Confinement pour les fêtes de Pâques : le cafouillage des mesures en Allemagne

Le week-end de Pâques 2021 devait être une sorte de confinement absolu de cinq jours, avec deux jours fériés en plus pour les salariés, "le repos pascal" titraient les journaux, la trève des oeufs. Il n'aura finalement pas lieu. Annonce détricotée par la chancelière elle-même. 

"Joyeuses Pâques" en cercle familial restreint...
"Joyeuses Pâques" en cercle familial restreint... © Florence Grandon. FranceTélévisions.

"La faute vient de moi uniquement" a expliqué la chancelière, en demandant aussi aux citoyens allemands de lui pardonner. Un mea culpa étonnant, deux jours après avoir annoncé une mesure-phare pour casser la troisième vague, dont l'Allemagne semble avoir plus peur que ses voisins : le fameux week-end de Pâques de cinq jours fériés devait être la solution pour briser l'augmentation du taux d'incidence. Il devait pouvoir indiquer aux citoyens de faire très attention et de limiter leurs sorties pendant cinq jours. Bref, il était la stratégie géniale, rapide et efficace dont rêvent tous les gouvernements. Mais alors, que s'est-il passé ?

Retour sur un couac

Le gouvernement fédéral, en accord avec les 16 Länder allemands (les 16 régions), ont décidé lundi 22 mars, à l'issue d'une réunion d'urgence en pleine nuit, de mettre le pays à l'arrêt pendant 5 jours, un weekend de Pâques prolongé en quelque sorte. Il s'agissait de rendre fériés le jeudi vert 1er avril et le samedi saint 3 avril, qui, ajoutés au vendredi saint, au dimanche et au lundi de Pâques, donnaient un super confinement de cinq jours.

Mais décréter un jour férié n'est pas si simple. Certains Länder envisageaient de contourner l'obstacle juridique posé au niveau national en inscrivant cette obligation dans une nouvelle directive régionale liée à la pandémie. Fédérations d'artisans, chambres patronales, beaucoup d'acteurs étaient opposés à la mesure. Finalement, Angela Merkel est revenue sur cette décision mercredi 24 mars : jeudi 1er avril et samedi 3 avril seront des jours normaux. Les ministres-présidents des Länder ont applaudi : dans les faits, ils n'avaient pas encore trouvé comment appliquer cette mesure soudaine.

Le gouvernement se contente donc de demander à chaque citoyen d'éviter de rencontrer du monde, de limiter les fêtes familiales au minimum, ainsi que les voyages de Land à Land ou à l'étranger. Une recommandation déjà donnée il y a tout juste un an, pour les fêtes de Pâques 2020.

Reconnaître ses erreurs, c'est la marque des grand.

Hildegard Müller, présidente de la Fédération de l'industrie automobile allemande

"Le diable se cache dans les détails", a rappelé Winfried Kretschmann. Le ministre-président du Bade-Wurtemberg soutient la démarche de la chancellière, qui a reconnu que cette décision n'était pas transposable dans le droit, et qu'elle aurait pu casser certaines chaînes de production aussi."Reconnaître ses erreurs, c'est la marque des grands", a dit Hildegard Müller, présidente de la Fédération de l'industrie automobile (Verbandes der Automobilindustrie (VDA)).

De nombreuses voix remettent en cause Angela Merkel et toute sa politique, comme l'a fait Christian Lindner, chef de file des libéraux (FDP) : il remet en cause sa participation à la coalition du gouvernement d'Angela Merkel. Des élections nationales auront lieu en septembre prochain Outre-Rhin.

Des mesures toujours très strictes

Un confinement plus dur ? Un déconfinement ? La réouverture des restaurants et lieux culturels ? Toutes ces questions restent ouvertes. Angela Merkel a réaffirmé mercredi sa volonté de "casser la troisième vague" qui a lieu en ce moment Outre-Rhin. Le gouvernement fédéral regarde surtout le taux d'incidence sur 7 jours, pour prendre ses décisions. Certaines voix s'élèvent pour demander que d'autres paramètres fassent partie du calcul, comme le taux de remplissage des lits de réanimation dans les hôpitaux, par exemple.

Le taux d'incidence sur 7 jours est en augmentation dans tout le pays. Il est de 102 au 24 mars dans le Bade-Wurtemberg, voisin de l'Alsace, et de 108 pour toute l'Allemagne, selon le Robert-Koch-Institut. A titre de comparaison, il est de 309,7 pour toute la France au 20 mars, et de 165,5 dans le Haut-Rhin et de 237,1 dans le Bas-Rhin, selon Santé Publique France.

Il faut rappeler que les écoles et les commerces ont fermé leurs portes à la mi-décembre, pour ne rouvrir que le 8 mars, dans le Bade-Wurtemberg. Une situation compliquée à gérer Outre-Rhin, où la date de réouverture des terrasses des restaurants et cafés était en discussion, tant que le taux d'incidence n'atteignait pas le fameux seuil de 50. La fermeture des écoles ne peut plus entrer en discussion dans l'immédiat. Surtout que certains collégiens et lycéens sont toujours en distanciel.

Dans un tweet, la SWR rappelle que le ministre-président Kretschmann a lui aussi présenté ses excuses pour le couac autour des fêtes de Pâques, "sortir du chapeau une mesure après un sommet organisé à la hâte en pleine nuit n'était pas une bonne idée" :

Dans les commerces non-essentiels, depuis le 20 mars, il faut prendre rendez-vous selon le système "click and meet". Un rendez-vous à prendre par téléphone ou par internet en amont, pour pouvoir déambuler dans le commerce choisi et profiter du conseil des vendeurs. Un client pour 40 m2, avec un masque chirurgical ou FFP2.

Les musées et les librairies sont ouverts sur rendez-vous. Le sport en salle et à l'extérieur est de nouveau interdit en groupe, sauf à limiter le contact à deux foyers, et maximum 5 personnes. Les enfants de moins de 14 ans peuvent continuer à pratiquer le sport en extérieur. Les écoles de musiques referment leurs portes pour les enfants de plus de 14 ans. Les coiffeurs et magasins de bricolage restent ouverts sans rendez-vous.

Toutes ces mesures ne concernent pas beaucoup les Alsaciens : il faut toujours une "raison impérieuse" pour passer la frontière. La visite familiale, les familles qui déposent ou récupèrent leurs enfants dans le cas de gardes alternées, les rendez-vous médicaux et les frontaliers qui travaillent dans le Bade-Wurtemberg : toutes ces personnes peuvent, à l'occasion d'un déplacement de moins de 24 heures, y faire également leurs courses. Pour les autres, il faudra attendre que le Bade-Wurtemberg change cette mesure, ce qui n'est toujours pas d'actualité. Ou alors faire un test PCR et rester 10 jours en quarantaine, avant de profiter pleinement d'un séjour en Allemagne.

 

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