Elections régionales 2021 dans le Grand Est : ce qu’il faut retenir du premier tour

Dans le Grand-Est, le scrutin est marqué par une abstention record. La plus forte en France. Le RN de Laurent Jacobelli, donné en tête dans les sondages est largement devancé par le président sortant, Jean Rottner (LR/UDI). Eliane Romani (EELV/PS/PCF) et Brigitte Klinkert (LREM/MoDem) suivent.

Prime au sortant dans le Grand Est, Jean Rottner vire largement en tête avec plus de 30% des voix. Il peut envisager sereinement le second tour.
Prime au sortant dans le Grand Est, Jean Rottner vire largement en tête avec plus de 30% des voix. Il peut envisager sereinement le second tour. © Darek SZUSTER, MAXPPP

Quatre listes se maintiennent pour le second tour des élections régionales dans le Grand Est. La liste conduite par Jean Rottner (LR/UDI) arrive largement en tête du premier tour, avec 31,15% des suffrages, ce dimanche 20 juin. Elle devance celles de Laurent Jacobelli (RN) 21,12%, d'Eliane Romani (EELV/PS/PCF) 14,6% et de Brigitte Klinkert (LREM/MoDem) 10,77%. Ce premier tour permet de tirer cinq enseignements majeurs.

Le Grand Est : champion de l’abstention

Avec 70,8% d'abstention, le Grand Est n'échappe pas au phénomène qui prend pour ce premier tour des élections régionales une ampleur historique. Triste record, le Grand Est est même la région française où l’abstention a été la plus forte : 4% de plus que la moyenne nationale. "Avec la crise sanitaire, les Français ont la tête ailleurs", analyse Jérôme Pozzi, maître de conférences en histoire contemporaine à l'Université de Lorraine, "on n’a jamais vu une participation aussi faible, c’est inquiétant". "Il y a aussi le problème de l’adhésion à la région Grand Est" avance de son côté François Laval, directeur de Sciences Po Nancy.

Avertissement, défiance, rejet… Quelle que soit la raison, l’électorat ne s’est pas mobilisé dans le Grand Est. "La république est en faillite", a déclaré Pernelle Richardot (L’Appel inédit), "elle prend une vraie baffe ce soir."

Jean Rottner en position de force

Avec 31% des voix, le président sortant vire en tête pour ce premier tour. Prime au sortant, Jean Rottner réalise un très bon score et devance largement son adversaire numéro un, Laurent Jacobelli (Rassemblement national). Avec dix points d’avance, Jean Rottner se retrouve aujourd’hui en position de force. Sa stratégie est payante : virer amplement en tête au premier tour pour enclencher une nouvelle dynamique avant la dernière ligne droite.

Ce chiffre lui permet aussi d’étouffer son autre adversaire, Brigitte Klinkert (LREM), désormais reléguée à un rôle d’observatrice et de second couteau. La ministre était convaincue de virer en tête, elle en est très loin. Ce n’est pas la catastrophe industrielle, mais presque.

D’après les chiffres de ce dimanche 20 juin, quel que soit le cas de figure du second tour, Jean Rottner apparait comme le favori de cette élection. Sa tactique d’affirmer que sa liste serait la même au premier comme au second tour, levant le doute sur une éventuelle fusion avec la liste de Brigitte Klinkert, a finalement payé. Son pari se traduit à son avantage sur le plan arithmétique et politique.

Dans un communiqué publié dans la soirée, Jean Rottner a déclaré qu'il était "prêt à mener la bataille pour battre le Rassemblement national au second tour. Comme je m’y suis engagé, je déposerai une liste identique à celle du 1er tour et j’invite tous les démocrates et républicains de notre région à m’apporter leur soutien dimanche prochain. Le danger est clair, l’extrême droite fait peser une menace vitale pour l’avenir de notre région." Plus tard dans la soirée, sur France 3 Grand Est, il a ajouté que "maintenant, il faut concrétiser. Je serai soulagé dimanche prochain." Clairement, Jean Rottner refuse toute alliance. Il en a les moyens.

La chute de Jacobelli et du Rassemblement national

Annoncé en tête dans de nombreux sondages, Laurent Jacobelli ne parvient pas à s’imposer comme le leader du Rassemblement National dans le Grand Est. Malgré une campagne où il n’a été question que de sécurité, il est très loin du score de son prédécesseur de 2015, un certain Florian Philippot qui avait atteint les 36%. En secret, Laurent Jacobelli espérait l’envoyer aux oubliettes. C’est perdu. "La douche froide, ce n'est pas mon score, c'est le taux d’abstention" a commenté Laurent Jacobelli, "cette abstention, c’est la preuve que nos concitoyens ne veulent pas du Grand Est."

Un fait : le Rassemblement national n’a pas réussi à mobiliser ses troupes. La stratégie d’ouverture menée par Laurent Jacobelli qui avait réussi à convaincre des figures comme Jean-Louis Masson (ex-RPR, ex-UMP) en Moselle ou Bruno North, le président du CNIP (Centre national des indépendants et des paysans) de le rejoindre sur sa liste, n’a pas séduit l’électorat. La "normalisation dédiabolisation" a finalement ses limites.

Si le Rassemblement national est aussi bas, c’est également en raison du score de Florian Philippot. Son score de 7%, c’est aussi moins de voix pour Laurent Jacobelli. "Je ne suis pas déçu, on est à un tiers des voix du RN" a déclaré le leader des Patriotes sur France 3 Grand Est, avant d’ajouter : "c’est l’installation d’une vraie liste, une force souverainiste. Nous ne fusionnerons pas et nous ne donnerons pas de consignes. Rien ne nous satisfait dans l’offre du second tour." "Je ne crois pas au mariage forcé" lui répond Jacobelli avant de préciser : "j'appelle ses électeurs à voter pour notre liste, très naturellement, comme les électeurs d'Unser Land ou les électeurs de droite."

"C'est l'échec de la nationalisation du scrutin par Marine Le Pen" résume François Laval, directeur de Sciences Po Nancy. Le Rassemblement national a raté ces élections.

Pas d'union de la gauche pour le second tour

Partie divisée, la gauche obtient 14% avec Eliane Romani et 9% avec Aurélie Filippetti. Additionnées, les deux listes sont au-dessus du Rassemblement national. "Je tends la main à d’autres listes" a déclaré Eliane Romani (EELV/PS/PCF). "Les discussions vont commencer. On peut créer une dynamique pour le second tour" a ajouté Aurélie Filippetti (L'Appel inédit). "Au second tour, on a vocation à élargir notre rassemblement", relance Eliane Romani, "il faut se mobiliser pour le second tour."

L'histoire a pris fin comme dans un soap opéra. Eliane Romani veut bien des voix de l'Appel inédit mais pas de nouveaux co-listiers. Dans un communiqué Aurélie Filipetti a remercié tous les électeurs qui avaient voté pour L'Appel inédit en précisant que "nous nous sommes heurtés. à un mur et au refus de prendre en compte les idées et la nouveauté incarnée par L'Appel inédit. C'est dommage car si une main avait réellement été tendue, nous aurions été ravis de la saisir. Mais nous ne sommes pas là pour des places."

Eliane Romani se maintient pour le second tour. Dans son communiqué, l'ex-ministre de la culture ne donne aucune consigne de vote... sans surprise.

Rester ou pas ? Klinkert a opté pour le maintien

Représentante de la majorité présidentielle, la liste de Brigitte Klinkert n’a pas réussi à convaincre. Très marquée "Alsace", son score n'est pas à la hauteur de ses attentes. "Je suis décue mais très fière de notre campagne" a déclaré Brigitte Klinkert sur France 3 Grand Est. Maintien ou retrait pour le second tour ? Brigitte Klinkert a laissé planer le suspense "J’attends les résultats définitifs afin de clarifier ma position. Je ne décide pas seul du maintien, je vais consulter mon équipe."

La nuit porte conseil. Ce lundi 21 juin, Brigitte Klinkert a annoncé chez nos confrères de France Bleu "qu’il n’est pas question de se retirer... Je n'ai pas le droit d'abandonner pour ceux qui m'ont fait confiance, mais aussi pour convaincre les abstentionnistes de ne pas se laisser dicter leur choix". La candidate LREM espère un sursaut de son électorat. Elle a très peu de temps pour convaincre.

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