Coronavirus : les cliniques privées veulent apporter leur aide

Dans l'Aube, c'est le Centre hospitalier de Troyes qui prend en charge les malades du Covid-19. / © François Nascimbeni / AFP
Dans l'Aube, c'est le Centre hospitalier de Troyes qui prend en charge les malades du Covid-19. / © François Nascimbeni / AFP

Face à la crise sanitaire que pose le Covid-19, la Fédération de l’hospitalisation privé alerte sur la conciliation laborieuse entre établissements publics et privés. En Champagne-Ardenne, la coopération est poussée des deux côtés par la communauté médicale.
 

Par Roni Gocer

« Le Grand-Est a été le cas révélateur pour l’ensemble de la profession ». Sur les ondes de RMC, les propos du président de la Fédération de l’hospitalisation privé Lamine Gharbi sont alarmants. La « communication » entre les structures médicales du public et du privé serait défaillante dans la gestion des patients atteints du Covid-19 ; il évoque notamment « 70 lits de réanimation dans le privé » qui n’auraient pas été mobilisés à « Strasbourg, Metz ou Nancy ». Résultat de cette querelle historique, deux tempos différents sont décrits : des urgences publiques débordées dans les zones les plus infectées, et des services de soins privés bien moins sollicités, en attente. 

« Je travaille aux urgences et c’est aussi le constat qu’on fait », assure Clothilde Ollier, membre de l’Union fédérale CGT de la Santé privée. « On s’attendait à un afflux, et ce n'est toujours pas le cas alors que les cliniques sont prêtes à accueillir du monde ». Pour la syndicaliste, qui rappelle que les hôpitaux privés ont repoussé les interventions qui n’étaient pas urgentes, la situation vire à l’absurde : « Ceux qui peuvent se passer de nous ne viennent pas, alors on se retrouve avec beaucoup moins de consultations. Dans certaines cliniques, on parle même de mettre du personnel en chômage technique !» 
 

« Nous avons les mêmes formations, les mêmes compétences. »

À Troyes aussi ces difficultés de conciliation existent mais face à la crise sanitaire, elles ont étés mises de côté. Sans attendre de la direction du Centre hospitalier une entente avec les cliniques privées, les médecins se sont coordonné entre eux. Chirurgien-plasticien à la polyclinique Montier la Celle, le docteur Mazhar Hamati raconte : « Au départ, l’hôpital public voulait gérer la crise tout seul. Alors on s’est imposé : le 16 mars, on a organisé une réunion inter-établissement et mis en place une coopération ». 

Si c’est toujours l’hôpital de Troyes qui prend en charge les malades atteints du Covid-19, ce dernier redirige vers les cliniques du secteur les autres types d’urgences. « Historiquement, le service public a souvent voulu nous écarter, mais ça n’a pas de sens, déplore le docteur Hamati. Nous les médecins, nous avons les mêmes formations et surtout les mêmes compétences. » 
 
Un examen rapide avec prise de température et questionnaire peut être effectué dans certaines cliniques privées. / © Document remis
Un examen rapide avec prise de température et questionnaire peut être effectué dans certaines cliniques privées. / © Document remis

Au-delà du soutien pour réduire la tension dans les urgences, il y a aussi l’aide matérielle. Dans les services de réanimation, les équipements respiratoires sont devenus cruciaux avec l’arrivé de patients gravement atteints. « Sur les 18 équipements dont nous disposons, nous en avons transmis 12, indique le médecin. Le problème, c’est la durée de leur utilisation : la prise en charge en réanimation peut durer 3 à 4 semaines. »
 

On est prêt à mettre à l’arrêt toutes nos activités pour nous engager pleinement.
- Docteur Mazhar Hamati, chirurgien-plasticien à la polyclinique Montier la Celle

 

Du prêt de matériel à la prise en charge de patients

À la tête de la clinique Montier la Celle, on voit l’initiative d’un bon œil. « Les communautés médicales privées et publiques s’entendent facilement, commente la directrice de l’établissement, Nadia Rose. Ils nous ont fait part de leur volonté de travailler ensemble, les directions n’ont fait que suivre. » L’objectif pour la directrice : éviter les dysfonctionnements « comme à Nancy ou à Strasbourg ». « Nous avions presque tout déprogrammé, nous étions prêts dès le début, assure Nadia Rose. Même s’il nous manque aussi du matériel, notamment des masques FFP2. »
 
Avec la forte baisse de fréquentation, il n'y a plus qu'un service sur quatre d'actif à la polyclinique. / © Documents remis
Avec la forte baisse de fréquentation, il n'y a plus qu'un service sur quatre d'actif à la polyclinique. / © Documents remis


Aide-soignante au CHU de Reims et syndiquée à la CGT, Mathilde (le prénom a été modifié) témoigne elle d’une situation plus simple : «Dès le début, notre direction a choisi de collaborer avec la clinique de Bezannes. Lorsqu’on a été consulté au départ, c’est le souhait qu’on avait formulé.» Rapidement, l'hôpital s'est proposé pour prendre en charge les enfants des membres du personnel, « sans distinction public-privé ». Les personnes gravement infectées par le Covid-19 peuvent depuis être traitées dans les deux établissements.
 

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