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Non, le traité d'Aix-la-Chapelle ne va pas vendre l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne

Le traité d'Aix-la-Chapelle doit être signé par l'Allemagne et la France le 22 janvier 2019. / © François Lafite, MaxPPP
Le traité d'Aix-la-Chapelle doit être signé par l'Allemagne et la France le 22 janvier 2019. / © François Lafite, MaxPPP

Le nouveau traité d'Aix-la-Chapelle, qui doit être signé le mardi 22 janvier 2019 ne prévoit pas la cession de l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne, contrairement à ce qu'affirme une infox qui circule sur les réseaux sociaux . France 3 Alsace vous explique pourquoi.

Par Vincent Ballester

Une rumeur se propage sur les réseaux sociaux et sur les sites internet de médias "de réinformation". Par la signature d'un nouveau traité d'Aix-la-Chapelle, le mardi 22 janvier 2019, la France s'apprêterait à céder rien de moins que l'Alsace-Lorraine à l'Allemagne. Des internautes s'insurgent et crient à la trahison. Sauf qu'il n'en est rien. Explications.

 

D'où vient la rumeur?

L'eurodéputé Bernard Monot a adhéré pendant près de trente ans au Front national (FN), avant de rallier Debout la France (DLF), le parti de Nicolas Dupont-Aignan. Le 11 janvier 2019, il met en ligne une vidéo qui est ensuite reprise par le site Internet Agoravox, régulièrement dénoncé comme propagateur de théories du complot. 
 

Dans la vidéo, cet économiste de formation voue le nouveau traité d'Aix-la-Chapelle aux gémonies. Il prétend notamment que ce traité vise pour Emmanuel Macron "à faire plier ce peuple français qu'il déteste": ce serait "un nouveau putsch contre la France". Ce traité permettrait de "déconstruire son droit du travail, son système de protection sociale, et sa défense nationale".

Pire, il s'agirait carrément de "refaire repasser l'Alsace sous gestion allemande: la langue administrative sera l'allemand". L'eurodéputé français conclut: "Monsieur Macron, tel un Judas, va livrer l'Alsace et la Lorraine à une puissance étrangère." Il serait "illégitime", et son acte est qualifié de "haute-trahison". Des propos lourds de sens, pourtant soutenus et relayés sur le compte Twitter officiel du parti Debout la France. Depuis, le tweet a été effacé...

  

Que prévoit le traité selon l'Élysée?

Un argument revient souvent dans les commentaires en ligne sur ce traité. Les médias n'en auraient pas parlé (ou n'auraient fait qu'effleurer le sujet), et le traité serait introuvable sur Internet. La présidence de la République cite parmi les domaines de compétence concernés par ce traité "la politique économique, les affaires étrangères et de défense, l'éducation et la culture, la recherche, l'environnement, ainsi que la coopération entre les régions frontalières".


Contacté, l'Élysée indique que le traité a pour but une convergence dans certains domaines, économiques ou diplomatiques par exemple. "Ce sera un marqueur fort de la coopération régionale et transfrontalière. Il s'agit de s'adapter à la réalité locale, comme sur la question des transports ou encore du bilinguisme: c'est profitable aux deux parties." Il s'agit bien d'un traité bilatéral: "L'Allemagne s'engage autant que la France: remettre en cause la protection sociale ou le droit du travail français n'est pas l'objet de ce traité." 
 

Les deux États rapprochent leurs systèmes éducatifs grâce au développement de l’apprentissage mutuel de la langue de l’autre, à l’adoption, conformément à leur organisation constitutionnelle, de stratégies visant à accroître le nombre d’élèves étudiant la langue du partenaire (article 10 du traité d'Aix-la-Chapelle)

Nathalie Loiseau, ministre des affaires européennes, est revenue sur ce traité au micro de France Inter le mercredi 16 janvier. "Ce nouveau traité d'amitié franco-allemand ravit les Alsaciens, car il y a toute une dimension transfrontalière, pour faciliter la vie des gens." Elle regrette la désinformation qui a eu lieu à ce sujet. 
 



Comment faut-il interpréter ce traité?

Emmanuel Droit, enseignant à l'Institut d'études politiques (IEP) de Strasbourg et spécialiste des relations franco-allemandes, y voit un symbole à l'approche des élections européennes... et c'est à peu près tout. "C'est un geste de communication politique, pour rappeler à l'Union européenne la prééminence du couple franco-allemand", précise-t-il. "Dans l'idée, pourquoi pas. Mais actuellement, la chancelière allemande est en fin de règne, et le président français est enlisé dans le problème des gilets jaunes... C'est presque un non-événement." 

L’admission de la République fédérale de l’Allemagne en tant que membre permanent du Conseil de sécurité des Nations Unies est une priorité de la diplomatie franco-allemande - article 8 du traité d'Aix-la-Chapelle
 

Quant au siège permanent aux Nations-Unies, "ça ne coûte rien à Emmanuel Macron de la promettre à Angela Merkel: la France n'est pas la seule à décider. Les Allemands n'auront jamais ce siège permanent à l'ONU." Emmanuel Droit rappelle aussi quà l'échelle européenne, l'Allemagne n'est plus "si hégémonique. Et qu'actuellement, Angela Merkel n'a aucune réelle volonté politique à imposer au sein du couple franco-allemand. "Il faut que le couple franco-allemand se rende compte qu'il ne peut plus décider pour les autres." Même si pour lui, la signature de ce traité "est une éclaircie majeure dans le ciel sombre de l'UE en ce moment".

Rassurez-vous donc: en Alsace, on continuera à parler français pendant encore sans doute un bout de temps. Et France 3 Alsace ne deviendra pas Deutschland Drei Elsass.
 

Konrad Adenauer (chancelier ouest-allemand), Charles de Gaulle (président français), Georges Pompidou (chef du gouvernement français), Maurice Couve de Murville (ministre français des affaires étrangères), et Gerhard Schröder (ministre ouest-allemand des affaires étrangères) attablés pour la signature du traite de l'Élysée en 1963. / © Bundesarchiv, B 145 Bild-P106816 / Inconnu / CC-BY-SA 3.0
Konrad Adenauer (chancelier ouest-allemand), Charles de Gaulle (président français), Georges Pompidou (chef du gouvernement français), Maurice Couve de Murville (ministre français des affaires étrangères), et Gerhard Schröder (ministre ouest-allemand des affaires étrangères) attablés pour la signature du traite de l'Élysée en 1963. / © Bundesarchiv, B 145 Bild-P106816 / Inconnu / CC-BY-SA 3.0

Avant le traité d'Aix-la-Chapelle, le traité de l'Élysée

Le 22 janvier 1963, le président de la République française Charles de Gaulle et le chancelier de la République fédérale d'Allemagne (RFA) Konrad Adenauer signent le traité de l'Élysée. La signature a lieu dans le salon Murat du palais présidentiel, à Paris. Le texte prévoit un rapprochement des dirigeants allemand et français, mais également celui des peuples des deux côtés du Rhin.

De nombreuses communes allemandes et françaises sont jumelées, et on créé l'Office franco-allemand pour la jeunesse (OFAJ). L'idée est de rendre impossible toute future idée de guerre entre les deux nations qui s'étaient tant affrontées par le passé.

Pour commémorer le 56e anniversaire de ce traité hautement symbolique, et redonner une impulsion à une Union européenne affaiblie à l'approche les élections de mai 2019, Emmanuel Macron et Angela Merkel veulent faire de l'alliance franco-allemande un moteur pour l'UE. La signature du traité d'Aix-la-Chapelle (Aachen en allemand) compléterait le traité de l'Élysée en ouvrant la voie à un approfondissement des relations franco-allemandes.

Parmi les thèmes abordés par le nouveau traité: la défense ou la culture. Aix-la-Chapelle était d'ailleurs la capitale de l'Empire carolingien, fondé par Charlemagne et s'étendant sur l'actuel territoire français et allemand. Un nouveau symbole. "Emmanuel Macron, depuis le début de sa présidence, apprécie beaucoup les symboles", remarque Emmanuel Droit.

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