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DECRYPTAGE - Pourquoi la piscine d'Obernai est-elle fermée jusqu'à nouvel ordre?

La piscine "L'O" qui a ouvert ses portes en 2010 à Obernai a déjà connu plusieurs mouvements de grèves. Cette fois-ci, c'est un arrêté municipal qui ordonne sa fermeture jusqu'à nouvel ordre. / © Sylvie Malal. France 3 Alsace
La piscine "L'O" qui a ouvert ses portes en 2010 à Obernai a déjà connu plusieurs mouvements de grèves. Cette fois-ci, c'est un arrêté municipal qui ordonne sa fermeture jusqu'à nouvel ordre. / © Sylvie Malal. France 3 Alsace

Depuis le 13 mars, le maire d'Obernai (Bas-Rhin) a décidé, par arrêté municipal de fermer la piscine "L'O" en raison d'un manque de personnel. Si l'arrêté doit rester en vigueur jusqu'au rétablissement d'une sécurité optimale autour des bassins, le malaise est bien plus profond.

Par Judith Jung

C'est Bernard Fischer, maire de la commune d'Obernai (Bas-Rhin) et président de la Communauté de communes du Pays de Saint-Odile, qui a décidé de fermer la piscine L'O, le 13 mars 2018, par arrêté municipal. Une décision prise, selon lui, en raison d'un manque de personnel mais les difficultés ne sont pas nouvelles et ne sont pas uniquement liées à la masse salariale. Le malaise est bien plus profond, il existe d'ailleurs depuis l'ouverture des lieux en 2010. On vous explique.


Quelles sont les raisons de cette "fermeture surprise"?

Pour comprendre les causes de cette fermeture inattendue, il faut savoir que c'est un contrat de délégation de service public qui lie la commune à la société privée S-Pass, gérante de la piscine d'Obernai. Société qui gère 33 piscines en France et certains Zénith dont celui de Strasbourg. Car, en 2010, Bernard Fischer n'a pas souhaité faire de ce lieu une piscine municipale, mais a voulu donner les droits d'exploitation à cette société parisienne.

Qui dit société privée dit course à la rentabilité et c'est là que commence les vrais problèmes. Les maîtres-nageurs, par exemple, y sont rémunérés 20 à 30% de moins que ceux évoluant dans des piscines municipales selon Brigitte Perret, secrétaire générale de l'union locale de la CGT. Les effectifs sont constamment revus à la baisse, "nous sommes passés de 45 employés à 27 aujourd'hui alors que les subventions de la collectivité [700.000 euros par an; ndlr] n'ont cessé d'augmenter".

S'ajoute à cela un climat délétère qui a poussé deux des coordinateurs de bassins qui géraient les maîtres-nageurs à démissionner fin février 2018. L'adjoint du directeur, lui, est en arrêt maladie depuis début mars. Une situation intenable pour les employés qui n'ont même plus de planning, le directeur n'étant pas en mesure de leur en procurer.

Une situation de crise à laquelle le maire d'Obernai répond donc par un arrêté municipal ordonnant la fermeture des lieux jusqu'au "rétablissement d'une sécurité optimale aux abords des bassins" comme le mentionne le post Facebook de la piscine ci-dessous.

Bernard Fischer dit aussi "regretter l'attitude préjudiciable de certains salariés, une attitude négative (...) Des absences organisées qui ont conduit jusqu'à huit arrêts maladie" et souhaite que ces salariés retrouvent la raison pour espérer sortir de cette impasse.


Qu'en pensent les salariés?

Eux pointent du doigt le manque de respect de la part de la direction et réclament depuis fort longtemps un poste de maître-nageur (ils sont douze actuellement) et d'agent d'entretien supplémentaire. Les deux arrêts maladie en cours au niveau du personnel sont liés à des accidents du travail selon Taras Glusko, délégué syndical CGT et maître-nageur qui déplore la décision du maire : "nous sommes cinq maîtres-nageurs ce vendredi, nous aurions pu ouvrir certains bassins sur les six que compte la piscine comme le prévoit le plan d'organisation de la surveillance et de la sécurité". 


Et maintenant ?

Alors que la situation semble bloquée, la piscine restera fermée jusqu'à nouvel ordre. Seul l'espace bien-être est ouvert de 10 heures à 20 heures. Les salariés, eux, ont déposé un préavis de grève à compter de ce vendredi 22 mars et jusqu'au 7 avril. Ils espèrent être entendus par la direction et le président de la communauté de communes qui lui espèrent que les salariés reviennent à la raison. Pas sûr que la situation se règle dans les prochaines semaines.

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