TEMOIGNAGES - Coronavirus : ces anonymes qui se mettent à disposition des hôpitaux

Ils sont retaités du milieu médical, au chômage partiel ou tout simplement désireux d'apporter leur contribution, nous avons recueilli le témoignage de trois de ces anonymes qui ont choisi de se mettre à disposition des hôpitaux, Ehpad et autres établissements médicalisés.

Près de 3.000 personnes dans le Grand Est se sont faites connaître et mises à disposition des établissements qui en avaient besoin, des soignants bien sûr des secouristes, des étudiants
Près de 3.000 personnes dans le Grand Est se sont faites connaître et mises à disposition des établissements qui en avaient besoin, des soignants bien sûr des secouristes, des étudiants © Guillaume Bonnefont / MaxPPP
"Je voyais mon frère, anesthésiste réanimateur, travailler intensément et j'ai eu envie de faire ma part", explique d'une voix claire et affirmée, Flora, 28 ans. La jeune femme, originaire du nord du Bas-Rhin a un profil pour le moins atypique. Depuis 2018, elle travaille comme conductrice de train à la SNCF. "J'adore conduire, même si la conduite d'un train est très différente de celle d'une voiture. Je peux voyager, aller de Wissembourg à Saint-Dié-des-Vosges en une journée, je vois des multitudes de choses différentes, et ce n'est pas si éloigné que cela de mon ancien métier, il y a des similitudes comme l'autonomie, la rigueur, la capacité de recourir au bon protocole à bon escient", ajoute la jeune femme.
 

C'est une fierté de porter la blouse

Son ancien métier ? Infirmière, une profession que Flora a exercée durant trois ans à l'hôpital de Haguenau. "C'était naturel comme voie, dans ma famille, tout le monde travaille dans le milieu médical. Mais ma passion pour les trains l'a emporté et je me suis reconvertie". Elle était en formation à Mulhouse quand la crise du coronavirus a frappé la région. "On roule toujours mais beaucoup moins alors j'ai eu envie d'être utile, c'est une fierté de porter la bouse par les temps qui courent". Sa hiérarchie n'a fait aucune difficulté et lui a même facilité les démarches, Flora a donc recherché dans son secteur et vu que les besoins sont énormes partout, elle a trouvé à côté de chez elle, un CDD dans un centre pour personnes handicapées.
 

4.000 volontaires

Comme Flora, ils seraient près de 4.000 à s'être portés volontaires dans le Grand Est comme renfort dans les établissements médicaux où les besoins en personnel sont criants. Début mars, l'Agence régionale de santé (ARS), avait d'ailleurs lancé un appel à tous les personnels de santé, y compris les retraités depuis moins de cinq ans en capacité de pouvoir se libérer. Des soignants régionaux ont ainsi répondu présents, mais pas que, certains sont venus d'autres régions (PACA, Nouvelle Aquitaine et Occitanie). Une plateforme a également été mise en place pour simplifier les mises en relation entre les volontaires et les besoins.
 

Besoin de me sentir utile

Régine, elle, a directement téléphoné à son ancien supérieur hiérarchique. Infirmière dans le service de néphrologie du NHC de Strasbourg, elle est à la retraite depuis début 2020. "Quand je suis partie, l'hôpital m'avait déjà demandé si j'étais d'accord de revenir en cas de besoins, de manque de personnel et j'avais dit, non, non, tout ça c'est derrière moi, raconte malicieusement la quinquagénaire. Mais quand j'ai vu tout ce qu'il se passait, j'ai eu besoin de me sentir utile. Je n'ai plus d'enfants à la maison et en accord avec mon mari, qui m'a encouragée, j'ai donc réintégré mon service, ce qui a permis de débloquer une infirmière pour le service réanimation".
 

Manque cruel de personnel

Des renforts plus que les bienvenus évidemment pour l'hôpital qui manque cruellement de bras pour faire face à l'afflux de malades du covid-19. Et pour Régine, il a fallu d'abord s'adapter à l'atmosphère étrange qui régnait dans les couloirs de son ancien lieu de travail et dont elle connaît pourtant les moindres méandres. "Au début, c'était très glauque, peu de gens dans les couloirs, tout le monde avec des masques, les portes anti-feu fermées, pas de regroupement durant les pauses ni en fin de journée pour la télétransmission entre collègues. Evidemment ça manque ces contacts humains, mais on s'habitue et on comprend la nécessité de ces mesures."

La voix de Régine est gaie, rassurante, on se dit que c'est ce genre d'infirmière que l'on voudrait croiser si jamais c'était nécessaire. "Je ne ressens pas de peur, non. Il n'y a pas de risque zéro, mais j'ai toujours eu de la chance et puis vous savez, ce virus, je peux tout aussi bien l'attraper en allant faire mes courses!", s'exclame l'infirmière réalisto-fataliste. Embauchée aussitôt qu'elle s'est portée volontaire, le 20 mars, Régine devrait rempiler jusque mi-juin, tant que c'est nécessaire mais précise bien que sa retraite, elle en a rêvé et que donc après, c'est sûr, elle raccroche.
 

Solidaire avec les collègues

Pour Olivier, 30 ans, la prise de conscience s'est faite à la maison. "Ma femme est infirmière au service de réanimation de Colmar, j'ai senti que ça commençait à chauffer avec ce qu'elle me racontait, alors j'ai appelé mon ancien service, la réanimation à l'hôpital de Hautepierre de Strasbourg pour proposer mes services. Il n'était pas encore submergé à ce moment là mais la semaine d'après ils m'ont appelé, tant mieux, j'avais besoin de me sentir utile, et puis d'être solidaire avec mes collègues", raconte le jeune homme. Infirmier, il travaille en libéral à Bernardswiller non loin d'Obernai, depuis trois ans maintenant. "J'avais travaillé pendant cinq ans en réa à Hautepierre, j'avais juste envie de faire autre chose", explique le jeune homme.

Depuis un mois, le soignant a réintégré son ancien service, pour lequel il travaille une semaine sur deux. Familier des lieux, retrouver ses marques a été plutôt simple. Il a simplement fallu se familiariser avec les mesures de protection. "On s'habille et on se désinfecte avant chaque passage en chambre et inversement quand on sort, c'est très chronophage, mieux vaut ne rien oublier, précise-t-il dans un sourire. En tout cas, je trouve que le personnel a fait front, nous sommes suffisamment nombreux, et même si la première semaine c'était tendu, tous les lits étaient occupés, notre service est rôdé pour faire face à ce genre de situation".

Assuré et rassurant Olivier. Décidément ces soignants volontaires sont remarquables de sang froid et d'abnégation. "Si je suis inquiet pour ma santé? Je ne suis pas d'un naturel très anxieux et puis sur le plan statistique, je suis jeune et sans antécédent, j'ai peu de chance de développer une forme sévère de la maladie". Et sage avec ça. Pour l'instant, l'infirmier a signé jusque fin mai. Ce sera plus s'il le faut. Et là dessus, nos trois volontaires sont d'accord.




 
Poursuivre votre lecture sur ces sujets
région grand est coronavirus/covid-19 santé société solidarité