Confinement et école à la maison : "Après un an de crise, l'Education nationale n'a rien appris"

Depuis mardi 6 avril, 400.000 élèves de Lorraine suivent leurs enseignements à distance. Comme partout en France, cette première journée d'école à la maison a été catastrophique selon les parents d'élèves. Le ministre de l'Education promettait à l'envi que "tout était prêt". Etat des lieux.

Le retour de l'école à la maison a été contrarié par les bugs techniques sur les espaces numériques de travail de l'Education nationale.
Le retour de l'école à la maison a été contrarié par les bugs techniques sur les espaces numériques de travail de l'Education nationale. © Franck Delhomme. MaxPPP.

"Est-ce que ça marche ?" C'est la question qui se pose, en ce matin du mercredi 7 avril 2021, dans toutes les familles. Va-t-on enfin avoir accès aux outils numériques de l'Education nationale, Mon Bureau Numérique et autres classes virtuelles ? Car la veille, premier jour d'école à la maison, la situation était compliquée : une bonne partie des élèves n'a pas eu accès aux espaces numériques de travail dans l'académie de Nancy-Metz, comme partout en France.

On se moque de nous et de nos enfants !

Christelle Carron, présidente FCPE Moselle

Un an après le début de la crise sanitaire, parents, élèves et enseignants étaient en droit d'espérer des conditions d'enseignement à distance décentes. Depuis la rentrée de septembre, le ministre de l'Education nationale, Jean-Michel Blanquer, le répète : "Nous sommes préparés à tout". Visiblement non : l'intendance numérique ne suit pas, bugs à répétition, les serveurs ont été saturés mardi 6 avril.

"On se moque de nous et de nos enfants, s'agace la présidente de la FCPE (Fédération des conseils de parents d'élèves) de Moselle, Christelle Carron. Le jour J, rien n'est prêt ! Comment peut-on ne pas anticiper un afflux de connexions ? A croire que nos enfants ne méritent pas cette anticipation !" Même grogne du côté des personnels de l'Education nationale. "Tout le travail fait et la motivation des équipes ont été mis à mal en deux heures de temps", déplore la proviseure du lycée Gustave Eiffel de Cernay (Haut-Rhin), Isabelle Marchand.

Le ministre a pourtant tenté de trouver des coupables aux bugs informatiques. La faute aux serveurs OVH victimes d'un incendie à Strasbourg le 10 mars 2021 ? Le PDG d'OVH a démenti formellement.

 

 

Une cyberattaque venue de l'étranger ? Une enquête a été ouverte. Mais selon nos confrères de France Inter, l’entourage du ministre a expliqué qu’il ne s'agit que d'un "soupçon". L'accusation est "disproportionnée" d'après un diplomate cité par France Inter. "Le ministre a menti, affirme de son côté Roberto Toscano de Sud Education Lorraine. Comme il l'a fait auparavant pour les taux de contaminations à l'école ou le nombre de classes fermées."

Le ministère de l'Education a sous-évalué le nombre de connexions. Un aveu du bout des lèvres de la part du recteur de la région académique Grand Est, Jean-Marc Huart, mardi 6 avril 2021 sur les antennes de France 3 Grand Est. "C'est regrettable. Il y a eu des difficultés sur Mon Bureau Numérique, mais elles ont été résolues très vite." Jean-Marc Huart précise que la région Grand Est a, malgré tout, doublé ses capacités par rapport à 2020.

Des familles à bout

Après une année compliquée, c'est la lassitude qui règne chez les parents, l'inquiétude voire l'angoisse chez les élèves. Ces réactions sont d'autant plus fortes que d'autres moyens auraient pu être mis en place pour éviter cette solution de la dernière chance : la fermeture des écoles. "Les classes auraient pu être dédoublées [comme cela est prévu dans le protocole sanitaire publié avant la rentrée 2020, ndla], il aurait fallu embaucher du personnel, plaide Christelle Carron. L'Education nationale n'a pas saisi l'occasion de cette crise pour réimaginer l'école, et éviter par exemple, des classes de 37 élèves."

Personne ne se satisfait d'un enseignement à distance. "On subit cette situation et on ne veut pas rompre le lien avec les élèves", assure Roberto Toscano. "Suivre un cours en visio à la maison, ou face à un professeur en classe, ce n'est pas la même chose", résume Christelle Carron. Le débat ne se résume pas à pour ou contre le numérique. Comme il a été constaté en 2020, les élèves, et notamment les plus jeunes, ne maîtrisent pas totalement l'outil informatique, malgré les enseignements dispensés spécifiquement.

Classe virtuelle à tout prix

L'école à distance se fait forcément dans des conditions dégradées. L'emploi du temps des élèves ne peut pas être transposé à la maison, avec une heure de visioconférence à la place d'une heure de cours. D'abord, les élèves n'ont pas l'attention nécessaire. Et ensuite, même s'ils l'avaient, les conditions de travail à la maison sont restreintes. Si plusieurs membres d'une même famille travaillent depuis la maison, la connexion internet n'est pas suffisante.

D'après Sud Education, certains enseignants de l'académie de Nancy-Metz ont reçu des pressions de la part de leur hiérarchie pour absolument organiser des visioconférences avec leurs élèves. "C'est une atteinte à la liberté pédagogique des enseignants, explique Roberto Toscano. D'autant que le matériel informatique ne leur est pas mis à disposition." Dans d'autres établissements, les enseignants ont convenu d'une heure de visioconférence maximum par demi-journée, afin de ne pas épuiser élèves et parents.

Les vacances commencent samedi 10 avril 2021. Les primaires reprendront le chemin de l'école deux semaines plus tard, le 26 avril. Les collégiens et lycéens attendront une semaine supplémentaire, le 3 mai. 

 

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