Champagne : voici pourquoi le portrait d'une vigneronne s'est retrouvé sur des publicités placardées partout en France

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Écrit par Vincent Ballester .

Nathalie de Coninck est vigneronne en son domaine de Crouttes-sur-Marne (Aisne). Ses cépages produisent un champagne officiellement reconnu par le Comité Champagne basé à Épernay (Marne). Durant le mois de mai, elle s'est prêtée à une campagne de publicité un peu particulière.

Du champagne de Crouttes-sur-Marne (Aisne), c'est un peu moins connu que celui des grandes maisons basées à Reims ou Épernay (Reims). Mais plus maintenant, depuis une campagne de publicité plutôt innovante.



Six champagnes de trois vigneronnes et trois vignerons. Pour donner six affiches promouvant les femmes et les hommes dont le savoir-faire, l'expertise, l'artisanat, se cachent derrière les bouteilles de champagne. Des affiches qui se sont retrouvées mises en avant un peu partout dans le pays.



Et sur l'une de ces affiches inratables, voici Nathalie de Coninck. Rien ne prédestinait la co-gérante de la maison de champagne Leclère-Torrens de Crouttes-sur-Marne à devenir une égérie publicitaire. Lorsqu'elle a repris le domaine de ses parents au sortir de ses études viticoles au sein du lycée de Crézancy (Aisne), jamais elle n'aurait pensé à une chose pareille. Elle a raconté les coulisses de cette aventure à France 3 Champagne-Ardenne. 



Candidature hors des clous

"Un appel a été fait à l'ensemble des vignerons de la Champagne. J'ai trouvé l'idée sympathique. Je n'avais pas vraiment le profil, car il y avait des catégories ciblées, entre 20 et 40 ans, et entre 50 et 60 ans avec cheveux grisonnants. J'avais 48 ans, mais je me suis dit que j'allais le faire et qu'on verrait bien."

On m'a dit : c'est vous qu'on veut.

Nathalie de Coninck, co-gérante de la maison de champagne Leclère-Torrens (et égérie publicitaire)

Quelques jours après, on la rappelait déjà. "J'ai dit que je n'étais pas du tout dans le bon créneau avec ma couleur de cheveux, mais on m'a dit : 'pas du tout, c'est vous qu'on veut.'" Tout s'est alors enchaîné rapidement, avec l'agence de communication parisienne Australie.GAD aux commandes. Pas de la petite pointure. "Elle a travaillé pour EDF, Google, McCain, BlaBlaCar, etc."



Nathalie de Coninck a pris le train au mois de mai, la veille de la séance de photographie (payé tout comme sa chambre d'hôtel). "On m'a dit qu'on me voulait de bonne heure, reposée et sans stress." La voilà qui arrive le lendemain "dans un grand studio avec une vue magnifique : on voyait tout Paris. Il y avait une cinquantaine de personnes ce jour-là. De 08h00 à midi, ils m'ont photographiée. C'était énorme, pas fait à demi-mesure." Une scène digne du Diable s'habille en Prada.



Le Diable s'habille en Champagne

"On a commencé par faire un essayage de vêtements, pour voir quelle était la tenue qui m'allait le mieux. Après, coiffure. Après, maquillage. Quand tout a été validé par l'agence, on a commencé à faire les photos." Tout ce qu'elle portrait a été fourni par l'équipe sur place, "jusqu'aux perles de culture que j'ai à mes oreilles, ils les ont choisies".

Ils ont choisi jusqu'aux perles de culture que j'ai à mes oreilles.

Nathalie de Coninck, co-gérante de la maison de champagne Leclère-Torrens (et égérie publicitaire)

La dictature de la mode ne s'est toutefois pas entièrement imposée à la vigneronne. "On m'a laissé choisir entre deux tenues. Et justement, je n'aimais pas trop la première : je me sentais plus à l'aise avec l'autre, dans un pantalon." Elle a pu poser devant un fond reconstituant préparé au préalable, "une sorte de placo".



Le rendu final correspond à des "natures-mortes reprenant les codes, les éléments-clés de la thématique" de l'affiche ("masses, coupe, craie"), choisies et photographiées au préalable "pour que les vignerons puissent s'approprier l'affichage sans que je sois forcément présente". La première campagne a permis de voir les vigneronnes et vignerons devant le fond caractéristique, et une seconde présentera ces "natures-mortes" qui rappelleront la prestation de Nathalie de Coninck (voir le montage Instagram ci-dessous).



Chaque affiche représente un type de champagne bien particulier (on en profite pour rappeler qu'il faut boire de l'alcool avec modération). Décliné selon sa distinction boisée et mature, rosée et soyeuse (on y voit même un cacatoès), ou encore brute et minérale (c'est ce dernier point qui apparaît sur la publicité  de Nathalie de Coninck). La vigneronne salue la parité femmes-hommes, mais aussi celles entre les différentes parties du vignoble (tout n'est pas centré sur la Marne comme ça se voit parfois). Les affiches ont été diffusées "deux semaines en juillet", ainsi qu'"une semaine en septembre, pour les vendanges".



Elle est partout

N'est-ce pas bizarre de se voir ainsi affichée partout ? "Je vous avoue que je ne suis pas du tout coiffée de la même manière. Je ne m'identifie pas vraiment à la personne qui est sur l'affiche, donc j'arrive à m'en détacher. Si vous me voyez, je ne suis pas comme ça dans la vraie vie. Donc ça ne me dérange pas."





Elle ne se reconnaît peut-être pas, mais par contre, son entourage, si. Elle a reçu plein de messages. "Des clients m'ont envoyé une photo de l'endroit où ils m'ont vue. J'en ai donc de partout : de Paris, de Lille, de Reims, d'Annecy, dans le Sud..." Et même devant le cinéma de Mulhouse (Haut-Rhin). "J'ai une dame qui habite Crouttes-sur-Marne - c'est tout petit - et au mois de juillet, elle part en vacances à 800 kilomètres. Elle traverse toute la France, et la première chose qu'elle voit, c'était moi sur l'affiche avec la mention du village..."



Au-delà de l'anecdote rigolote, la participation à cette campagne de publicité relève d'un véritable enjeu. "Vous souvenez-vous d'une seule précédente campagne des Champagnes de vignerons ?" Le journaliste à l'origine de l'article est bien embêté et doit répondre par la négative. "Voilà. C'est ce qui a été reproché : on n'a pas vraiment eu l'impact qu'on voulait, malgré beaucoup d'argent dépensé." Ça, et la volonté de mise en avant des vigneronnes et vignerons, voici ce qui a donné ce nouveau concept. 



"Brut et minéral, c'est un type de champagne. Mais il y a aussi un visage. C'est dû à la volonté des vignerons de faire partie, d'être acteur de cette nouvelle campagne. Et cette agence de communication a aussi voulu quelque chose de décalé, pour que ça soit dans l'air du temps. Certaines personnes ont peut-être un peu de mal à comprendre, mais la jeune génération, elle comprend parfaitement. La preuve : on en parle." Ça, c'est sûr : pour en parler, on en parle.



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