Coronavirus : en Champagne, la Saint Vincent est reportée à 2022, une première depuis 50 ans

Les vignerons et les maisons de champagne sont attachés à cette  fête. Les habitants de la Région aussi, car défilés, messes solennelles et vins d’honneur sont très appréciés sur tout le territoire. Mais, la situation sanitaire contraint toute la profession à y renoncer, cette année.

La Saint-Vincent à Epernay, le 13 janvier 2018
La Saint-Vincent à Epernay, le 13 janvier 2018 © Matthieu Guillerot / France 3 Champagne-Ardenne

Sur le calendrier, la Saint Vincent s’affiche au 22 janvier. Mais, l’archiconfrérie Saint Vincent des vignerons de la Champagne, célèbre toujours ce moment festif, le samedi qui précède. En cette année 2021, la fête aurait dû avoir lieu le 16 janvier. Seulement, il faudra se montrer patient. Face à l’épidémie, l’archiconfrérie a décidé de reporter l’évènement à l’année prochaine. " Nous avons souhaité attendre le plus longtemps possible ", explique Patrick Boivin, secrétaire général de l’archiconfrérie.

Celui qui est aussi directeur du vignoble de la maison de champagne Deutz, poursuit : " C’est la première fois, depuis cinquante ans, que nous n’organiserons pas cette célébration. Habituellement, au défilé, on compte plus de 1000 personnes, il y a la messe solennelle, puis un dîner de gala qui regroupe 5 à 600 participants. Avec la pandémie, ça n’aurait pas été sérieux de le faire cette année. C’est une décision citoyenne. On a eu raison d’annuler. Cette semaine, on va se réunir pour diffuser un petit message pour demander à tous les membres de la confrérie d’avoir un moment d’unité, par la pensée ". L'an dernier, en 2020, la Saint Vincent avait eu lieu à Epernay. En 2021, il n'y aura malheureusement pas de festivités. "C'est un vrai déchirement", regrettent les viticulteurs.

 

Ne pas oublier la solidarité

C’est aux mois de novembre et de décembre que sont réalisées 25% des ventes de champagne. Avec la crise sanitaire, le confinement, la fermeture des restaurants, les chiffres définitifs pourraient faire apparaître un recul certain. Philippe Wibrotte est responsable des relations publiques du C.I.V.C, le Comité Interprofessionnel des Vins de Champagne. " Au cours des siècles, on a toujours rebondi, malgré les difficultés ", indique-t-il. " Les bases sont solides, l’interprofession fera face ".

Patrick Boivin, secrétaire général de l’archiconfrérie des vignerons de la Champagne précise : " Nous n’avons pas encore assez de recul. Nous aurons les chiffres fin janvier. Il fallait atteindre les 200 millions de bouteilles. C’était la grosse interrogation. En-dessous, cela aurait été difficile, mais on estime qu’on devrait atteindre les 230 à 235 millions de bouteilles vendues. La Champagne aura su résister. Il ne faut pas qu’il y ait des opérateurs qui restent au bord de la route. L’unité doit être préservée. C’est la plus belle chose. Il ne faut pas oublier qu’historiquement, les confréries étaient les filles de la misère. C’étaient des comités d’entraide. La Saint Vincent le rappelle. N’oublions jamais la solidarité champenoise ! L’économie champenoise, ce n’est pas seulement les bulles. Ce sont des hommes, des femmes, le terrain et l’unité. Tous ont apporté leur pierre à l’édifice. S’il y a des difficultés, la profession résistera. Dans l’histoire, elle a toujours su le faire. On retrouvera le chemin de la victoire. J’ai confiance dans les hommes et les femmes qui ont une vision collective des choses, propice aux regroupements, avec la volonté d’aller chercher de nouveaux marchés. Si on ne peut pas boire le champagne en janvier, on ouvrira les bouteilles plus tard… Et puis, à quelques-uns, sans organiser de défilé, on pourra se regrouper à quatre ou six, sortir les bannières, pour montrer qu’on est debout ".

 

 

"Historiquement, les confréries ont été créées pour que les gens puissent s'aider mutuellement."

Patrick Boivin, Secrétaire Général de l'Archiconfrérie Saint Vincent des Vignerons de la Champagne

Grosse solidarité des Français

A Venteuil, dans la Marne, Claudy Dubois-Michaux, gérante du champagne du Rédempteur, est Présidente de la section locale du S.G.V., le Syndicat Général des Vignerons. " Cette année, on devait célébrer Saint Vincent à Oeuilly, car le lieu change tous les ansOn se regroupera entre nous en petits groupes ", dit-elle, " mais même si c’est triste de ne pas fêter Saint Vincent, il aurait été impossible de faire quelque chose en grand. On ne veut pas créer de cluster. Ca ne serait pas raisonnable. Il faut faire attention à ne pas répandre le virus. J’en ai parlé au maire de Venteuil. Pour lui, pas question de faire un apéritif, de remettre les médailles comme on le fait habituellement, dans notre village de 500 habitants où seul le boulanger n’est pas dans le champagne. L’année a été moins bonne, mais pas catastrophique. Il y a eu une grosse solidarité. Les Français sont venus à nous. Comme les gens ne pouvaient pas se réunir, on a envoyé des colis de deux, trois bouteilles dans toute la France. Par rapport aux restaurateurs, on ne se plaint pas. On ne sait pas si l’année 2021 sera difficile. Il y a moyen de s’unir. L’union, la solidarité, il n’y a que ça de vrai, d’ailleurs pour les livraisons, c’est ce qu’on a fait, on livrait ensemble ".

 

Pas de fête bachique

Tous les ans, au Mesnil-sur-Oger, dans la côte des Blancs, dans la Marne, plusieurs banquets sont organisés, à l’occasion de la Saint Vincent. Ce ne sont pas moins de 5 à 600 convives qui sont réunis, mais cette année, on a tiré un trait sur tout cela. " Cette fête bachique est le moment des intronisations, de la remise de récompenses ", explique Gilles Marguet. Il est vigneron au Mesnil-sur-Oger et Chevalier de l’Arc, au sein de la confrérie du village, une des plus actives. " Cette année, il n’y aura pas de défilé. Il nous restera juste la messe, le 22, jour de la fête du saint, pour la bénédiction du vin nouveau, la raison d’être de la confrérie. On va se réunir pour voir comment mettre cela en place. Avec les règles sanitaires, l’église devrait pouvoir accueillir 120 à 130 personnes. Ce système est à l’opposé de ce que nous sommes, car le vin est un élément de partage et de convivialité. Ce qui se passe est une parenthèse. On va travailler encore et encore. . Les jours meilleurs reviendront, et on reviendra aux fondamentaux. On est impatient ".

Les vignerons champenois ont hâte de faire renaître tradition et vivre ensemble.

Poursuivre votre lecture sur ces sujets
champagne culture gastronomie fêtes locales événements sorties et loisirs