Coronavirus : le retour à l'école le 11 mai laisse élèves et parents dubitatifs

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Écrit par Florence Morel
La famille Gorisse en pleine école à la maison à Reims
La famille Gorisse en pleine école à la maison à Reims © Document remis

Interrogés, le président de la fédération marnaise de parents d'élèves, des Rémois et une lycéenne ardennaise ont hâte de reprendre le chemin de l'école lundi 11 mai. Sans toutefois masquer leurs inquiétudes.

Hâte et appréhension. Au lendemain de l'allocution présidentielle de ce lundi 13 avril, parents, enfants et le président de la FCPE (association de parents d'élèves), n'osent pas vraiment sauter de joie. S'ils se languissent de reprendre le chemin de l'école le lundi 11 mai prochain, tous se demandent dans quelle mesure ce souhait va pouvoir être assouvi.
 

Responsabiliser les élèves et fournir des masques

"C'est une bonne nouvelle, car beaucoup en ont marre du confinement et beaucoup d'élèves sont en difficulté", reconnaît Yves Jacquot, président de l'antenne marnaise de la FCPE, avant de prévenir : "Il faudra faire attention à ne pas produire une deuxième vague d'épidémie, ne pas faire se coller les enfants, faire preuve de bon sens, leur fournir des masques et les responsabiliser."

"On se rend bien compte que le confinement pose des problèmes sur les examens. On a des élèves qui n'étaient pas en situation de décrochage, qui commencent à l'être. Plus vite on sortira du confinement, plus vite ils retrouveront le moral." Yves Jacquot a constaté un "manque de matériel" évident de la part des familles, avec des élèves "qui se démoralisent, n'y croient plus." 

Il est temps qu'on en sorte pour que les enfants se remettent à leur travail, revoient leurs copains et reprennent leurs repères.
- Yves Jacquot, président de l'antenne marnaise de la FCPE

 


"Les tracteurs et les vaches me manquent"

C'est le cas de Lilou, qui étudie en première dans un lycée agricole ardennais. Comme on vous le racontait en début de confinement, travailler à la maison n'est pas facile, surtout quand on vit dans une zone blanche et qu'on prépare un bac professionnel agricole. "Les tracteurs et les vaches me manquent", regrette la jeune Ardennaise. Elle se dit soulagée de pouvoir reprendre le 11 mai : "Je pensais qu'on n'y retournerait pas avant septembre", dit-elle.

Elle trépigne même d'impatience à l'idée de retrouver ses amies d'internat et ses professeurs. Avec un effectif de douze élèves, les enseignants sont particulièrement disponibles pour répondre aux interrogations. Avec l'école à la maison en revanche, les lycéens ont beaucoup moins l'occasion de les interpeller. "L'école à la maison, ce n'est vraiment pas comme en cours. On peut moins poser de questions et les professeurs nous donnent encore plus de travail qu'en temps normal', dénonce Lilou. 

En tant que déléguée de classe, elle a fait parvenir les principales difficultés rencontrées par ses camarades. La première: les enseignants donnent beaucoup de devoirs : "Par jour, par matière, ils nous donnaient un chapitre d'une leçon, ce qu'on n'aurait jamais fait en une heure de cours en temps normal. En plus de ça, il fallait gérer des appels, des révisions et des exercices. On pouvait avoir jusqu'à trois appels par jour." 

L'Ardennaise avait également noté qu'elle et ses camarades accumulaient chaque jour beaucoup de retard entre les révisions, la gestion des plateformes où passer les appels, les devoirs à faire et les cours à réviser. L'école à la maison impliquant des cours et devoirs à rendre sur ordinateur, elle ne coïncidait pas avec les méthodes d'enseignement de certains parents, qui ne voulaient pas voir leurs enfants sur les écrans toute la journée. 

Sa professeur principale a transmis le message. "Visiblement, ils ne se rendaient pas compte de tout ce qu'ils demandaient", raconte Lilou. Avec toutes ces tâches, elle finissait ses soirées à 22h30, avec des pauses express pour manger. "Ma mère me réclamait", raconte l'adolescente. Elle me disait de la rejoindre avec mon père et mon frère parce qu'ils ne m'avaient pas vu de la journée."
   

Des enfants heureux à la maison

À Reims, dans la famille Gorisse, c'est Claire, la mère de famille, qui a hâte de voir le 11 mai arriver, même si elle reste sceptique : "Beaucoup de parents autour de nous crient déjà victoire, mais je n'y crois pas, constate-t-elle. Les enfants le vivent bien, ils n'ont pas vraiment envie de retourner à l'école." "On a regardé l'allocution télévisée du président. Quand il a parlé du retour à l'école, ils ont dit 'oh non'", renchérit Adrien, son mari. Il faut dire que la petite famille dispose d'une maison avec jardin.

Adrien a lui aussi trouvé un nouveau rythme qui lui convient. Le designer télétravaille, ce qui lui évite de se rendre à Paris tous les jours. Soit trois heures de trajets quotidiens économisés. "Je peux profiter de mes enfants, et même dans les côtés plus compliqués, j'y trouve plus mon rythme."

Occupé à télétravailler durant la journée, il reconnaît que c'est Claire qui assure l'essentiel de l'école à la maison. De son côté, elle concède que ce confinement est un peu lourd à supporter. "Adrien, qui a un rythme effréné, qui va à Paris quotidiennement, est heureux de rester là, plus au calme. Pour moi, c'est moins le cas car j'avais déjà ralenti mon rythme de vie. Je suis déjà beaucoup à la maison dans mon quotidien. Quand un des enfants est malade, c'est moi qui m'en occupe et adapte mon emploi du temps." L'ancienne institutrice a quitté l'Education nationale pour devenir comédienne dans le milieu de la publicité. Elle continue à avoir quelques contrats, ce qui lui permet de tenir le coup financièrement. 

La date du 11 mai me donne de l'espoir, même si je n'y crois pas vraiment. Mais c'est très contradictoire comme sentiment. Une part de moi se questionne au niveau de la santé, l'école, la promiscuité. 
- Claire Gorisse, mère de famille


Alors, quand on demande à la mère de famille si c'est un soulagement pour elle que les enfants retournent à l'école... "Je ne vais pas vous mentir : oui. Pour mon bien-être à moi, oui." Mais elle l'assure, elle ne le fera pas à n'importe quel prix. "Si ce n'est pas obligatoire, vais-je les remettre pour mon confort personnel ? Est-ce que j'ai envie de les confronter à ça ? Pour l'heure, il y a trop de mystères par rapport à ce virus." 
 

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