DECRYPTAGE - Signature du traité d'Aix-la-Chapelle entre la France et l'Allemagne : tout un symbole, surtout un symbole

La chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron à Aix la Chapelle ce 22 janvier / © Oliver Berg/MaxPPP
La chancelière Angela Merkel et le président Emmanuel Macron à Aix la Chapelle ce 22 janvier / © Oliver Berg/MaxPPP

C'est ce mardi 22 janvier qu'a été signé le fameux traité d'Aix-la-Chapelle, en Allemagne, entre Angela Merkel et Emmanuel Macron. Un traité qui a déjà fait couler beaucoup d'encre. A y regarder de plus près, il n'y a vraiment pas de quoi. Ce traité est surtout une déclaration d'intention.
 

Par Cécile Poure

C'est un document d'une dizaine de pages à peine organisées en sept chapitres. Un nouveau texte qui intervient cinquante-six ans jour pour jour après celui de l'Elysée le 22 janvier 1963 qui entérinait la réconciliation franco-allemande. On notera au passage le symbole. Ce nouveau traité qui a donné lieu à pas mal de désinformation (comme la vente de l'Alsace à l'Allemagne) aborde des points importants pour les relations franco-allemandes: régions transfrontalières, convergence économique. Là encore tout un symbole en ces temps de désintégration européenne. Mais a-t-il des applications concrètes? Nous avons posé la question à Emmanuel Droit, spécialiste des relations franco-allemandes à l'IEP de Strasbourg.
 
 

Une déclaration d'intention

Oui, ce traité d'Aix-la-Chapelle n'est qu'un symbole. Ou dans la langue diplomatique consacrée "une déclaration d'intention". Une déclaration d'intention qui tombe à pic. "On aurait pu renforcer la coopération franco-allemande sans traité mais il fallait marquer le coup. On ne peut pas parler d'enfumage non, mais ce traité est un outil important pour la communication politique. Un symbole fort. Macron et Merkel veulent entrer dans l'histoire, celle du beau couple franco-allemand. Comme avant eux, Mitterrand et Kohl, Chirac et Schröder."

"Cela tombe aussi juste avant les élections européennes, ce n'est pas un hasard. Ils veulent montrer une image positive, celle d'une Europe ouverte et multilatérale, insister sur l'amitié entre les pays. En ce sens, ce traité est aussi une contre-attaque. Contre la montée des populismes, contre le Brexit, contre les dérives autoritaires de certains pays européens comme la Hongrie par exemple."

 

Macron et Merkel veulent entrer dans l'histoire du beau couple franco-allemand


Oui mais voilà, ces intentions aussi belles soient-elles ne restent que des intentions. Autant dire, dans l'immédiat voir au delà, pas grand chose.

 

"La France ne partagera jamais son siège, elle ne renoncera jamais à cela"

L'intention et l'action sont en politique peut-être plus qu'ailleurs deux choses bien différentes. "Les intentions se heurtent au principe de réalité. Tout est question de volonté politique. Ce  n'est pas tout de faire un beau texte , il faut une volonté politique derrière sinon cela ne sert à rien."

Et en ce qui nous concerne, les volontés politiques, de part et d'autres sont assez minines. Prenons l'exemple du siège à l'ONU. Le traité fait "de l'admission de l'Allemagne comme membre permanent une priorité". "Alors là, nos enfants, nos petits-enfants seront six pieds sous terre avant que cela n'arrive vraiment. La France ne partagera jamais son siège, elle ne renoncera jamais à cela, analyse Emmanuel Droit. C'est trop important pour son prestige international. Et puis de toute façon, les autres membres de l'ONU n'en voudrait pas. Ça n'engage à rien d'écrire ça."

Tout est question de volonté politique

Le renforcement de la coopération franco-allemande en terme de culture et d'éducation ? "Cette coopération existe déjà comme les cursus universitaires franco-allemands ou l'Abibac. Est-ce que la France va financer davantage de projets? J'en doute fort. Nous n'en avons pas les moyens financiers. Il y a d'autres priorités."

Dans le traité, la France et l’Allemagne adoptent "une clause de défense mutuelle" en cas d’agression. Ils pourraient déployer des moyens ensemble en cas d’attaque terroriste ou coopérer sur les grands programmes militaires mais là encore ce n'est pas gagné." Les divergences entre les deux pays sont trop grandes. Leur philosophie trop éloignée. Paris souhaite davantage d’implication dans le domaine militaire tandis que l'Allemagne est attachée à sa tradition pacifiste." 

Les régions transfrontalières? Dans ce domaine il y a peut-être de l'espoir. "Créer une ou deux stations de tram sur la ligne Strasbourg-Kehl renforcerait la coopération franco-allemande. Ça c'est faisable." Pour le reste, pour tout le reste: "les conditions politiques ne sont pas favorables à ce renforcement: Emmanuel Macron est dans sa séquence grand débat national et la chancelière, elle, est en fin de règne."


Et l'Europe dans tout ça ?

Avec la signature de ce beau traité, ne nous y trompons pas, nous sommes dans le renforcement des liens franco-allemands ou nous l'avons dit dans l'intention de les renforcer. Nuance. Ce qui ne veut pas dire pour autant qu'il s'agit d'Europe à proprement parler. "L'Europe c'est 28 membres. Ce n'est pas simplement la France et l'Allemagne. Ils sont un peu tout seuls en ce moment. Regardez ce qui se passe ailleurs en Europe. La montée des régimes autoritaires. Un accord bilatéral franco-allemand est sans conséquence pour l'Europe. C'est presque un non-évènement." 

C'est presque un non-évènement

"Par contre, ce traité remet le couple franco-allemand sur le devant de la scène. L'Europe, c'est nous en quelque sorte. Et là c'est un peu choquant. Ça fait un peu directoire." Pas de perte de souveraineté, pas de perte de l'Alsace Lorraine non mais peut-être le signe d'un repli sur soi du couple franco-allemand qui tourne le dos au reste de l'Europe. Ce qui est déjà en soi un peu inquiétant.

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