Crise aux urgences de Mulhouse : “nous allons servir de laboratoire pour réformer les urgences en France”

Après la démission en rafale de 17 des 24 médecins titulaires du service, la totalité des 15 internes se sont mis en arrêt maladie pour épuisement professionnel. / © Thierry Gachon. MaxPPP
Après la démission en rafale de 17 des 24 médecins titulaires du service, la totalité des 15 internes se sont mis en arrêt maladie pour épuisement professionnel. / © Thierry Gachon. MaxPPP

Pour tenter de mettre fin à la profonde crise que connaît depuis plusieurs mois le service des urgences de Mulhouse, l’Agence régionale de santé (ARS) annonce une série de mesures et propose un modèle de réorganisation qui doit servir de laboratoire pour tous les hôpitaux de France.

Par Caroline Moreau

La crise aux urgences de l'hôpital de Mulhouse a atteint son paroxysme mercredi 9 octobre quand les internes, par la voix de leurs syndicats, ont lancé un ultimatum à leur tutelle, l'ARS, l'Agence régionale de Santé du Grand-Est. En substance, ils menaçaient de ne pas envoyer les internes qui doivent commencer leur stage dans le service au début du mois de novembre, s'ils n'avaient pas de garanties suffisantes quant à un encadrement correct de ces étudiants par des médecins titulaires. Consulter le document de protocole de sécurisation

Pour rappel, ces derniers mois, la situation s'est enlisée aux urgences du Moenschberg. Après la démission en rafale de 17 des 24 médecins titulaires du service, la totalité des 15 internes se sont mis en arrêt maladie pour épuisement professionnel. Ils estimaient ne plus pouvoir faire face au manque chronique de médecins titulaires. Les internes sont en effet ces étudiants, qui au terme de six ans d'enseignement théorique à la faculté de médecine, effectuent leur premier stage de soignant sur le terrain au sein d'un service hospitalier. S'ils peuvent prodiguer des soins ou faire des prescriptions, il doivent rendre compte de tous leurs actes à un médecin senior titulaire. Quand il y en a.
 

Pour tenter de désamorcer cette crise qui menace directement le bon fonctionnement du service, le directeur général de l’ARS Grand Est, Christophe Lannelongue, a annoncé sur l'antenne de France 3 Alsace une série de mesures urgentes :
  • seuls 8 internes, contre 19 initialement prévus par l'ARS, intégreront le service des urgences de Mulhouse à compter du 4 novembre prochain
  • ces internes n'effectueront pas de gardes de nuit au moins au cours du premier mois, ne travailleront pas le week-end, n'interviendront pas en UHCD (unité hospitalière de courte durée), ce afin de garantir un encadrement suffisant en journée
  • le nouveau chef de service (en remplacement du précédent qui a démissionné) sera officiellement désigné le 15 octobre prochain, pour une prise de poste officielle au 15 novembre. Deux candidats sont en lice

Recruter quinze nouveaux médecins

"Les postes sont parus, on a déjà des candidatures" nous a précisé Christophe Lannelongue pour lequel retrouver des médecins urgentistes seniors titulaires est une priorité. Dans l'attente de ces recrutements, l'hôpital va devoir composer avec plusieurs renforts :
  • la réserve sanitaire est activée : elle s'appuie sur des médecins généralistes en retraite qui viennent prêter main forte aux internes. Elle est pour l'heure engagée jusqu'à la fin du mois d'octobre, des appels à volontariat vont prochainement être relancés
  • aide ponctuelle de médecins d'autres services de l'hôpital : un recours sur lequel dans les faits s'appuyaient déjà les internes ces dernières semaines, faute de référents dans le service 
  • renfort inédit de l'Université : après avoir échangé avec les représentants des internes, le doyen de la faculté de médecine de Strasbourg a décidé de mobiliser deux professeurs de médecine d’urgence, un chef de clinique et plusieurs universitaires pour assurer l'encadrement des étudiants. Il devrait ainsi y avoir chaque jour un représentant de la faculté présent dans le service.

Voir ou revoir l'intégralité de l'entretien de Christophe Lannelongue, directeur de l'ARS Grand Est :
 


Faire des urgences de Mulhouse un modèle exemplaire 

Au-delà de ces mesures urgentes, l'Agence régionale de santé du Grand Est réflechit à une réforme profonde du fonctionnement des urgences à Mulhouse. Une réorganisation qui va s'appuyer sur les 12 points avancés dans le pacte de refondation des urgences présenté le 9 septembre 2019 par la ministre de la Santé Agnès Buzyn. "Nous allons faire de Mulhouse le laboratoire de ce que veut faire la ministre des services d'urgence en France" annonce Christophe Lannelongue.

Ce plan met l'accent sur une meilleure régulation pour mieux orienter les patients en fonction de l'urgence de leur pathologie. "Quand une personne appelle un numéro d'urgence, il faut qu'on soit en mesure de lui proposer une meilleure gamme de solution de prise en charge" détaille le directeur de l'ARS. Pour cela, les services d'urgence vont davatange s'appuyer sur les centres de soins non programmés comme ceux qui existent à Pfastatt ou encore Thann. Est également en projet l'ouverture d'une maison de garde dans l'enceinte de l'hôpital Emile Muller, ainsi qu'un renforcement de celle déjà existante en ville (avenue Wicky). 

S'il le faut, les SAMU de Colmar et le SMUR basé à Mulhouse pourraient également être repensés afin de libérer autant d'urgentistes que possible dans le service du Moenschberg. En cas d'extrême nécessité, le SAMU du Haut-rhin pourrait être basculé sur celui de Nancy. Quant au SMUR basé à Mulhouse, sa ligne pourrait, s'il le faut, basculer sur celle de Sélestat.

Enfin, comme cela a été mis en place à Strasbourg, l'Agence régionale de santé envisage de créer un réseau de médecins de ville joignables via un numéro unique. En appelant ce numéro, un médecin régulateur pourrait vous orienter vers des praticiens libéraux qui renseigneront leurs plages de disponibilité pour des consultations d'urgences non vitales. 

  


 

Sur le même sujet

Quentin Bigot

Les + Lus