Strasbourg: un syndicaliste affirme avoir été blessé volontairement par la police lors de la manif des gilets jaunes

Pascal Maillard, secrétaire académique du SNESup-FSU a été blessé samedi 2 février à Strasbourg lors de la manifestation des gilets jaunes. Il pense avoir été visé intentionnellement par un tir de grenade. Pascal Maillard a prévu de procéder à un signalement auprès de l'IGPN, la police des polices.

Au lendemain de la manifestation lors de laquelle il a été blessé à l'avant-bras et au pied, Pascal Maillard est en pleine réflexion. Il analyse ce qu'il lui est arrivé, cherche à comprendre. "J'étais place des Halles, j'étais là en tant qu'observateur, je portais mon brassard SNESup-FSU. La place avait été abondamment gazée par les forces de l'ordre, il n'y avait pratiquement plus de gilets jaunes, il ne restait que des street-medic [Service médical des gilets jaunes, ndlr]. Je filmais à une quinzaine de mètres des CRS quand j'ai reçu une grenade à l'avant-bras."
 

Les circonstances

Pascal Maillard se présente comme un homme engagé contre les violences policières. Il tient un blog sur le site Mediapart. Il précise qu'il était équipé d'un casque de moto et d'un blouson très épais. Il a posté la vidéo du moment où il a été touché sur son compte Vimeo. Il se trouve alors à une quinzaine de mètres d'un groupe de CRS. A ce moment-là, le syndicaliste est dans la ligne de mire des forces de l'ordre, avec autour de lui plusieurs personnes vêtues de noir et cagoulées, dont on peut penser qu'il s'agit de casseurs. Un cône de chantier est lancé non loin de lui, juste avant qu'il reçoive le projectile. 
 

Victime d'un tir tendu de grenade-Strasbourg-2 février 2019 from Maillard Pascal on Vimeo.


"J'ai d'abord ressenti une douleur au bras, puis au pied. Est-ce que c'est la même grenade ? Est-ce qu'il y en a eu deux ? Je ne sais pas, explique Pascal Maillard. Etait-ce une grenade de désencerclement, je ne pense pas car il n'y a pas eu de plots en caoutchouc libérés ce qui en est caractéristique. Je ne pense pas non plus que c'était une grenade lacrymogène car il n'y a pas eu de dégagement de gaz."
 


Un tir intentionnel ?

S'il a des interrogations sur la nature du projectile qui l'a touché, Pascal Maillard fait l'hypothèse du caractère intentionnel du tir: "Quoi qu'il en soit, je pense avoir été visé intentionnellement, en vue de m’intimider. Je manifestais sans gilet jaune et avec mon brassard bien visible du SNESUP-FSU, syndicat des enseignants du supérieur dont je suis le secrétaire académique en Alsace. Les CRS ne pouvaient pas ne pas m’avoir identifié : j’étais sur les lieux depuis 30 minutes et les avais filmés régulièrement, toujours à une vingtaine de mètres de distance", explique-t-il en commentaire de sa vidéo. 
 

Le syndicaliste portait un blouson de moto épais qui a gardé la trace, indélébile dit-il, de l'impact.

Ce dimanche soir, au téléphone, il formule deux hypothèses : "Est-ce qu'il s'agit d'une bavure auquel cas c'est grave. S'il s'agit d'un tir intentionnel donné par un ordre, c'est encore plus grave. Pour le syndicaliste, le caractère accidentel est exclu: "Il s'agirait d'une faute professionnelle du CRS. Ils n'ont pas le droit de procéder à des tirs tendus vers des personnes, surtout à moins de 20 mètres".
 

Signalement et certificat

Ce lundi, Pascal Maillard a prévu de procéder à un signalement auprès de l'IGPN, le service chargé du contrôle des services de police, et de consulter son médecin pour obtenir un certificat. "Après l'effet de sidération, je suis encore plus déterminé à m'engager pour dénoncer les armes utilisées. Il faut que l'Etat retire les LBD40 (lanceurs de balles de défense, également appelées flash-ball) et le Gli-F4."

"Je serai présent à la manifestation du 5 février, ajoute Pascal Maillard, et à l'acte XIII samedi prochain. Je rajouterai des bottes de moto à ma panoplie alors que la loi [anti-casseurs ndlr] va nous obliger à ne plus nous protéger lors des manifestations."