Strasbourg : près de 350 policiers se rassemblent et déposent les menottes pour dire non à la stigmatisation

Près de 350 fonctionnaires de police se sont rassemblés devant le commissariat de Strasbourg, vendredi 12 juin 2020 pour dénoncer la stigmatisation dont ils se sentent victimes suite aux manifestations contre les violences policières et aux récentes déclarations du ministre de l'Intérieur.
 
Les fonctionnaires de police rassemblés devant le commissariat de Strasbourg, vendredi 12 juin 2020, pour protester contre la stigmatisation de leur profession.
Les fonctionnaires de police rassemblés devant le commissariat de Strasbourg, vendredi 12 juin 2020, pour protester contre la stigmatisation de leur profession. © Anne-Laure Marie

L’image est aussi rare que symbolique. Ce vendredi 12 juin 2020, à l’appel de plusieurs organisations syndicales, près de 350 fonctionnaires de police se sont rassemblés devant le commissariat de Strasbourg avant de déposer leurs menottes au sol et d’entonner la Marseillaise.

A l’heure où les manifestations dénonçant les violences policières se multiplient en France, ils entendaient protester contre la stigmatisation dont leur profession ferait injustement les frais. "Si les menottes sont posées, c'est parce qu'on ne peut plus intervenir. Les policiers ne se sentent plus soutenus. On espère que le gouvernement va nous entendre et nous soutenir", avance Christophe Rouyer du Syndicat Alliance

 

© Anne-Laure Herbet

 

Des propos qui passent mal

Au cœur des crispations, les récents propos du ministre de l'Intérieur. Lundi 8 juin, Christophe Castaner avait prôné  la "tolérance zéro" contre le racisme dans la police et avait interdit de recourir à la "clé d'étranglement" comme technique d'interpellation. Ce dernier avait aussi annoncé que la suspension sera "systématiquement envisagée pour chaque soupçon avéré" en la matière.

"On veut démontrer que les propos tenus par notre ministre ne sont pas compris. Nous, ce que nous voulons, c'est simplement faire notre travail dans de bonnes conditions. D'autant que le ratio est infime. Il y a 3 millions d'interventions de police chaque année en France et seulement 1400 signalements et enquêtes IGPN ", avance encore le policier.

 

 

"La technique de l'étranglement est pratiquée depuis une dizaine d'année dans la police. C'est quelque chose qui nous permet de maîtriser un individu virulent en toute sécurité. Si on a plus cette technique, que va-t-il nous rester? Dans 99% des cas, les arrestations se passent très bien", rappelle de son côté Emmanuel Georg, responsable Unité SGP Police - Bas-Rhin.

Jeudi 11 juin, alors que plusieurs manifestations avaient déjà eu lieu dans plusieurs villes de l'Hexagone, Frédéric Veaux, le directeur général de la police nationale avait adressé un message de soutien aux personnels "face aux confusions et aux amalgames entretenus par une minorité".

 

 

Des Etats-Unis à la France 

La mort aux Etats-Unis de George Floyd sous le genou d'un policier a ravivé en France les accusations de violences policières et de racisme. Des accusations relayées avec force par le comité Adama Traoré du nom d'un jeune homme noir décédé en juillet 2016 lors d'une interpellation par des gendarmes en région parisienne.

 Alors que plusieurs chefs d'Etat et de gouvernement, à l'instar de l'Allemande Angela Merkel ou du Canadien Justin Trudeau, ont condamné la mort de George Floyd, Emmanuel Macron est resté mutique publiquement. Le succès de la manifestation à l'appel du comité Traoré, qui a rassemblé le 2 juin à Paris 20.000 personnes, a surpris et frappé l'exécutif. Si bien que le président  Macron a demandé à Christophe Castaner d'agir et de renforcer les règles de déontologie de la police.

Depuis, Edouard Philippe est monté au créneau pour témoigner mercredi au Sénat de sa confiance dans les forces de l'ordre. La garde des Sceaux, Nicole Belloubet a estimé pour sa part au sujet des policiers qu'il s'agissait d'un "mouvement d'humeur qui s'apaisera".
 

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