"On ne peut pas quitter la montagne", un grand-père et son petit-fils racontent leur vie en ferme-auberge

Kevin Fest a 28 ans, Jean-Claude Lochert 72 ans. À l'occasion des 50 ans de l'association des fermes-auberges du Haut-Rhin, grand-père et petit-fils témoignent de leur vie sur les hauteurs de la vallée de Munster, dans leur établissement du Rothenbrunnen.

Jean-Claude Lochert a définitivement posé ses valises à la ferme-auberge du Rothenbrunnen, sur les hauteurs de la vallée de Munster (Haut-Rhin), en 1970. Il se souvient d'un hiver terrible, avec une quantité incroyable de neige. "Je passais avec les skis au-dessus de l'auberge ! On n'a plus jamais vu ça..."

Son père y avait été ouvrier pendant la guerre et rêvait de s'y installer. Une histoire de famille donc, qui dure toujours, 53 ans plus tard. Les filles de Jean-Claude ont repris l'auberge, et son petit-fils Kevin, 28 ans, a repris le flambeau à la ferme. 

"Je suis là depuis tout petit, avec ma sœur, mon cousin, on jouait dehors. Je ne me voyais faire autre chose, quitter les montagnes. C'est magnifique, les paysages changent tous les jours." Alors en 2016, c'est lui qui prend les rênes. Malgré les contraintes de ce métier de fermier de montagne.

Un métier multitâche

"On est libre, on est au grand-air, mais ce n'est pas rose tous les jours bien sûr. Les conditions météo, s'occuper des bêtes... si on n'est pas né dedans, c'est compliqué. On commence tous les jours par la traite, on finit par la traite. La ferme, c'est 7 jours sur 7. L'entretien des parcs, le fromage, le foin... ça dépend des saisons, mais il y a de l'activité tout le temps ! On essaye de prendre quelques vacances, mais ce n'est pas facile de se faire remplacer..."

Le jeune homme pourtant le martèle : il aime cette vie avec les animaux, qui lui permet aussi d'être au contact de la clientèle, à l'auberge, et de mettre en avant les produits qu'il transforme lui-même. 

On change de casquette à tout moment : paysagiste, fromager, cuisinier, serveur, éleveur... C'est passionnant

Kevin Fest, 28 ans, ferme-auberge du Rothenbrunnen

Une passion que partage son grand-père Jean-Claude. Aujourd'hui retraité, il est toujours très présent à la ferme-auberge. "On est au contact permanent de la nature, aux côtés des bêtes de leur naissance à leur départ pour l'abattoir, on suit toute leur évolution."

Lui est là depuis plus de 50 ans et a vu le métier évoluer.  "On a bien sûr plus de matériel, on est mieux équipé... Mais il y a aussi bien plus de contraintes, environnementales d'abord. On nous impose beaucoup de choses, on ne peut plus travailler comme on veut. Il y a de nombreuses réglementations, par exemple la date où on peut faire le foin : souvent, elle arrive trop tard, le moment est passé..."

Changement climatique

Il constate aussi le manque d'eau, la sécheresse. De quoi assombrir l'avenir de la ferme-auberge familiale ? "Il y a de quoi s'inquiéter, oui. Les années se suivent et se ressemblent, soupire Kevin. En hiver, il neige, mais ça fond très vite. L'été, dès la fin juin, tout est sec. Nous sommes contraints de chercher de l'eau au village pour abreuver les bêtes, les sources sont à sec. Parfois, on doit déjà puiser dans le stock de foin dès la fin août pour nourrir les bêtes..."

Le jeune homme pourtant veut rester confiant. "On cherche des solutions, des nouvelles sources... On doit sans cesse s'améliorer !"

Et l'une des sources de motivation pour ces fermiers de montagne est de voir l'attrait croissant de la clientèle pour leur activité. "C'est un plaisir de partager notre travail. Les gens sont de plus en plus curieux, ils assistent à la traite, ils s'intéressent... Il y a un vrai retour à la nature, notamment depuis le Covid. Ils aiment les produits locaux."

Attrait croissant pour le grand-air

100% de la production de la ferme est écoulée à l'auberge. L'activité touristique est donc primordiale pour l'établissement, qui tourne à plein régime durant les deux mois d'été, avec "une clientèle belge, allemande et locale".

Une fierté pour son grand-père, que d'avoir su attirer du monde, au fil des années.

La plus grande fierté, c'est quand les gens viennent chez vous et apprécient votre travail. Ils participent même à notre vie

Jean-Claude Lochert, 72 ans, ferme-auberge du Rothnebrunnen

"Et maintenant, la saison touristique, ce n'est plus seulement l'été. Dans le temps, on fermait au mois de décembre, le mois le plus creux. Avec les marchés de Noël, on est ouvert toute l'année, les gens cherchent ici des hébergements et de la restauration.

À une époque, la ferme, pour les gens de la ville, ça puait, aujourd'hui, ils se sentent à l'aise, ils veulent être avec les animaux... C'est aussi ça notre fierté, transmettre nos savoir-faire".

Une fierté comme un fil conducteur entre le grand-père et le petit-fils... et déjà deux arrière-petits-fils, dont l'aîné vient déjà en combinaison à l'étable, curieux comme l'était son papa. "On est quelques générations à travailler tous ensemble... Ce n'est pas toujours facile, mais l'un des secrets, c'est sans doute simplement de se parler."