Confinement : dans les quartiers alsaciens, l'indispensable adaptation des centres socioculturels

Avec le reconfinement en vigueur depuis le 3 avril, les centres socioculturels ont à nouveau dû arrêter leurs activités périscolaires et l’accueil collectif. Ils s’adaptent pour trouver des alternatives car leur intervention est plus que jamais nécessaire face à la crise sanitaire.

Avec le reconfinement, ne pas laisser seuls élèves et parents face à l'école à la maison est l'une des priorités des centres socioculturels.
Avec le reconfinement, ne pas laisser seuls élèves et parents face à l'école à la maison est l'une des priorités des centres socioculturels. © JF Frey/MaxPPP

« Le premier confinement a été une catastrophe pour les familles, elles se sont senties complètement perdues. L’école à la maison, pour elles, c’est une utopie », constate Hamoud Bouabellah, animateur du centre socioculturel du Landensang qui intervient à Haguenau (Bas-Rhin) auprès de 600 adhérents. Pour cette structure, la priorité est d’aider les familles à assurer l’école à la maison. Pris de court quand les écoles avaient fermé en mars 2020, le centre a cette fois investi – grâce à des subventions - dans l’achat d’ordinateurs portables d’occasion pour les familles n’en disposant pas. Encore faut-il qu’enfants et parents sachent s’en servir et comprennent le fonctionnement et les logiciels de l’école à distance. C’est pourquoi le centre socioculturel propose des formations individualisées, en ateliers familiaux ou directement à domicile, pour aider parents et élève à prendre en main ces outils numériques.

Lors du premier confinement, une maman qui n’avait pas d’imprimante a recopié tous les devoirs demandés à la main. On ne peut pas attendre des parents qu'ils se substituent aux professeurs.

Elisabeth Schneider, Directrice du CSC du Langensand à Haguenau

Autant que possible, des ateliers de soutien scolaire en petits groupes ou individuels sont aussi proposés aux primaires, aux collégiens et aux lycéens. « La période des examens, le brevet, le bac approchent, il faut les aider », commente Hamoud. On s’inquiète des risques de décrochage scolaire, c’est une vraie menace pour les enfants, alors que beaucoup sont déjà en situation de difficulté. »

Maintenir le lien avec les aînés

Les scolaires ne sont pas la seule priorité des centres socioculturels. Il est aussi indispensable de maintenir le lien avec les personnes âgées. « Il en a certaines personnes que l’on n’a pas revues depuis le premier confinement », déplore Elisabeth Schneider, qui dirige la structure de Haguenau. Malgré le chômage partiel contraint pour beaucoup des salariés, elle a impulsé des prises de contact aussi régulières que possible par téléphone avec les aînés, au moins deux fois par semaine. « Ces personnes étaient très inquiètes de la maladie l’an dernier. L’angoisse est passée mais il faut maintenant les aider pour trouver des rendez-vous pour la vaccination. »

Ce maintien du lien est aussi indispensable pour le centre socioculturel de la porte du miroir qui gère le plus gros secteur géographique de Mulhouse (Haut-Rhin), avec 900 usagers. Des bénévoles passent régulièrement pour déposer des kits de lecture, de bricolage ou encore de jeux. « On ne peut pas abandonner les personnes âgées, constate Xavier Colombet, président de la structure. On leur apporte de quoi s’occuper et on prend au passage de leurs nouvelles. On maintient aussi quelques balades en minibus. »

Avec ces confinements, on va créer des jeunes qui vont souffrir.

Elisabeth Schneider, directrice du CSC du Langensand à Haguenau

L’une des autres grandes sources d’inquiétude pour les deux centres socioculturels, ce sont les jeunes. « On ne peut plus rien leur proposer actuellement, constate Xavier Colombet. Ils ne peuvent plus venir dans nos locaux. Du coup, ils se retrouvent ensemble là où ils peuvent, dans les caves ou les cages d’escalier. Cela m’inquiète et me désole car ils pourraient prendre de mauvaises habitudes. » 

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A Haguenau, impossible aussi pour les jeunes de se réunir comme avant autour du baby-foot ou dans la salle de danse du centre. « On garde le lien en faisant parfois des maraudes ou des activités [comme on le voit, au golf, sur le post ci-dessus] avec des petits groupes de maximum six jeunes. Ce sont des temps de rencontre, d’échange, on sent qu’ils en ont besoin », ajoute l'animateur du centre socioculturel.

Les centres socioculturels : une aide de première nécessité

« Certaines mesures sont incohérentes, fustige le président du centre de Mulhouse. Nous avons une crèche qui accueille une cinquantaine de petits. Elle a dû fermer alors que les assistantes maternelles peuvent encore prendre en charge à domicile les enfants. C’est incompréhensible alors que nous pouvons appliquer tous les protocoles sanitaires nécessaires. Cela a été un coup de massue supplémentaire pour les familles. » Le président se dit démuni, on le sent proche de la colère. « Notre but premier est d’être au service des usagers, or là, on ne peut pas. »

Le centre haguenauvien s’est organisé pour maintenir un accueil physique ouvert, dans le respect des contraintes sanitaires. Imprimantes et ordinateurs sont en libre-accès. Une aide indispensable notamment pour les démarches administratives, d’autant plus nombreuses et complexes avec le contexte sanitaire. « On a spécialement créé une adresse mail pour que les gens envoient les formulaires ou le travail d’école et puissent les imprimer, car tout le monde n’est pas équipé », raconte Hamoud Bouabellah, qui se prépare à un afflux de demandes avec les prochaines déclarations d’impôts.

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Malgré tout, les responsables de ces structures d’accompagnement veulent rester confiants dans l’avenir, dans leur capacité d’adaptation et de réactivité, et dans celles des habitants. « Ce sont des personnes qui ont une très grande capacité de résilience, tempère Elisabeth Schneider dont la structure épaule aussi les gens du voyage et les personnes ne maîtrisant pas la langue française. Tous ces publics sont habitués à être fatalistes et arrivent plus facilement qu’on ne le croit à s’adapter aux difficultés ». Et la directrice de se souvenir de ces habitants qui s’étaient spontanément mis à confectionner des masques l’an dernier quand il n’y en avait pas assez pour tout le monde.

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