VIDÉO - "je consacre 100% de mon temps à sauver la vie sur Terre" - Jean-Christophe Anna, collapsologue strasbourgeois

Alors que les questions écologiques s'invitent de plus en plus dans nos débats, certains envisagent le pire des scénarios :  l'effondrement de notre civilisation. Jean-Christophe Anna, un collapsologue alsacien prévoit la fin du monde et explique comment s'y préparer. Il a carrément changé de vie.
Partisan de la théorie de l'effondrement de notre civilisation, Jean-Christophe Anna se qualifie de "rebelle amoureux du vivant". Après l'arrêt du mouvement citoyen Strasbourg GO, le collapsologue a lancé plusieurs sites web pour appréhender un phénomène auquel il faut, selon lui, se préparer. Jean-Christophe Anna a mis en application tous ses principes. Il a tout changé : son mode de vie, sa consommation, son alimentation. Voici son histoire :
  

Comment avez-vous changé de vie ?

"Ça fait trois ans que j’ai tout changé. J’étais entrepreneur, j’avais une société spécialisée dans l’innovation en matière de recrutement : comment recruter via les médias sociaux, LinkedIn, Facebook, Twitter. Fin août 2019, j’ai liquidé l’entreprise pour dédier ma vie à cet engagement. Je l’avais déjà commencé avec le mouvement citoyen Strasbourg GO.

Je consacre 100% de mon temps à sauver la vie sur terre. Forcément, ça passe par un engagement important : je suis devenu vegan, je suis minimaliste, je n’achète qu’en vrac, bio et local.


Et je ne m’habille qu’avec des habits qui ont été produits pas très loin, je ne prends plus l’avion, et j’ai banni le plastique… tous ces petits gestes qui font qu’aujourd’hui je me sens aligné avec mes convictions".


 

Pourquoi êtes-vous devenu collapsologue ? 


"J’ai créé un site qui s’appelle "effondrement et renaissance" où je présente ce qu’est l’effondrement et comment ça va arriver. Je parle aussi de l’inertie individuelle et collective de notre société, mais aussi de la renaissance : comment imaginer d'autres façons de fonctionner, avoir un autre rapport avec les autres membres de la famille du vivant ainsi qu'entre humains. Je me qualifie de rebelle amoureux du vivant et j’ai dédié ma vie à cette cause qui est pour moi la plus importante aujourd'hui".
   

Comment définir la collapsologie ?

"C’est un terme qui a été créé par Pablo Servigne et Raphaël Stevens dans le livre Comment tout peut s’effondrer. C’est une approche transdisciplinaire, qui peut se servir à la fois de la climatologie, de la géologie, de la géographie… des sciences qui laissent à penser qu’on est arrivé à un point de rupture et que notre société thermo-industrielle est sur le point de s’effondrer".

 

Est-ce qu’on doit se préparer à la fin de notre civilisation ? Si oui, comment ?

"Oui, il faut s’y préparer, il s’agit de l’anticiper. Certains attendent l’effondrement et pensent qu’on pourra tout reconstruire mais il sera trop tard. On ne sait pas aujourd'hui ce qu'il va arriver dans 5, 10, 15 ans. Ce qui est quasi sûr, c’est que l'effondrement va arriver car tous les signaux convergent. On le voit avec la situation climatique des deux derniers étés.

Alors anticiper, on peut le faire de mille et une façons. Déjà, il faut se dire qu’aujourd'hui, la civilisation est fondée sur le modèle des « 3 C » : la croissance, la consommation et la compétition. Il s’agirait de passer à la décroissance, à l’entraide et à la frugalité, se contenter du minimum vital parce qu’accumuler des biens et des petits plaisirs n’a jamais rendu les gens plus heureux.

On n'arrivera pas au bonheur en accumulant plus de biens, on vit toujours sur ce mythe de la croissance infinie.


Globalement, il nous faudrait presque deux planètes pour vivre comme on vit. Donc il va falloir vivre différemment, être plus proche de la terre, être résilient, savoir cultiver ses propres légumes et ses fruits, passer aux low-tech, savoir faire des choses soi-même. Et une autre compétence, la communication non violente car les relatons humaines sont essentielles".
 
 

Quel est le but de vos différents sites web ?

"Fin 2016, j’ai lancé un premier projet, "2017-2037, 20 ans pour tout changer" qui était un premier site web qui réunissait des informations sur les périls et les défis que nous avions à relever mais je les voyais de manière séparés. J’avais mis en avant les problèmes climatiques, l’effondrement de la biodiversité, les dangers de l’intelligence artificielle, le transhumanisme ou des dérives en matière de politique et de démocratie.
 
Et finalement, j’ai compris fin 2017 en lisant Comment tout peut s’effondrer de Pablo Servigne et Raphaël Stevens, que tout est relié. L’effondrement d’aujourd’hui est systémique, global et concerne l’ensemble de la civilisation terrestre, puisqu’on est passé à la mondialisation.

Il y a déjà eu plusieurs effondrements dans l’histoire humaine mais ils étaient cantonnés à des territoires et des civilisations donnés.

Aujourd’hui, la civilisation est unique et globale. Ça m’a lancé sur cet engagement citoyen avec ce deuxième site, "effondrement et renaissance", mais aussi le lancement de Strasbourg GO qui s’est arrêté en avril dernier".
 

 

Pourquoi votre site web "2017-2037" s'arrête en 2037 ?

"Je pensais que nous avions 20 ans devant nous, et qu’on pouvait faire un certain nombre de choses. Aujourd’hui, je pense plutôt que ce sont les cinq à dix prochaines années qui risquent réellement de tout changer. Avec des bascules au niveau écologique, climatique, mais aussi politique, social, comme avec les Gilets jaunes, le mouvement écologique en France et les appels de Greta Thunberg.

On sent qu’il suffirait d’une étincelle pour que la société bascule.

La crise économique est également imminente. Ça fait douze mois que les spécialistes prédisent une nouvelle crise financière qui pourrait être dix fois pire que celle de 2008".

 

Que contient "effondrement et renaissance" ?

"C'est un site web en trois parties qui permet d’appréhender cette question de l’effondrement. Une partie est dédiée aux raisons pour lesquelles nous ne bougeons pas, une autre met en avant l'idée de renaissance et toutes les alternatives et initiatives qui vont dans la bonne direction en France ou à l’étranger. Elles mériteraient d’être réunies en réseau pour avoir plus de puissance.

J’aspire à m’installer dans un éco-village parce que j’estime que Strasbourg est une ville trop bétonnée. Aujourd’hui, on y coupe des arbres, on est loin d’une ville qui puisse être autosuffisante".

   

En quoi consistait la liste citoyenne Strasbourg GO ? 

"En 2018, je me demandais à quel échelon il était bon d’apporter mon énergie. Je me disais que Strasbourg pouvait être à nouveau une ville exemplaire, être un laboratoire d’alternatives sur le plan écologique, sur le plan humain, voire aussi une plus grande démocratie, directe et participative... on avait des envies très audacieuses. La liste était censée suivre le principe d’élection sans candidat, avoir plusieurs personnes qui puissent exercer le rôle de maire. J’estimais que cette ville était à la bonne échelle. Mais sur le terrain et avec cette ambition, j’ai compris que Strasbourg était déjà trop grande, trop bétonisée et qu'elle manquait d’espaces verts. Je me suis aussi confronté à la défiance des Strasbourgeois par rapport à la politique, à la méfiance des associations que nous voulions associer au mouvement. Et aussi par manque d’engouement, j’ai décidé de jeter l’éponge".
 
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