"Pour moi, c'est impossible" : la vente à perte de carburant inquiète les indépendants

Jean-Baptiste Leblanc a repris avec sa femme Vanessa la petite station-essence de Poix-Terron (Ardennes), il y a six ans. Confronté à la volonté du gouvernement d'autoriser la vente à perte de carburants, le pompiste indépendant s'inquiète de la concurrence des grandes surfaces et des groupes pétroliers.

Le diesel à 1,99€ le litre, l'essence à plus de deux euros... Dans la petite station-service de Poix-Terron dans les Ardennes, le prix des carburants ne cesse de grimper, au grand dam de son propriétaire, Jean-Baptiste Leblanc. "Mes marges sont déjà réduites au maximum", assure le pompiste.

Dans cette commune rurale de 800 habitants, située à mi-chemin entre Charleville-Mézières et de Saulces-Monclin, cette station essence rend bien des services aux clients du secteur malgré des prix plus élevés qu'ailleurs. "S'il fallait que je fasse la route pour aller dans la prochaine station, je perdrais encore plus d'argent" estime l'un d'entre eux qui peine à contenir l'augmentation des prix avec son petit salaire.

"Rester accessible face à la concurrence"

Le 18 septembre en France, le litre de gazole s'achète en moyenne 35 centimes plus cher qu'en juillet. Le sans-plomb, environ 25 centimes. Une inflation mondiale du pétrole qui a d'énormes conséquences sur les professionnels de la distribution de carburants. D'autant plus pour les 2500 indépendants qui tentent déjà de jouer des coudes sur les prix pour rester accessibles face à la concurrence des grandes surfaces et des groupes pétroliers. "J'essaye toujours de me situer entre Carrefour et Total pour rester intéressants aux yeux de mes clients.", explique le gérant ardennais.

Pour protéger les Français de cette inflation, le gouvernement a annoncé samedi 16 septembre vouloir lever un tabou vieux de 60 ans : l'interdiction de la vente à perte de carburants. Le texte de loi devrait être examiné à l'Assemblée Nationale en octobre pour une entrée en vigueur prévue pour le mois de décembre. "L’état ne pense pas à nous", regrette Jean-Baptiste Leblanc par ailleurs propriétaire d'un garage accolé à la station-service.

Le chef d'entreprise a besoin des bénéfices de son activité de distribution d'essence pour faire tourner sa boutique. "Cela me permet de payer le salaire d'un de mes trois employés". Pour les grandes surfaces comme pour les groupes pétroliers qui possèdent les supérettes accolées aux pompes, l'essence ne représente souvent qu'un produit d'appel. Avec le plafonnement du prix d'essence à 1,99 euro le litre chez Total et les nombreuses opérations de vente à prix coûtant dans les supermarchés, Jean-Baptiste Leblanc constate déjà que la clientèle s'amenuise."Depuis une semaine la fréquentation décroît".

Une diminution de la fréquentation à la pompe qui a des conséquences sur toute son activité. "Moins de passage à la pompe, c'est moins de clients dans la boutique pour acheter des produits automobiles et c'est moins de prise de rendez-vous au garage", analyse-t-il.

Pour l'heure, l'indépendant se sent de pouvoir faire face mais il craint de ne pas pouvoir tenir dans la durée."Chaque année le prix des carburants augmente à cause du cours mondial ou des manifestations et nous arrivons toujours à en sortir. Si ça dure moins de six mois encore, on devrait être capable d'amortir cette nouvelle crise", estime le garagiste.

Selon une étude du syndicat Mobilians, à cause de la flambée des prix du carburant et de l'électrification du parc automobile, 27 % des stations indépendantes pourraient fermer d'ici à 2035.