specht : "A mon époque, les seuls matchs télévisés, c’était ceux de l’équipe de France. Lors de mon premier match, pour un défenseur, j’ai marqué le but. Toute la France a découvert un jeune défenseur alsacien qui marque un but en équipe de France. A l'époque, Strasbourg jouait dans le haut du tableau, mais on disait : "Oh c'est Strasbourg, c'est passager." Mais quand on joue en équipe de France, le regard des autres est différent, on vous respecte un peu plus, on dit : "Tiens, il y a quand même du talent du côté de Strasbourg".

Morgan Schneiderlin : "Ma vie a changé parce que la France m'a vraiment connu [grâce à la sélection avec les Bleus]. Je jouais en Angleterre, à Southampton, qui n'est pas le club le plus médiatique. Quand je suis rentré en France, les gens me reconnaissaient un petit peu plus. Et vous êtes plus attendu, vos performances sont plus scrutées, on demande encore plus de vous. Ça m'a donné un boost, ça m'a rendu meilleur." 

Albert Gemmrich : "La pression est terrible. Quand on fait un match de championnat, elle est déjà forte, mais en équipe de France... On pense à beaucoup de choses. J'avais toujours l'impression que mes genoux tremblaient."

Quel est votre meilleur souvenir en équipe de France ?

Bernard Genghini : "Les Coupes du monde [de 1982 et 1986, NDLR]. Quand on est gamin, on les joue dans sa cour ou sur un terrain vague avec les copains en prenant le nom d'un joueur de la période. Souvent, je me prenais pour Johan Cruyff, le stratège hollandais qui était mon idole de jeunesse. Alors quand vous y êtes, c'est un accomplissement. [Un souvenir précis à garder] serait le coup franc lors de la Coupe du monde 82 contre l'Autriche, où on gagne 1-0. C'était le deuxième tour, et en gagnant, ça nous ouvrait pratiquement les portes de la demi-finale. C'était un coup franc assez lointain, sur le côté droit, moi qui était gaucher je préférais. Le ballon va se figer en pleine lucarne. C'est aussi à cette période qu'on commence à parler du premier carré magique" [avec Michel Platini, Alain Giresse et Jean Tigana].

Morgan Schneiderlin : "Mon meilleur souvenir, c'est mon premier match en tant que titulaire lors de la Coupe du monde au Brésil en 2014 au Maracanã contre l’Équateur. Mes parents ont pu venir me voir, dans ce stade mythique. Ça restera gravé dans ma mémoire à jamais."

Albert Gemmrich : [Pour un match amical en 1978], "c'est le corner en Italie sur la tête de Bathenay. C'est ma première action du match. Bathenay m'a dit : "Albert, tu m'a déposé le ballon sur la tête"."

Léonard Specht : "C'est indiscutablement mon premier but. Quand vous êtes jeunes, que vous débutez et que vous marquez le but qui signifie la victoire lors de votre premier match... Là j'avais un crédit de plusieurs sélections après ce but, et effectivement j'ai joué régulièrement dans les trois années qui ont suivi."

Quel regard portez-vous sur l'équipe de France actuelle ?

Albert Gemmrich : "Quand on a porté la tunique bleue, on est une grande famille. Je fais partie du club des internationaux, avec Léonard. On est heureux quand l’équipe de France gagne. Et j’espère qu’ils vont gagner contre la Bosnie. Toute l’épopée de 2018, je l’ai vécue en Russie."

Bernard Genghini : "Elle sort d’un Euro manqué avec cette élimination prématurée, elle doit se racheter. Ce sont des garçons d’expérience, qui ont beaucoup de qualités. Evidemment, on a moins de contacts avec ces garçons. Il commence à y avoir un écart d’âge avec la génération actuelle mais ça ne nous empêche pas de la suivre avec beaucoup d’attention. On est devenus des supporters."

Léonard Specht : "Les jeunes ont évolué, et pas que dans le sport, dans la société et l'entreprise aussi. Ils ont d’autres motivations, d’autres rémunérations bien sûr. [Il rit.] Mais ils font partie de notre famille et demain il y en aura d’autres. La vie change, la société change et le football change aussi. Il y a des excès mais il y a aussi de belles choses. Demain soir, ce sera une belle fête du football."

Morgan Schneiderlin : "Il y a encore une dizaine de joueurs que j'ai pu côtoyer, et le staff n'a pas changé, donc je connais un petit peu ce groupe. J'ai toujours une attache particulière. Le coach [Didier Deschamps], c'est lui qui m'a donné ma première sélection, il tiendra toujours une place particulière pour moi. Je suis content pour eux qu'ils aient pu ramener le titre de champion du monde, et je sais qu'ils vont rebondir de leur petite mésaventure de cet été."
 

Quelle chance de voir les Bleus venir jouer à Strasbourg, à la Meinau !

Morgan Schneiderlin : "C’est extraordinaire, et mérité pour cette ville, pour ce club. On voit la ferveur que le Racing Club de Strasbourg apporte. Je pense que les joueurs de l’équipe de France vont avoir une bonne ambiance, je suis très content." 

Albert Gemmrich : "Strasbourg, c’est une ville de football. Le kop en championnat avec Strasbourg, c’est souvent le 12e joueur qui transcende les joueurs, et je pense que, contre la Bosnie, on va les entendre aussi." 

Léonard Specht : "Je vais aller à la Meinau demain, et je vais retrouver d’anciens internationaux. L’équipe de France ne vient pas souvent à Strasbourg, c’est un grand plaisir, un grand moment pour voir ce match. En plus c’est un match qualificatif, important. Tout est là pour passer une très belle soirée."

Bernard Genghini : "En 84, juste avant l’Euro victorieux en France, on a disputé un match amical pour l’inauguration de la nouvelle Meinau contre l’Allemagne, comme une revanche de la demi-finale perdue de Séville en 82. La Meinau était comble, et j’ai eu la chance de marquer. Un Alsacien qui revient sur ses terres et qui marque l’unique but du match, du pied droit en plus, le souvenir est encore là. Un très grand moment, une fierté de voir tout ce stade comble, exulter après mon but et fêter la victoire. En plus, j'avais toute la famille et les amis d’Alsace du Haut-Rhin qui étaient là." 

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