Coronavirus en Afrique : l'inquiétude monte chez les proches vivant en France

Un homme regarde des affiches de prévention sur le coronavirus, à Yaoundé au Cameroun, le 6 mars 2020 / © Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP
Un homme regarde des affiches de prévention sur le coronavirus, à Yaoundé au Cameroun, le 6 mars 2020 / © Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP

Depuis la Haute-Marne où il habite, Didier Ssanghem suit au jour le jour l'évolution de l'épidémie au Cameroun et au Tchad, d'où il est originaire, et où vivent ses sœurs et sa mère. Il raconte une situation au bord de l'explosion.

Par Céline Lang

Deux sœurs au Cameroun, d'autres sœurs et une maman au Tchad. Didier Ssanguem habite Chaumont, en Haute-Marne, mais ses racines se trouvent dans les deux pays africains. Ses racines, sa famille, ses pensées, et aujourd'hui l’inquiétude : tout son esprit est tourné vers ce continent où le coronavirus se répand rapidement. Comme partout dans le monde, le nombre de cas augmente, le nombre de morts aussi. Les pays africains ferment leurs frontières les uns après les autres et confinent leurs populations.
 

"Finalement, là-bas, ça n'a même pas encore commencé"

Au Cameroun, le confinement est déjà en place. "Mes sœurs habitent à la ville, ou plutôt dans des bidonvilles, raconte Didier Ssanguem. Elles vendent des arachides au bord des routes pour avoir des sous. Mais là, avec le confinement, tout est mort". Plus de revenus donc pour les deux sœurs, et l'obligation de rester chez elles avec l'angoisse qui grandit, notamment à cause de la promiscuité dans les bidonvilles. "Là-bas, les gens sont serrés, ce sont de petites maisons ou vous êtes 6 ou 7 à l'intérieur. Les toilettes, tout le monde y passe, donc c'est même davantage comme ça qu'ils vont attraper la maladie", poursuit le Chaumontais. Et d'ajouter : "Ce n'est que le début. Finalement, là-bas, ça n'a même pas encore commencé".

Au Cameroun, d'après l'université américaine Johns-Hopkins, qui recense les cas et les décès confirmés, le 3 avril à 15h, 306 cas et sept décès avaient été confirmés officiellement. Au Tchad, huit cas ont été recensés, et pas de décès pour le moment. Des chiffres à prendre toutefois avec la plus grande précaution, puisqu'ils ne se fondent que sur des signalements nationaux et internationaux hétérogènes.
 
L'entrée de l'hôpital central de Yaoundé au Cameroun, le 6 mars 2020 / © Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP
L'entrée de l'hôpital central de Yaoundé au Cameroun, le 6 mars 2020 / © Xinhua News Agency/Newscom/MaxPPP


Crise alimentaire et montée de la violence

En plus du risque de contamination, élevé, un autre problème vital se pose : se nourrir. "Les autorités ne disent pas à la population ce qu'elle doit faire. La chose qu'on leur a dit, c'est de rester cloîtrées chez elles et de ne pas trop sortir. Mes sœurs essayent d'aller faire les courses, pour acheter le peu qu'elle peuvent acheter. Elles se débrouillent pour manger aujourd'hui, mais elles ne savent pas de quoi sera fait le lendemain."

Le Chaumontais craint que la situation ne devienne explosive et qu'avec le manque de nourriture, la violence monte. Il craint des braquages, des pillages. 

Et en effet, le risque de pénurie alimentaire est réel. Les organisations mondiales de la santé et du commerce (OMS, OMC) ainsi que l'ONU ont alerté sur un risque de crise alimentaire, au niveau mondial. "C'est dans des périodes comme celles-ci que la coopération internationale est essentielle, soulignent les trois institutions dans un communiqué commun, cité par nos confrères de FranceInfo.  Nous devons nous assurer que notre réponse face à la pandémie de Covid-19 ne crée pas, de manière involontaire, des pénuries injustifiées de produits essentiels et exacerbe la faim et la malnutrition." Et Didier Ssanguem d'enchérir : "Il y a déjà à la base, un gros souci de nourriture. En Afrique, on achète à manger et il faut le consommer tout de suite. Il n'y a pas de réfrigérateur ou de congélateur. On ne peut pas faire de stocks".

Un lourd sentiment d'impuissance

A des milliers de kilomètres de distance, Didier se sent impuissant, et en colère. "Pour moi, c'est l'enfer. Le fait de ne pas pouvoir voir la famille, et de savoir, en plus, que ma mère a du diabète (une pathologie listée comme facteur d'aggravation en cas de covid-19 par le gouvernement français). Elle est au Tchad, dans un camp de la garde présidentielle. C'est un peu surveillé, c'est plus sécurisé. Ils empêchent les gens de sortir et ils les nourrissent. Mais ce n'est pas forcément adapté à sa maladie. J'ai peur qu'elle mange ce qu'elle ne doit pas manger. Je suis encore plus inquiet pour elle que pour les autres", ajoute celui que l'angoisse ne quitte pas.

Impossible pour ceux qui sont en Afrique comme pour ceux qui sont en France de savoir ce que subira le continent africain avec l'avancée de l'épidémie. Mais tous craignent la catastrophe et déplorent le manque d'information et de communication sur le sujet. "Déjà moi, je suis mal, ici, alors quand je pense à là-bas, cela me met hors de moi ", conclut Didier Ssanguem.
 

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus