Strasbourg : mobilisation des artistes et des techniciens du spectacle le 19 janvier, le pass vaccinal aggrave leurs difficultés

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Un rassemblement des artistes et des techniciens du spectacle vivant est prévu le 19 janvier à Strasbourg à l'appel de la CGT spectacles. L'occasion pour ces métiers de faire entendre leurs revendications et leurs problèmes face aux nouvelles restrictions sanitaires.

Un rassemblement des artistes et des techniciens du spectacle vivant est prévu ce mercredi 19 janvier, 13h45, à Strasbourg, place de la République, à l’appel de la CGT spectacles.

Parmi les revendications figurent, notamment, l’ouverture et la prolongation des droits à l’assurance chômage des artistes et techniciens intermittents du spectacle, tout comme des intermittents du régime général, la prolongation dans le même temps du dispositif "jeune intermittent", son extension aux plus de 30 ans et l’abaissement du seuil à 250 heures sur douze mois.

En raison de la crise sanitaire, les artistes du spectacle vivant sont confrontés à une baisse d'affluence du public importante, de l'ordre de 40 à 50%, selon le délégué régional du SFA (syndicat français des artistes interprètes), Daniel Muringer. Celui-ci demande le maintien de leurs salaires en cas d'annulation de spectacle du fait de la présence de personnes atteintes du Covid dans les équipes. 

Le pass vaccinal passe mal

Vincent Welter est voltigeur à cheval, co-fondateur de la compagnie Equinote et délégué régional du SCC (syndicat de cirque de création). "Nous sommes touchés dans nos valeurs de partage, à la base de nos métiers, par les nouvelles restrictions sanitaires", affirme l'artiste et délégué régional, impliqué dans la mobilisation.

Selon Vincent Welter, cette mobilisation sera l'occasion de faire entendre les difficultés et les revendications des salariés du spectacle vivant: "On fait face à des équipes où les choix de chacun sur le vaccin ne sont pas les mêmes. On fait quoi ? Quelles sont les solutions, sachant qu’on peut ne pas remplacer quelqu'un au pied levé parce qu’il n’est pas vacciné et que son rôle, dans le spectacle, a été créé pour lui". Parce qu'il estime que cette situation va devenir ingérable, Vincent Welter ne voit que des complications à venir avec l'adoption du pass vaccinal.

Autre problème auquel sont confrontées les compagnies de spectacle, comme la sienne: la baisse de fréquentation dans les salles et sous les chapiteaux. "Pour nous, compagnie Equinote comme pour les autres, les spectacles tournent moins et se vendent plus difficilement. Les projections sont incertaines. Nous ne sommes pas sûrs de tenir les dates ni de tenir l'équipe composée de 10 personnes. On en a déjà perdu deux, dont une, pilier de compagnie, qui a dû changé de métier".

Face à cet avenir incertain qui frappe le monde du spectacle, Vincent Welter souhaiterait une meilleure concertation avec les acteurs culturels: "On va demander de remettre au goût du jour le COREPS (comité régional des professions du spectacle), ces endroits de dialogue avec les tutelles, DRAC, régions, directeurs de lieu, etc, pour continuer à faire remonter les problématiques du terrain".

"On nous interdit de travailler"

Corinne (prénom modifié), comédienne, intermittente du spectacle, doit donner un spectacle prochainement: "Il y a un aspect de ces revendications qui me concernent, c'est le pass vaccinal. Ce dispositif va provoquer beaucoup de difficultés pour tout une partie des intermittents qui ne sont pas d'accord avec le fait d'être vaccinés de force. Ceux-là n'auront pas la possibilité de continuer leur travail".

Sa profession serait la seule, avec les soignants, à être dans cette situation: "On nous interdit de travailler". La seule solution envisageable pour Corinne serait de contracter le covid: "Tomber malade pour pouvoir vivre, c'est grave".

Corinne dit ressentir beaucoup de pressions et de tensions autour d'elle à cause de cette situation: "Certains essaient de trouver des solutions, d'autres renoncent. Là, c'est un étau qui se resserre sur nous. On ne comprend pas comment on peut avoir aussi peu de soutien". C'est pourquoi Corinne demande à pouvoir rester sur scène avec le seul test, "comme avant avec le pass sanitaire".

En attendant, Corinne est face à un dilemme: soit elle dit non au vaccin et le spectacle prévu la semaine prochaine ne se joue pas, "tout tombe à l'eau", soit elle renonce à ses convictions et dans ce cas le spectacle est sauvé. Mais alors comment concilier "le fait de parler de justice, de chanter la liberté ou de fustiger l'inégalité sur scène alors qu'à l'entrée du théâtre on montre docilement son pass sanitaire ?", s'interroge Corinne.