Coronavirus : un essai thérapeutique exclusivement destiné aux patients âgés pourrait être lancé à Strasbourg

Les personnes âgées atteintes du Covid-19, dans un état grave, pourraient bientôt bénéficier d'essais cliniques dédiés. / © Elyxandro Cegarra/MAXPPP
Les personnes âgées atteintes du Covid-19, dans un état grave, pourraient bientôt bénéficier d'essais cliniques dédiés. / © Elyxandro Cegarra/MAXPPP

Alors que plusieurs traitements expérimentaux contre le coronavirus sont testés dans plusieurs hôpitaux français, celui de Strasbourg pourrait bientôt piloter un essai thérapeutique, exclusivement destiné aux personnes âgées, population particulièrement exposée depuis le début de l’épidémie.
 

Par Marie Coulon

A l’heure où les décès explosent dans les Ehpad et les services hospitaliers, notamment dans le Grand Est, le CHU de Strasbourg sonne la charge. "Il fallait réagir. L’essentiel, c’est qu’on accélère et qu’on donne des réponses", avance le Professeur Frédéric Blanc. Ce gériatre est à l’origine d’un projet d’essai clinique destiné aux malades âgés du Covid-19, de plus en plus nombreux et particulièrement vulnérables.

"Nous avons énormément de patients dans les services. Les taux de décès sont énormes, de l’ordre de 20% en milieu hospitalier et de l’ordre de 30% dans les EHPAD ". Face à ce constat, le professionnel a mobilisé son équipe de recherche pour réaliser une performance. Mettre en place un protocole d’essai en une semaine, en convainquant au passage d’autres collègues de le suivre un peu partout sur le territoire.

C’est donc une vingtaine de centres qui sont prêts à se mobiliser, de Mulhouse à Chambéry en passant par Nancy, Bordeaux, Toulouse, Lyon, Paris, ou encore Reims.

"Le Covid-19, une maladie éminemment gériatrique"


Des hôpitaux, pour certains déjà engagés dans un autre essai clinique européen baptisé "Discovery", incluant quelques 3200 malades, lancé par le ministère de la Santé dimanche 22 mars 2020.
 

Sur le même modèle, cette fois ce sont 1600 patients âgés, gravement atteints par le Covid-19, qui pourraient se voir proposer quatre traitements. L’hydroxychloroquine, l’antipaludique qui divise depuis plusieurs jours la communauté scientifique, utilisée ici avec des doses adaptées, l’azithromycine, un antibiotique couramment prescrit par les médecins pour combattre plusieurs types d’infections bactériennes, le telmisartan, un anti-hypertenseur censé rétablir une tension artérielle normale. Un dernier groupe "contrôle" bénéficierait lui d’une phytothérapie, à base de curcumine.

"Il fallait qu’on puisse avoir des médicaments qui ne soient pas trop délétères pour nos patients. Dans "Discovery", il y a des anti-VIH qui sont proposés et un autre médicament qui a été utilisé dans le cadre du virus Ebola, dont on ne connaissait pas trop les effets secondaires notamment au niveau rénale, Or, les reins des patients âgés sont fragiles. Pour nous, ce n’était pas souhaitable chez les patients âgés", explique Frédéric Blanc avant d’ajouter que "des analyses statistiques seront effectuées au fur et à mesure de l’étude", permettant d’exclure immédiatement des traitements qui se révéleraient être inefficaces.

A ce jour, l’essai n’est pas encore validé par les autorités de santé. Il doit être soumis vendredi 27 mars 2020 au comité d’éthique scientifique qui donnera ou non son feu vert. Reste aussi à obtenir des fonds, exclusivement publics. 920.000 euros pour financer les assurances, les médicaments ou encore le personnel. Le PHRC (projet hospitalier de recherche clinique) devrait se prononcer dans les prochains jours.

"On fait tout pour aller vite, mais il faut préciser qu’on va déjà beaucoup plus vite que d’habitude puisque ce genre d’initiative prend normalement plusieurs mois", assure le Professeur. S’il obtient l’aval des décideurs, le protocole pourrait débuter dans une dizaine de jours, avec une première phase de tests sur 80 des patients cibles. Les premiers résultats pourraient intervenir sous un mois, après lancement.

"L’objectif principal c’est d’augmenter la survie. Nous sommes dans une sorte de médecine de catastrophe, l’objectif c’est que les patients survivent à 15 jours. On se donne 15 jours. Et si on se rend compte qu’on augmente la survie avec un médicament, ce sera génial", conclut-il.

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