Football : le FC Metz et l’ASNL pourraient être fragilisés par le projet de Ligue 1 à 18 clubs

Le 3 juin, la Ligue de Football Professionnel (LFP) pourrait voter la réduction de la Ligue 1 à 18 clubs. Reste à définir aussi le nombre de montées et de descentes pour réguler le championnat. Une décision qui impacterait forcément le FC Metz et l’AS Nancy-Lorraine.

 "L’UEFA va certainement imposer, au plus tard en 2024, pour les cinq grands championnats, des championnats à 18 équipes" Sylvain Kastendeuch, co-président de l'UNFP (Photo : FC Metz/PSG)
"L’UEFA va certainement imposer, au plus tard en 2024, pour les cinq grands championnats, des championnats à 18 équipes" Sylvain Kastendeuch, co-président de l'UNFP (Photo : FC Metz/PSG) © Pascal BROCARD, MaxPPP

L’avenir des clubs lorrains pourrait-il s’obscurcir le 3 juin 2021 ? Ce jour là, la Ligue de Football Professionnel (LFP), sous la pression de plusieurs dirigeants de club, pourrait clore un débat qui anime le football français, depuis une vingtaine d’années déjà. Celui de réduire la Ligue 1 de vingt à dix-huit clubs, pour une mise en place au début de la saison 2022/2023. Un vote, avec plus ou moins de conséquences, pour le FC Metz et l’AS Nancy-Lorraine.

Un éternel débat

En 1997, la Ligue 1 s’était déjà essayée à un passage de vingt à dix-huit équipes, avant de faire machine arrière, cinq ans plus tard. Bis repetita ? Sylvain Kastendeuch, ancien joueur du FC Metz et actuel co-président de l’UNFP (Union nationale des footballeurs professionnels) depuis 2006, a connu ce revirement avant les années 2000 : "Il y avait déjà eu un petit accident économique et industriel. Les clubs s’étaient entendus pour réduire le championnat et quand c’est reparti à la hausse, avec une belle inflation positive du contrat TV, on est repassé à 20".

Gérard Parentin, ancien président de l’ASNL entre 1990 et 1995, puis resté au club aux côtés de Jacques Rousselot, a aussi connu ce resserrement du championnat de France : "À l’époque, c’était un constat d’échec. Il y a eu une pression des clubs du milieu de tableau de Ligue 1 et de haut de tableau de Ligue 2, qui ont souhaité revenir à vingt équipes. On parle de 1997-2002, mais il y avait déjà eu ce débat avant. Ça fait partie des éternels débats du foot français". 

Vingt ans après, les discussions se clôtureront peut-être, mais les choses n’ont pas changé selon lui : "Je pense que les données sont exactement les mêmes. La réflexion des clubs se base sur leur budget et leur possibilité sportive. L’objectif, c’est de monter en Ligue 1 et de s’y maintenir, le plus longtemps possible. C’est forcément plus facile de se maintenir quand il y a 20 clubs que 18. Chacun calcule par rapport à son intérêt, comme toujours".

La seule différence ? L’argent, évidemment : "Aujourd’hui, les sommes sont encore plus colossales qu’à l’époque". À titre de comparaison, pour la saison 1998/1999, les droits TV représentaient plus de 100 millions d’euros. Alors que ceux pour la période 2021/2024, après le fiasco Mediapro, devraient s'afficher à hauteur de 700 millions d’euros par saison.  

Les diffuseurs, premiers décideurs

Pour Gérard Parentin, trois acteurs fondamentaux poussent pour cette réduction du championnat : "Les diffuseurs, la fédération et les clubs européens. L’intérêt pour les clubs qui jouent l’Europe, c'est que ça leur fait quatre matches de championnat en moins. Chaque année, il y a dix matches de l’équipe de France, alors qu’à l’époque, il y en avait quatre ou cinq. Ces matches -et les droits qui s'y rattachent- sont la principale source de revenus pour la Fédération. Interviennent aussi les diffuseurs. Il y a des matches de Ligue 1 que personne ne regarde. Pour eux, ça leur coûte de l’argent. Ils préfèrent acheter un produit avec moins de matches à diffuser, ils font des économies de fonctionnement".

Sylvain Kastendeuch appuie d’ailleurs sur le poids des diffuseurs : "L’économie est amenée par les diffuseurs. Ils amènent 60 à 70 % des recettes pour permettre d’organiser les championnats et de payer l’ensemble des acteurs. Ces diffuseurs nous disent aussi que ce qui intéresse les spectateurs, c’est malheureusement pas - et ce n’est pas péjoratif - un Metz-Reims mais plutôt des matchs de coupe d’Europe ou des grandes affiches de championnat. On comprend un petit peu mieux les obligations d’aller vers le haut, on n’a pas le choix".

La décision semble même inéluctable pour l’ex-défenseur messin : "L’UEFA va certainement imposer, au plus tard en 2024, pour les cinq grands championnats, des championnats à 18 équipes. Comme il y aura un développement des matchs internationaux, que ce soit des équipes nationales ou des coupes européennes, il y aura de moins en moins de place pour les compétitions domestiques. L’UEFA souhaiterait que les compétitions nationales se disputent les week-ends et que tous les milieux de semaine soient réservés aux dates internationales".

Le problème des montées et des descentes

A titre personnel, Kévin Veyssière, fondateur du FC Geopolitics sur Twitter (où il parle de football, par le biais de la diplomatie), est favorable à un passage à dix-huit clubs, pour rendre le championnat plus compétitif.

Quels clubs vont être les 'dindons de la farce' avec un accès restreint à la Ligue 1 ? 

Kévin Veyssière, fondateur du FC Geopolitics

Toutefois, il met en avant plusieurs points qui pourraient obscurcir le tableau : "Plusieurs questions vont très vite se poser : quels clubs vont être "les dindons de la farce" et auront moins facilement accès à la Ligue 1 ? Et pour la Ligue 2, est-ce qu’on passe à dix-huit clubs aussi ? L’idée serait plutôt de rester à vingt, parce que ça ferait trop peu d'équipe en compétition pour de nombreux présidents de deuxième division et on sait que le passage de la Nationale à la Ligue 2 est déjà assez compliqué". 

Un avis différent de celui du co-président de l’UNFP, qui pense possible d’envisager le passage à 18 équipes pour les trois plus hauts échelons français, tout en gardant leurs statuts de clubs professionnels : "Actuellement, pour ceux qui descendent de Ligue 2, ils peuvent garder pendant deux ans le statut de professionnel s’il le souhaite. L’idée, c’est justement d’assouplir cette règle. Les clubs qui descendent en National pourraient conserver le statut pro presque indéfiniment s’ils en ont la capacité et l’envie". Et permettrait, de pair, de ne pas perdre d’emplois : "pas seulement des joueurs, mais aussi des entraîneurs, des arbitres, des administratifs".

Pour réguler le nombre d’équipes dans le championnat, la solution privilégiée serait de faire descendre quatre équipes de Ligue 1, à la fin de la saison 2021/2022. Une idée qui pourrait rencontrer ses détracteurs : "Un système de quatre descentes directes, ça ne passera pas pour les clubs habitués au milieu de tableau de Ligue 1. Il faudra le faire de façon un peu plus douce, avec un système de barrage par exemple", précise Kévin Veyssière. 

Les deux clubs lorrains seront forcément impactés sportivement par cette décision, selon Gérard Parentin : "Pour Metz, le maintien peut être plus difficile à dix-huit clubs, surtout s’il y a encore deux descentes et un barragiste. De la 16e à la 18e place, les clubs seront impactés. Pour les clubs de Ligue 2 comme Nancy, si on reste sur un système avec deux promotions et un barragiste, ça ne change rien. Mais ce que je crains, c’est que la Ligue limite le nombre d’accès à la première division". Avant d’ajouter : "Les clubs comme Nancy ou Metz, qui jouent le milieu de tableau de Ligue 1 ou ceux qui peuvent monter de Ligue 2, préféreront évidemment le statu-quo".

Forcément un impact économique et sportif

"Je trouve qu’on est à un moment charnière", réagit Olivier Rouyer, l'ancien joueur de l'ASNL. "On sent que le football est dans un moment où il pourrait basculer dans l’horreur, ou rester encore ric-rac". Le chroniqueur et commentateur sur la chaîne L’Équipe est totalement favorable à un passage à dix-huit clubs, afin de resserrer l’élite. Selon lui, la décision est financière : "Pour la Ligue 1, si la répartition passe de 20 à 18 clubs, il y aura automatiquement un peu plus d’argent pour les équipes. Encore faut-il que les droits TV restent à leur niveau actuel, ce qui est moins sûr".

Avant de penser, évidemment, à son ancien club : "On va peut-être s’apercevoir que ça sera encore plus compliqué pour la Ligue 2. Il y aura un surcroît de candidats à la montée. Et s’il y a plus de descente l’année prochaine, comment la Ligue 2 va-t-elle s’organiser ? Économiquement parlant, pour les clubs de deuxième division, il y aura un aspect économique négatif". Gérard Parentin ajoute : "Si l’accès ou le maintien à la Ligue 1 est moins grand, les clubs de Ligue 2 vont demander une augmentation de leur dotation en deuxième division".

L’idée, c’est d’assez majoritairement aller vers un resserrement. C’est le sport de haut niveau

Sylvain Kastendeuch, ancien joueur du FC Metz et actuel co-président de l'UNFP

Pour Sylvain Kastendeuch, ancien joueur Grenat, les clubs doivent avant tout penser collectif : "Même si je suis Messin de coeur et que j’habite toujours à Metz, malheureusement on est dans une situation où il ne faut pas regarder les intérêts particuliers et individuels. Ce seront aux dirigeants, aux clubs en question de faire les efforts et d’être encore plus compétitif parce que ça va encore augmenter la concurrence. L’idée, c’est majoritairement d'aller vers un resserrement. C’est le sport de haut niveau".

Même si pour l’ancien défenseur central, il vaut mieux privilégier une approche plus globale qu’individualiste, au premier abord, avec deux équipes en moins dans le championnat, une répartition des parts aux 18 autres clubs ne semble pas beaucoup plus avantageuse selon l’ex-président, Gérard Parentin : "Les clubs de bas de tableau doivent gagner 10 millions d’euros. Donc 20 millions à partager entre 18 équipes, ça ne fait pas beaucoup. Il faut vérifier ces chiffres, mais je ne sais pas si ça vaut la peine". Lors de la saison 2018/2019, les montants pour les droits TV octroyés aux deux derniers du classement de Ligue 1 approchaient du double, soit près de 40 millions d’euros. En divisant ce montant par 18 équipes, le partage atteindrait seulement à peine 2,5 millions d’euros par club. 

Face à la puissance économique des ténors du championnat français, ce montant peut paraître dérisoire. Et plus encore à l'échelle européenne.

 

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