TÉMOIGNAGES - Après le coronavirus, comment les jeunes diplômés envisagent leur entrée sur le marché du travail

Stages annulés, examens reportés, recherche d'un premier contrat... les jeunes diplômés alsaciens font partie des premiers touchés par les effets négatifs du coronavirus (Covid-19). Leur arrivée sur le marché du travail s'annonce compliquée dans le contexte de crise économique qui s'amorce.

L'Université de Strasbourg accueille chaque année plus de 52.000 étudiants.
L'Université de Strasbourg accueille chaque année plus de 52.000 étudiants. © Dominique GUTEKUNST / Maxppp
Qu'ils étudient l'orthophonie, les sciences politiques ou l'ingénierie de la formation, les étudiants alsaciens, comme partout en France, n'ont pas connu une fin de cursus des plus avantageuses. En cause, la crise du coronavirus (Covid-19) et le confinement, qui ont retardé les examens et fragilisé certains secteurs d'activité pourvoyeurs d'emplois.

D’après une parution du centre d'études et de recherches sur les qualifications (Céreq), le taux d’insertion des jeunes diffère en fonction de leur région de formation. Dans la région Grand Est, "le taux de chômage trois ans après la sortie de formation initiale dépasse les 20%", peut-on lire sur l’Enquête Génération 2013. Au niveau national, et trois ans après leur entrée sur le marché du travail (en 2013), 72% des jeunes sortants diplômés du supérieur sont en emploi.

Une fin d'année prématurée

La sensation de non-achèvement et parfois même celle d'être jeté dans le grand bain, c'est ce que ressentent, dans la plupart des cas, les étudiants interviewés. Et c'est peu dire que leur fin d'année a été quelque peu précipitée, entre les stages annulés ou les examens reportés. "C’était difficile de terminer ses études dans ces conditions, pour les mémoires ou même pour les stages dans les hôpitaux, ça a dû être annulé. J'ai l'impression de ne pas être allée au bout des choses, c’est un passage de se dire qu’on termine nos études et qu’on passe dans la vie professionnelle, et là c'est frustrant et difficile à accepter", raconte Mélissa Gobin, 24 ans, en dernière année d'orthophonie. Une fin d'année atypique donc, et qui peut en préoccuper certains, comme le souligne Manon Vrancken, en sixième année de pharmacie et en master 2 Santé, environnement et politique, "c'est très stressant, autant du point de vue des études que de la recherche d’emploi."
 

Une rentrée angoissante 

Même refrain pour de nombreux étudiants : la crainte de ne pas trouver un emploi au bon moment. La situation exceptionnelle explique notamment que les jeunes diplômés aient du mal à se projeter professionnellement. "Ça ne m’empêche pas de dormir mais j’ai le sentiment que ça va être difficile. Je suis de nature optimiste mais sur le court terme il peut y avoir des difficultés, comme passer par des contrats précaires ou des CDD alors que j’aurais peut-être pu trouver un CDI", explique Jocelyn Filaire, 24 ans et étudiant à Sciences Po Strasbourg. À cela s'ajoute la parution de nombreuses études et articles qui parlent déjà d'une "génération sacrifiée."

L'absence d'offres

Mais les nouveaux arrivants sur le marché du travail ne sont pas les seuls à avoir du mal à se projeter. Les entreprises aussi. "Pour l’instant, je regarde les offres sur Indeed, il y en a quelques-unes, ce n'est pas incroyable. La difficulté que j’ai c'est que déjà en septembre-octobre, les entreprises ont du mal à se projeter aussi loin", raconte Marie, 27 ans, étudiante en master d'ingénierie de la formation et des compétences. En alternance dans l'industrie automobile, elle mise surtout sur son expérience au monde de l'entreprise, de quoi rassurer les employeurs. Dans certains domaines, les recrutements ont même été gelés jusqu'à la fin de l'année, comme c'est le cas pour les cabinets de conseil. Et quand il y a des offres, la signature a souvent été retardée, comme pour Mélissa Gobin, "ça m’a fait peur, les cabinets paramédicaux étaient fermés pendant la crise sanitaire et je n'étais pas sûre de pouvoir commencer fin août."

Elargir son champ de recherche

Face à l'absence d'offres dans certains domaines, la solution est souvent d'aller voir ailleurs et de chercher au-delà de son champ d'expertise. Alors qu'elle se dirigeait vers une année en VAE à l'étranger, l'arrivée du coronavirus a fait changer d'avis Marie. "Tout est mis en attente, je ne laisse pas tomber mais ce que je projette maintenant c'est de trouver un CDD dans mon domaine et de continuer à chercher à l’étranger. Même si je n'avais pas trouvé de VAE je serais parti à l’étranger pour chercher du travail mais là, je ne le ferai pas, la crise n’est pas finie." Il ne faudra donc pas être trop difficile dans sa recherche, ou bien faire comme Jocelyn : "ça ne me dérangerait pas de m’éloigner de mon secteur d'étude. J’ai postulé dans un cabinet de conseil, je suis ouvert à tout, notamment au vu du contexte actuel, je ne me ferme aucune porte." En stage pour l'été, Manon Vrancken préfère se donner du temps avant de chercher ailleurs qu'en Alsace, "je souhaite rester dans la région, je chercherais ailleurs si aucune opportunité ne s'offre à moi."

Avec beaucoup de demandes et moins d'offres, la concurrence risque de peser dans certains domaines, et parfois en faveur des profils avec de l'expérience, comme le remarque Manon Vrancken.
 
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