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Mulhouse : accusé de pratiquer le “racket de groupe” par l'Agence régionale de santé, un urgentiste se défend

Les médecins du service des urgences de l'hôpital de Mulhouse sont en grève depuis le 26 avril / © Vincent Lemiesle, France 3
Les médecins du service des urgences de l'hôpital de Mulhouse sont en grève depuis le 26 avril / © Vincent Lemiesle, France 3

La crise monte encore d'un cran aux urgences de Mulhouse après les propos du directeur de l'Agence régionale de santé du Grand Est. Celui-ci dénonce l'appât du gain qui caractériserait, selon lui, les médecins se faisant embaucher en interim. Explication d'un des médecins visés.

Par vincent.lemiesle

"Des déclarations totalement irrespectueuses et erronées", c'est par ces mots que le médecin urgentiste, qui a souhaité rester anonyme, qualifie les propos de Christophe Lannelongue, directeur de l'ARS, dans un mail adressé à la direction du GHRMSA (Groupe hospitalier régional de Mulhouse et sud-Alsace). En août 2018, après plusieurs années de présence aux urgences de Mulhouse, le médecin et sa conjointe démissionnent "en raison de conditions dégradées qui n'assuraient plus la sécurité des patients".  Ils exercent aujourd'hui en Haute-Savoie mais n'ont jamais coupé les liens avec Mulhouse puisqu'ils y reviennent deux jours par mois sur des temps partagés, "pour maintenir certaines compétences", notamment, nous précise t-il.
 

Les urgentistes de Mulhouse ont inventé le racket de groupe
- Christophe Lannelongue, directeur de l'ARS


Depuis le 1er septembre, le couple assure des gardes en interim aux urgences de Mulhouse, en plus de leur activité à temps plein en Haute-Savoie, sur leur temps de repos. Alors quand il lit dans la presse les déclarations de l'ARS, lui, sa conjointe et certains de ses collègues se sentent pleinement visés. Interrogé par Mediapart ce lundi 9 septembre, Christophe Lannelongue déclare en effet : "On est face à des gens qui plantent leurs collègues et demandent à se faire réembaucher comme intérimaires, à 1.500 à 2.000 euros par jour. Les urgentistes de Mulhouse ont inventé le racket de groupe." 


En réponse, dans son mail, l'urgentiste exprime sa colère et son sentiment d'injustice, il écrit notamment : "Nous ne sommes pas ici par appât du gain comme le laisse sous-entendre Monsieur le Directeur de l’ARS, car notre activité (également dans le secteur public) est plus rémunératrice et plus sereine en Haute-Savoie. Sans notre présence et notre polyvalence, au moins une unité fonctionnelle du service des urgences du GHRMSA aurait déjà fermé depuis une semaine." 
 

1.500 euros, ça peut paraitre alléchant mais le statut d'intérimaire reste un statut précaire
- L'urgentiste intérimaire


Sur la question du tarif, le médecin urgentiste nous précise pour être parfaitement clair : "Les gardes en interim sont assurées au tarif proposé par l'administration, c'est à dire 1.500 euros, contre 175 euros pour un médecin embauché. Ce chiffre peut paraître énorme, mais rapporté à 24 heures, le temps de la garde, vous arrivez à 62,50 euros en taux horaire. Ce qui est quasiment équivalent à ce que touche un urgentiste intégré si vous faites la somme des avantages lissés sur une année. De plus vous n'avez aucune sécurité d'emploi et s'il vous arrive quoique que ce soit, vous n'avez pas de couverture."
 

Personne ne s’est intéressé aux raisons de notre démission en 2018
- L'urgentiste intérimaire



Dans son courrier, le médecin poursuit en pointant, selon lui, les carences des institutions : "Nous restons cependant encore plus déçus devant l’absence de soutien à ses urgentistes de notre institution quant à ces propos inqualifiables. Pourtant, nous devrions être habitués, personne ne s’est intéressé aux raisons de notre démission en 2018. De même, qui s’est réellement intéressé à ces départs ? Qui a pris en compte les résultats des multiples réunions depuis 2015 ? Qui a pris en compte les résultats de l’audit externe auquel j’ai participé en 2018 ? ...Qui était en burn-out ou à la limite ? Qui s’est dit, et si je faisais 24h aux urgences avec ses équipes pour découvrir ce monde ? La liste est malheureusement longue…"
 

Un peu écoeuré, il nous confie : "Tous les jours je reçois des offres de partout en France, à 1.800 ou même 2.000 euros. Néanmoins je me maintiens à l’hôpital de Mulhouse parce que c’est un service que je connais, qu’il y a une activité qui est intéressante médicalement. On n’a pas envie que ça casse la figure à Mulhouse donc on vient ici donner un coup de main. C’est un service qui a un plateau technique  formidable : vous pouvez faire du SMUR, en véhicule ou en hélicoptère, vous avez la régulation médicale, vous avez les urgences. Mulhouse reste un site très attractif sur le papier mais quand vous êtes tout seul à tout gérer c’est pas possible."

Mais le médecin urgentiste prévient : "En l’absence d’un message de soutien fort à ses urgentistes (présents et démissionnaires) de notre direction, adressé à Monsieur le Directeur de l’ARS, ma conjointe et moi même ne serons plus en mesure d’assurer la moindre garde à l’avenir." 




 

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