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Les éleveurs excédés par les dégâts de sanglier dans les Vosges

La population des sangliers augmente d'année en année sur les hauteurs vosgiennes. La pression sur les éleveurs devient ingérable pour certains. / © Gérard Proust, Maxppp
La population des sangliers augmente d'année en année sur les hauteurs vosgiennes. La pression sur les éleveurs devient ingérable pour certains. / © Gérard Proust, Maxppp

Cette année, les dégâts dûs aux sangliers dans les pâtures des Vosges sont sans précédent. Dans la vallée de Kaysersberg (Haut-Rhin), les éleveurs sont excédés  et se sentent désarmés face à une pression sans cesse plus grande malgré les dérogations de tir accordées aux chasseurs.

Par vincent.lemiesle

Le constat est sans appel: "Tous les ans, c’est de pire en pire", lâche Jacques Laguin, éleveur-fromager au Bonhomme, sur les hauteurs du massif vosgien. Sur les quarante hectares de pré que compte son exploitation, cinq et demi ont été dévastés par les sangliers ces dernières semaines.

Avec le retour des beaux jours, les sangliers viennent retourner la terre dans les pâtures pour y dénicher les racines et les vers qui leur fournissent des protéines. Et derrière il faut passer le broyeur et ré-ensemencer pour réparer les saccages: "On a juste le droit de reboucher les dégâts, mais tous les ans, c’est de pire en pire. C’est impossible de lutter."
 

On aimerait qu’on tire un peu plus le sanglier en battue, c’est la meilleure solution.
- Jacques Laguin, éleveur


Cédric Barlier, producteur laitier à quelques kilomètres de là dans le secteur de Fréland, se dit, lui, révolté par le nourrissage des sangliers pratiqué par les chasseurs. Il faudrait tout simplement arrêter l'agrainage: "A la base, le sanglier est un animal sauvage et là on en fait un animal d’élevage." Cédric a beau poser des clôtures électrifiées pour repousser les sangliers, sur ses 55 hectares d'exploitation, 5 ont été dévastés.


Un manque à gagner conséquent, d'autant qu'il a dû investir dans du matériel spécifique pour remettre les terrains en état, les indemnisations du fond de solidarité des chasseurs ne couvrant pas la moitié des pertes. "J’ai dû acheter une machine à 4.000 euros, pour réparer les dégâts. J’ai posé 20 hectares de clôtures financées par le fonds départemental des chasseurs mais j'arrive plus à les retenir, ils arrivent quand même à passer."
 
Un champ labouré par les sangliers sur les hauteurs de Bonhomme, dans le Haut-Rhin / © Stéphane Gaudry, France 3 Alsace
Un champ labouré par les sangliers sur les hauteurs de Bonhomme, dans le Haut-Rhin / © Stéphane Gaudry, France 3 Alsace

Du côté des chasseurs, la situation est devenue au fil des années de plus en plus difficile à gérer. Christophe Frey, locataire de chasse à Fréland, reconnaît que les sangliers sont plus malins que les porteurs de fusil. "Le plus efficace serait d’en tirer plus", mais malgré les larges dérogations de tirs octroyées par la préfecture, les sangliers pululent comme jamais... Alors agrainer ou ne pas agrainer, telle est la question.

"Pour l’agrainage il y a différents points de vue: ne plus du tout agrainer, ce qui veut dire que les dégâts seront pires durant une période mais qu'après ça va se calmer. Agrainer plus: le problème, c’est que les règlements varient en fonction des secteurs, nous sur Fréland on a le droit d’agrainer très peu, dans d’autres secteurs, ils nourrissent beaucoup plus", explique Christophe Frey.

On n’a plus d'hivers rudes, les chances de survie des marcassins sont beaucoup plus grandes
- Christophe Frey, locataire de chasse à Fréland


Le problème, apparemment insurmontable, vient du fait que les sangliers s'adaptent aux nouvelles conditions climatiques, beaucoup plus favorables, selon Christophe Frey: "On n’a plus d'hivers rudes, les chances de survie des marcassins sont beaucoup pus grandes, les femelles mettent bas plus jeunes, dès 30 kilos, certaines ont deux portées par an et comme les hivers sont plus cléments, les sangliers ont toujours à manger."

Le phénomène n'est pas seulement local mais s'étend à de nombreux pays en Europe. Mais ici, dans les Vosges, peut-être faudrait-il au moins que les locataires de chasse habitent plus près de leurs secteurs pour être suffisamment présents sur leur miradors...
 

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