A Strasbourg, un salarié des Dernières Nouvelles d'Alsace se suicide au travail : “Fallait que ça craque quelque part”

La siège des "Dernières Nouvelles d'Alsace" (DNA) se trouve rue de la Nuée Bleue, à Strasbourg (Bas-Rhin). / © Capture d'écran, Google Street View
La siège des "Dernières Nouvelles d'Alsace" (DNA) se trouve rue de la Nuée Bleue, à Strasbourg (Bas-Rhin). / © Capture d'écran, Google Street View

Un employé des Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA) s'est suicidé sur son lieu de travail, le jeudi 5 décembre. Ses collègues accusent le coup, entre choc et tristesse.

Par France 3 Alsace

Régis, un technicien de 43 ans employé aux Dernières Nouvelles d'Alsace (DNA) a mis fin à ses jours, au siège du quotidien à Strasbourg, ce jeudi 5 décembre 2019. Après avoir commencé son travail normalement vers 7 heures, il s'est jeté du toit donnant sur la rue de la Fonderie en début de matinée.

La publication des Dernières Nouvelles d'Alsace et de l'Alsace n'aura pas lieu ce vendredi 6 décembre. Une cellule de soutien psychologique du Samu a été mise en place pour le personnel du journal. Un personnel "essoré" d'après plusieurs témoignages en interne.
  

Minute de silence

Interrogée, Marie-Sophie Kormann, journaliste élue SNJ (Syndicat national des journalistes) nous raconte : "Quand on a l'a appris, on est une cinquantaine à être allé voir spontanément les collègues de Régis à l'atelier, pour les soutenir. Rapidement, la direction a été présente." Un CSE (comité social et économique) exceptionnel s'est tenu en fin de matinée, à 11 heures. Dans une ambiance "très pénible". "Un collègue s'est mis à hurler, il menaçait de casser la gueule de son directeur technique. On l'a laissé crier, puis il est parti. Tout ça, c'est à cause de la transformation à marche forcée qu'on nous impose pour redresser les comptes..."

"On s'est retrouvé à midi, dans la cour, pour une minute de silence. Les syndicats ont ensuite proposé un arrêt de travail vers 13 - 14 heures. Il y en avait déjà un de prévu le matin, pour la grève des retraites, mais le journal allait quand même paraître. Même après le suicide, il allait paraître. Mais on a compris qu'on n'allait pas pouvoir suivre, que ce ne serait pas décent. On ne pouvait pas. La direction a donc acté à 16 heures qu'il n'y aurait pas de journal."

Un hommage a également été rendu à Régis, place de la République à Strasbourg à la fin de la manifestation contre la réforme des retraites. Une journaliste des DNA a pris la parole pour demander une minute de silence pour son collègue mort.
 

Conditions de travail

Un autre journaliste qui préfère garder l'anonymat nous explique : "On a émis de nombreuses alertes, concernant les conditions de travail dans différents services, y compris l'atelier où il travaillait. Car avec le plan de réorganisation, on a eu une baisse d'effectifs, et une charge de travail identique répartie sur moins de monde."

"Il y a eu un CSE extraordinaire. On nous a annoncé une 'attention soutenue', mais aucune réelle grande décision n'a été prise. On a pourtant interrogé la direction sur son manque de décisions après nos nombreuses alertes. Des expertises sur les risques psychosociaux affectant le personnel étaient pourtant en cours."

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