47 bovins retrouvés morts dans une exploitation de Haute-Marne, L214 porte plainte

Plus de quarante cadavres de vaches et de veaux à tous les stades de décomposition et au milieu d’autres animaux vivants ont été retrouvés dans une exploitation de Haute-Marne, à Praslay. L’association L214, qui a publié des images chocs, a déposé plainte.

Corps de bovins empilés et en putréfaction, amas de squelettes entiers, ossements… 47 cadavres de vaches et de veaux à tous les stades de décomposition ont été découverts dans une exploitation de vaches laitières à Praslay, en Haute-Marne. 

Sébastien Arsac, cofondateur de L214, décrit des animaux morts “un peu partout au milieu des vivants, à cheval sur une barrière ou dans un tas de fumier”, sans trop comprendre comment c’est possible. “Je suis stupéfaite de l’envergure des dégâts”, déplore la maire du village depuis 2020, Sophie Salihi, contactée par téléphone. Elle souligne que les barrières ne sont plus en état et les bêtes “divagantes” depuis cet été. 

Difficile de dire quand ça a commencé, mais au vu des squelettes que l’on pourrait mettre au musée d’histoire naturelle, cela dure probablement depuis des mois.

Sébastien Arsac, cofondateur de L214

Dans les bâtiments, délabrés, 73 vaches vivantes, parfois non identifiées, ont été comptabilisées. Certaines en divagation, d’autres enfermées, sans accès à de l’eau ou de la nourriture, ce qui laisse à penser qu’un défaut d’alimentation est à l’origine des décès. Elles doivent être évacuées ce jeudi 22 février. 

La justice saisie

L’association de protection des animaux s’est rendue sur les lieux en début de semaine, après avoir reçu un signalement. Elle a porté plainte auprès du tribunal judiciaire de Chaumont pour sévices graves et délit d’abandon. Ce jeudi 22 février, elle a également publié sur ses réseaux sociaux des images qui prouvent l’étendue de l’horreur. Âmes sensibles s’abstenir. 

La toute première alerte à la direction départementale de la protection des populations (DDPP) avait été donnée en novembre 2023. Lors d’une promenade, un habitant du village avait trouvé une vache morte puis envoyé une photo à la maire et à un ami, qui réagit aujourd’hui : “Ça fait mal au cœur. Les bêtes n’ont fait de mal à personne”, a -t-il indiqué à notre journaliste sur place, Nicolas Fontaine. 

Le 15 février, les services vétérinaires de la préfecture de Haute-Marne, accompagnés de la gendarmerie, sont intervenus. Les animaux morts ont ensuite été évacués par un équarrisseur cette semaine, mardi 20 février. Quant aux vaches vivantes, le sort de celles avec étiquettes est encore incertain, mais celles non identifiées seront euthanasiées. 

Un cas loin d'être inédit

Une situation particulière de par son ampleur, mais qui n’est pas isolée et qui illustre selon L214 des problématiques communes à un monde agricole productiviste. Depuis le début de l’année, il s’agit du troisième cas de cette ampleur en France, avec des alertes, plus minimes, reçues tous les jours. 

Les éleveurs n’ont pas forcément l’intention de maltraiter les animaux. Souvent ils sont en difficulté économique, dépassés et ils n’arrivent plus à gérer l’élevage.

Sébastien Arsac, L214

Il y a un an, ce même groupement agricole Gaec Chevrotin, créé en 1986, avait déjà été épinglé pour un élevage d’ovins, où 80 bêtes avaient été retrouvées mortes. L’exploitant, qui travaillait initialement avec son frère, aujourd’hui en retrait, avait l’interdiction de continuer à s’occuper de moutons et devait se mettre en conformité concernant l’élevage de vaches, en diminuant la taille de son cheptel. 

L214 souligne qu’entre octobre 2020 et 2021, l’élevage a perçu une aide d’un montant de 80.292 euros, dont 16.703 euros en faveur du bien-être animal. Des subventions mal utilisées, d’après Sébastien Arsac, qui appelle plutôt à “accompagner les élevages dans une transition vers une agriculture plus végétale” tout en réalisant davantage de contrôles pour s’assurer du bien-être animal. 

Quant à la maire de la commune, elle se dit désormais soulagée. Elle a demandé à l’Office français de la biodiversité (OFB) que des contrôles de l’eau soient réalisés en raison d’écoulements qui atteignent le ruisseau. D’autant que l’éleveur avait été verbalisé après avoir déversé un tas de fumier dans le périmètre de protection du captage d’eau potable de la commune. Sophie Salihi reste tout de même inquiète à propos d’un élevage de chiens détenu par l’éleveur et sa compagne : “Au vu de la situation, ça fait un peu peur.”