Strasbourg : une application pour observer le nourrissage des oiseaux et aider la science

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Écrit par Cécile Poure

Six mangeoires d'observation Birdlab ont été installées mi-novembre à Strasbourg. Objectif : collecter des données sur le nourrissage des oiseaux en hiver. La démarche est cependant bien plus vaste : elle invite chaque Strabourgeois, via l'application du même nom, à jouer le jeu. Ludique et surtout utile.

Rendez-vous est donné, ce vendredi 28 janvier, dans le parc strasbourgeois de l'Orangerie pour admirer deux piquets de bois (bois vosgien nous précise-t-on) coiffés de graines de tournesol et plantés sous les arbres. Pour un dénommé "Birdlab", anglicisme tech et chic, c'est assez rustique. Voyons la suite.

Pigeons et photographes

Les présentations commencent ... sous les sifflets. Certains photographes, qui font le pied de grue depuis un certain temps déjà, ont décidé de brusquer le destin pour avoir leur cliché. Les voilà donc qui se prennent pour des rossignols, roucoulent et sifflotent, dans l'espoir d'attirer un volatile peu regardant. Sans appeau et sans succès. Chouette ambiance.

Pour l'anecdote le seul pigeon que je verrai sera celui, qui du haut de son arbre, vient de se soulager sur mon genou. Journaliste de terrain. Toujours. Bref. J'apprendrai après cet interlude musical que ces deux perchoirs font partie d'une série de six installés mi-novembre à Strasbourg. Outre à l'Orangerie, la ville en a planté au musée d'art moderne et place de l'Etoile.

Ces perchoirs vont par paire. C'est le protocole. La hauteur, la distance entre eux, tout est calculé. Là ça devient un plus technique. Ils sont un moyen normé et efficace d'observer le nourrissage des oiseaux durant l'hiver, de mi-novembre à mi-mars. Corvidés, mésange, pigeons : tout ce qui passe et qui surtout parfois, on l'espère, s'arrête.

Nous ne sommes pas là pour chercher l'oiseau rare mais observer et collecter des données

Mina Charnaux, chargée de mission à l'Eurométropole

"Bon là, c'est vrai qu'il y a beaucoup de pigeons" nous confie Mina Charnaux, chargée de mission à l'Eurométropole, "On entend quand même des mésanges vous entendez ?" Moi j'avoue qu'avec les photographes siffleurs, j'ai du mal à faire la différence mais je veux bien y croire.

"Vous savez, toutes les espèce, même les pigeons font partie d'un équilibre. Nous ne sommes pas là pour chercher l'oiseau rare mais observer et collecter des données sur le mode de nourrissage des oiseaux et le stock des populations."  Des stocks en baisse depuis des années, si les corvidés et les pigeons s'en sortent bien, ceci explique cela, les moineaux et tous les oiseaux des champs sont en diminution constante. "Nous n'avons pas les chiffres exacts, c'est très difficile d'avoir à l'instant T un recensement des populations mais avec les pesticides, la perte de leur garde-manger et la disparition du bocage, les oiseaux des champs sont malmenés" poursuit la jeune femme.

Participation citoyenne

Devant les fameux piquets, trône un écriteau. De bois évidemment. Il invite le passant à télécharger l'application Birdlab via un QR code. Une application qui permet d'observer, de son balcon et après avoir construit soi-même, tuto à l'appui, deux mangeoires, le nourrissage des oiseaux.

Ce jeu porté par le réseau citoyen Vigienature permet donc à tout un chacun d'enfiler sa casquette d'éthologue et de répondre, par ses observations, aux questions suivantes : Quels sont les comportements des oiseaux à la mangeoire  ? Ces comportements sont-ils variables d’une espèce à l’autre ? Comment les expliquer ?

Cette expérience et les données récoltées permettront ensuite aux chercheurs, aux vrais, d’identifier les comportements d’attraction (dits mutualistes) ou de répulsion (dits de compétition) entre individus et entre espèces, en lien avec diverses stratégies de recherche alimentaire.

C'est ce qu'on appelle la science participative, très en vogue actuellement. "Pour le citoyen il s'agit de mieux comprendre en observant. Et quand on comprend, on protège mieux ou du moins on fait plus attention. Mais il y a aussi dans ce genre de démarche une volonté de démocratiser le savoir, de le faire circuler" explique Sandrine Glatron, directrice de recherche au CNRS et pilote de l'opération Solenville, une autre expérience de science participative.

Dans Solenville, pas d'oiseau mais des invertébrés. Pas de perchoir à fabriquer mais de gros trous à creuser dans son jardin. A chacun ses goûts. Et il y en a pour tout le monde, toute l'année et même pour les nyctalopes. Cet été sera lancée à Strasbourg l'opération Vigie-Chiro, observation et comptage des chauves-souris. Pas de repos pour le citoyen éthologue.

Je repars de cette conférence de presse pittoresque mais agréable, avec en tête une question affreusement bête : mes collègues photographes penseront ils à venir équipés de sifflets ultrasons lors de la prochaine conférence de presse sur Vigie-Chiro ?