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Mont Sainte-Odile : “J’ai vécu une lune de miel pendant deux ans”, immersion parmi les quelques habitants du plus célèbre lieu de pèlerinage en Alsace

Sœur Marie-Louise est l'une des six habitants. Sa vie au mont Sainte-Odile est pour elle un "cadeau". / © France Télévisions
Sœur Marie-Louise est l'une des six habitants. Sa vie au mont Sainte-Odile est pour elle un "cadeau". / © France Télévisions

Le mont Sainte-Odile, haut lieu du pèlerinage catholique, attire chaque année 750.000 visiteurs. Il fascine les pèlerins, mais aussi les rares habitants du sanctuaire, perchés à 764 mètres d’altitude, au cœur de l'Alsace. Immersion.

Par Noémie Gaschy

Avec son panorama exceptionnel sur la plaine d'Alsace et son passé chargé d'histoire, le mont Sainte-Odile est l'un des symboles de l'Alsace. Chaque année, 750.000 visiteurs - croyants ou non - gagnent cette montagne mystérieuse pour se ressourcer au grand air. Le lieu est très apprécié des touristes et sert de refuge aux Alsaciens depuis plusieurs siècles. Il abrite aussi quelques habitants, des privilégies chargés de faire vivre le sanctuaire. 

Ils ne sont plus que six actuellement, deux prêtres et quatre sœurs. Tous ont été affectés au mont Sainte-Odile sur décision de leur hiérarchie. "Un énorme cadeau", pour sœur Marie-Louise. Elle a réalisé l'un de ses rêves en s'installant au monastère il y a quatre ans.
 

Incarner le visage de Dieu

"C’était mieux que ce dont je pouvais rêver. J'ai toujours eu envie d'avoir de vrais temps de prière, j'ai trouvé cela ici. Dès que je marche dans les couloirs, je suis au contact avec cette ambiance spirituelle, confie-t-elle. Pendant deux ans, j’ai vécu une lune de miel. Ensuite, j’ai remis les pieds sur terre, mais je savoure encore".
 

L'euphorie des débuts est quelque peu retombée car la mission exige une lourde responsabilité. "Prier et servir, c'est notre rôle ici", détaille-t-elle avec conviction. Certains pèlerins arrivent au sanctuaire désemparés et viennent confier leur malheur à sainte Odile. Avec ses trois consœurs de la congrégation de Saint-Joseph de Saint-Marc de Gueberschwihr - deux Congolaises et une Indienne - sœur Marie-Louise veille à leur réserver le meilleur des accueils.
 

Voir des hommes prendre une bougie, se placer ici pour prier, c’est très prenant
 

- Sœur Marie-Louise


Les religieuses gèrent le service de la sacrisitie et des prêtres, animent les célébrations et préparent les bougies qu'allument les visiteurs. "Nous voulons que tout soit toujours propre et beau car les gens font une vraie démarche intérieure en venant. Ils sont en souffrance et viennent avec beaucoup d'humilité. Voir des hommes prendre une bougie, se placer ici pour prier, c’est très prenant. C’est quelque chose de très important pour ces gens. Et nous œuvrons pour leur offrir ces moments", assure encore cette ancienne infirmière.

Tout au long de la journée, facilement reconnaissables avec leur voile et dans leur robe bleu foncé, les sœurs croisent les pèlerins occasionnels et réguliers dans les allées du mont Sainte-Odile. Leur présence dans ce haut lieu touristique a un sens en elle-même : "Nous avons une mission de témoignage, insistent-elles. Nous avons le visage de Dieu. Nous montrons qu'on peut encore se donner à l'Eglise, que c'est quelque chose qui existe".

Sœur Marie-Louise s'est parfaitement adaptée à la vie en monastère, à 764 mètres de hauteur. Le mont Sainte-Odile est pour elle l'aboutissement de son chemin. Christophe Schwalbach, le recteur (ou chef) du lieu, ne peut pas tout à fait en dire autant. 
 

Vivre comme sur un bateau en pleine mer 

"J’ai l’impression d’être sur un bateau, sourit-il. Lorsque le site ferme, le soir, le bateau est seul en pleine mer. C'est aussi comme être sur une île. Je ne dirais pas que j'ai eu peur mais j'ai ressenti une certaine appréhension. Et finalement je suis tellement heureux le soir sur cette terrasse ou à l’arrière de pouvoir profiter de cette solitude, de ce calme." 

Sa vie a totalement changé depuis septembre 2019 et son arrivée au mont. Il officiait jusqu'alors comme prêtre de paroisse. Son quotidien : les messes dans les communes ainsi que les baptêmes, mariages et enterrements. Autrement dit, il accompagnait les habitants dans leur vie de tous les jours. Au mont Sainte-Odile, il est devenu un véritable chef d'entreprise : "Je m'occupe du management, de la comptabilité... je ne fais plus le même métier."
 

Ce qui m'a surpris, c'est de voir à quel point les gens aiment le mont Sainte-Odile. Pour certains, c'est viscéral.
 

- Christophe Schwalbach, recteur du mont Sainte-Odile


Il doit gérer entre 40 et 70 employés selon les saisons mais aussi superviser le fleurissement, décider des travaux de peinture à entreprendre, ordonner de changer certaines ampoules... En ce moment, il prépare les festivités à l'occasion des 1.300 ans de la mort de sainte-Odile. Elles ont été repoussées de six mois pour cause de crise sanitaire et se tiendront finalement du 13 décembre 2020 au 13 décembre 2021. 

Un chantier énorme qui doit permettre au lieu d'attirer des visiteurs, dont le nombre est en chute libre comme pour tous les sites religieux depuis quelques années : "Nous voulons faire venir plus de gens qui viennent pour l'esprit du lieu, pour prier et pour prendre part à l’adoration perpétuelle. Nous accueillons certes des groupes mais ces pèlerins ne sont plus très jeunes. Et nous voulons également être davantage connu aussi du grand public", explique Christophe Schwalbach, qui avoue avoir été "surpris de voir à quel point les gens aiment le mont Sainte-Odile. Pour certains, c'est viscéral."
 
 

Valoriser un lieu mystérieux 

Il avait déjà travaillé au sanctuaire il y a 20 ans, lors d'un job d'été au magasin. "Je ne pensais pas devenir recteur un jour", plaisante-il. Même si la décision ne vient pas de lui, ce genre de scénario est récurrent au mont Sainte-Odile. Les employés sont très souvent des fidèles de longue date.
 

Odile m'a rappelé
 

- Christian Reibel, chef-cuisinier

"Odile m'a rappelé, se marre ainsi Christian Reibel, le chef cuisinier, au moment de décrire son parcours. "J'avais déjà été là pendant mon apprentissage, de 1975 à 1979. Je suis parti, puis je suis revenu il y a vingt ans. Je vais terminer ma carrière ici."

Il n'habite pas sur le site, mais à quelques mètres en contrebas à peine, dans un logement de fonction. Son attachement au mont se perçoit rapidement : "C'est un lieu très mystérieux, cela va plus loin que le travail en cuisine. Quand j'ai le temps, j'aime me promener le long du mur païen ou profiter de la vue depuis là-haut. J'aime le côté mystique qui règne. Et je suis très fier de travailler au mont sainte-Odile", témoigne-t-il.

Comme ses bouchées à la reine, qu'il aime décorer à l'aide de fleurs trouvées dans les alentours et de plantes du jardin, le cuisinier est devenu une institution du mont Sainte-Odile. Il tient à le faire briller dans ses plats, comme un juste retour des choses : une sorte de reconnaissance pour une vie loin des sentiers battus.