A 170 ans, le musée Unterlinden, dans son couvent gothique, propose un regard neuf sur ses collections

À l’occasion de son 170e anniversaire, le musée Unterlinden de Colmar (Haut-Rhin) consacre une exposition à son histoire. Pour cela, le musée propose un parcours jalonné de onze figures qui ont marqué la vie du musée, tout en interrogeant le public sur de nouvelles manières de présenter et de parler de l’art.

Le musée Unterlinden de Colmar souffle en 2023 ses 170 bougies. Installé dans un couvent gothique du 13e siècle, ce musée des beaux-arts est surtout connu pour ses oeuvres représentatives de l'art rhénan en France. Il abrite, notamment, le célèbre retable d'Issenheim peint par Matthias Grünewald au tout début de la Renaissance.

À l'occasion de cet anniversaire, une exposition, intitulée "Ça se fête avec vous !", invite les visiteurs à un voyage dans le temps. Onze personnalités qui ont fait l’histoire du musée depuis sa création, en 1853, sont mises à l’honneur. Ce sont des conservateurs, des artistes, des présidents de la société Schongauer (en charge de la gestion du musée), et des galeristes. Par leurs actions et leurs missions, ces personnages ont contribué à l’enrichissement du musée.

Un enrichissement progressif constitué au fil des années par des dons successifs. Aujourd’hui, si le musée peut couvrir la période allant de l’antiquité à l’art contemporain, on le doit à ses donateurs qui ont légué de riches et hétérogènes collections. Le musée a obtenu récemment trois étoiles au guide Michelin. Le même niveau que le Louvre et 25 musées en France.

Les collectionneurs ont fait la richesse du musée

Des pans entiers des collections permanentes du musée sont ainsi liés à des dons de collectionneurs, rappelle Chloé Héninger, la commissaire de l'exposition. "Florine Langweil pour les arts asiatiques, Jean-Paul Person pour la collection d’art moderne, notamment", précise-t-elle.

Florine Langweil, née en 1861 à Wintzenheim (Haut-Rhin), s'installe à Paris à ses 20 ans. Elle y rencontre celui qui va devenir son époux, l'antiquaire Charles Langweil. Après la naissance de leurs deux filles, celui-ci abandonne sa famille, en laissant son commerce et des dettes. En reprenant le magasin d'art, elle devient une grande spécialiste des arts asiatiques. Attachée à sa région d'origine, l'Alsace, elle fait de nombreux dons au musée Unterlinden. "Elle a légué une grande partie de sa collection au musée", se réjouit aujourd'hui Florine Langweil. C'est à la vie romanesque de Florine Langweil que l'on doit ainsi l'essentiel du fonds asiatique. 

Jean-Paul person, collectionneur d'art parisien, a fait don au musée Unterlinden de toutes ses œuvres. Le musée colmarien a ainsi hérité à la mort du mécène, en 2008, de plus de 150 pièces, peintures et sculptures de 1900 à 1970, dont une trentaine de Dubuffet. Le legs Jean-Paul Person constitue l’un des enrichissements les plus notables des collections d’art moderne du musée. 

On pourrait citer aussi Auguste Bartholdi, Ignace Chauffour, Charles Bonnet ou bien encore Louis Hugot. Grâce à tous ces dons, le musée dispose de chefs-d’œuvre classiques, modernes ou contemporains, d'art profane ou religieux, de France et d'ailleurs. Ce qui permet à Chloé Héninger d'affirmer que "le musée abrite des collections encyclopédiques dans tous les domaines, de l’archéologie néolithique jusqu’à l’art contemporain". C'est ce que montre l'exposition.

Voir et montrer autrement les œuvres

Mais au-delà de ce constat, le public est amené à se questionner en voyant autrement le musée ou les œuvres exposées. "On expérimente de nouvelles choses, avec, notamment, les outils numériques mis en place dans le parcours de l’exposition, comme un casque de réalité virtuelle. Ils vont permettre de découvrir une hypothèse du couronnement sculpté du retable ou de voir la fontaine de Martin Schongauer restituée dans le jardin du cloître".

L’important étant d’évaluer ces dispositifs et d’avoir des retours directs du public pour savoir ce qui fonctionne ou ce qui fonctionne moins bien, explique la commissaire d'exposition. 

Montrer les coulisses du montage d’une exposition, le travail du muséographe, participe à la compréhension des œuvres. "Il ne suffit pas d’accrocher des œuvres au mur, il y a un propos à développer. La mise en espace, la scénographie, c'est une approche importante". 

L'exposition est accompagnée tout au long de la saison de multiples évènements : des concerts, des lectures, des ateliers artistiques, entre autres. Elle est visible jusqu'au 4 mars 2024.