Strasbourg : le camp de migrants de la place de l’Etoile bientôt évacué, la ville attaque l'Etat

Publié le Mis à jour le
Écrit par Nadine Ly .

Lors d’une conférence de presse ce lundi 5 décembre, la maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, a affirmé que le camp de migrants installé place de l’Etoile serait évacué dans les 24 heures. Elle a aussi annoncé sa volonté de poursuive l’Etat en justice pour inaction et carence.

Le camp de migrants installé place de l’Etoile sera évacué dans les 24 heures. C’est ce qu’a indiqué la maire écologiste de Strasbourg, Jeanne Barseghian, lors d’une conférence de presse en fin de matinée ce lundi 5 décembre.  

"Je vous confirme que j’ai sollicité l’Etat et pris toutes les mesures administratives préalables à cette évacuation" a-t-elle déclaré. La maire se conforme ainsi à la décision du tribunal administratif qui lui enjoignait, trois jours plus tôt, de procéder à cette évacuation.

Depuis juin 2022, la place de l'Etoile est le refuge à ciel ouvert de sans-abri. Jusqu'à 200 personnes se sont installées sur ce camp de fortune, dont des familles avec enfants. La plupart sont originaires de Géorgie, d'Albanie et de Macédoine. "Ce sont des personnes très vulnérables, confrontées dans leur pays d'origine à des situations de violence ou de grande précarité qui les ont obligés à fuir", rappelle Jeanne Barseghian.

Où seront transférées ces personnes ? L’Etat va-t-il réquisitionner un gymnase pour les accueillir ? C’est probable mais sans certitude selon la maire. Certaines personnes seront orientées vers "le centre d’aide pour le retour" de Bouxwiller. En somme, le même scénario qu’en juillet dernier lorsque le campement avait été évacué une première fois.

Une évacuation qui ne réglera pas la question de fond martèle la maire. "Depuis le début de cette histoire, nous demandons une mise à l’abri pérenne pour ces personnes, or le tribunal n'a rien dit sur cette question".  

Et la maire de rappeler que le camp de la place de l’étoile n’est que la partie émergée de l’iceberg. "Il y a des dizaines de campements dans la ville, moins visibles, moins médiatisés". Combien sont-ils aujourd’hui à vivre dans la rue à Strasbourg? Difficile à dire, "400, 500 et même plus si on compte les squats" estime l'élue.

"L’Etat enfreint la loi, il bafoue les droits humains"

Jeanne Barseghian, maire écologiste de Strasbourg

Dans son viseur : l'Etat et sa représentante, la préfète du Bas-Rhin, Josiane Chevalier, lesquels ne répondent pas à leur obligation d'hébergement selon la ville. "L’Etat enfreint la loi, il bafoue les droits humains", accuse l'élue écologiste qui annonce vouloir l'attaquer en justice pour inaction et carence en matière de mise à l’abri. La plainte sera déposée le plus tôt possible "J’invite tous les élus confrontés à ces défaillances étatiques ainsi que les associations qui pallient ces défaillances à nous rejoindre" encourage-t-elle.

La maire ne mâche pas ses mots et la critique est aussi politique. "C'est une situation de honte et de misère" qui relève d’une "défaillance chronique de notre politique d’accueil, du manque de place d’hébergement et de la hausse de la grande précarité dans notre pays".

Voilà pour l'explication, pour le reste une seule certitude : les migrants de la place de l’Etoile ne seront pas hébergés par la ville. Dans ce dossier, elle estime avoir fait sa part et plus encore.

500 places d'hébergement créées à Strasbourg 

Dès septembre, elle a ouvert en urgence, rappelle-t-elle, sur ses propres deniers, un gymnase dans le quartier de la Meinau. Il accueille aujourd’hui une partie des familles qui étaient installées place de l’Etoile. Ils sont une centaine à y vivre dont une cinquantaine d’enfants. La structure affiche complet. Cette semaine, un accueil de jour sera également opérationnel pour les réfugiés dans l'ancien foyer Saint-Joseph du quartier de Koenigshoffen.

"Nous avons aussi créé avec l’aide de l’Eurométropole 500 places d’hébergement en seulement 2 ans, nous devions le faire en 6 ans. Nous n’avons pas les moyens de faire plus".

Les sans-abri, eux, n'ont pas attendu la conférence de presse de la maire pour déguerpir. D'après la ville, à 24 heures de l'évacuation, ils ne seraient plus qu'une quarantaine sous les tentes de la place de l'Etoile.

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