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Haute-Marne : la mode du “Made in France” peut-elle sauver les couteliers de Nogent ?

Dans les années 50 la coutellerie faisait vivre Nogent en Haute-Marne, aujourd'hui ils sont peu d'artisan à créer ou réparer les fameux couteaux nogentais. / © Aurore Trespeux
Dans les années 50 la coutellerie faisait vivre Nogent en Haute-Marne, aujourd'hui ils sont peu d'artisan à créer ou réparer les fameux couteaux nogentais. / © Aurore Trespeux

Depuis quelques années, l’entreprise Nogent 3 étoiles, coutellerie industrielle de Haute-Marne, constate un changement d’habitude des consommateurs. Dans l’optique d’une consommation plus raisonnée, ils se tournent de plus en plus vers la production française.
 

Par Aurore Trespeux

Du simple couteau, au ciseau en passant la pelle à tarte, 1.300.000 pièces sont fabriquées chaque année par l’entreprise haut-marnaise Nogent 3 étoiles. Créée en 1923, l’enseigne est la dernière à fabriquer des couteaux de manière industrielle en Haute-Marne. Aujourd’hui elle embauche trente personnes certaines salariées depuis 50 ans et d’autres qui découvrent le poste autrefois occupé par leur grand-père. Car la coutellerie à Nogent est bien souvent une histoire de famille.

Aujourd’hui si la fabrication a changé et s’appuie beaucoup sur des machines, la finition se fait toujours à la main. Avant tout pour répondre aux exigences qualité des consommateurs qui sont de plus en plus nombreux à mettre plus cher dans certains produits, qu’il y a une dizaine d’années d’après le PDG de Nogent 3 étoiles. 
 

Un couteau qui coupe

"Un couteau fabriqué en Haute-Marne est forcément plus cher qu'un couteau en provenance de Chine. Mais s'il y a une différence de coût, il y a aussi une différence de qualité. Qualité de l’acier de la lame, qualité d'usinage de la lame. Qualité de la finition manuelle. Et les consommateurs habitués à un référentiel chinois nous expriment souvent leur surprise d’avoir des couteaux qui coupent" explique Eric Sirvin, le PDG de Nogent 3 étoiles.

Aujourd’hui l’entreprise nogentaise travaille avec trois réseaux de distributions : la grande distribution, les grossistes, et les petites boutiques de reventes de produits artisanaux, tant sur le territoire français qu’à l’international. Depuis quelques années, les ventes augmentent grâce à l’étiquette "Made in France".

Eric Sirvin, l’affirme : "A l’étranger, cette étiquette est synonyme de qualité gastronomique et acheter un couteau made in France fait écho à ça. Et sur le territoire national le "Made in France" revient à la mode."
 
Le fils de Gérard Hemonnot a décidé de reprendre l'activité de coutellerie de son père à Nogent, en Haute-Marne. / © Aurore Trespeux
Le fils de Gérard Hemonnot a décidé de reprendre l'activité de coutellerie de son père à Nogent, en Haute-Marne. / © Aurore Trespeux

Ce nouvel entrain pour le "Made in France", les artisans couteliers de la ville aimeraient eux aussi en bénéficier. Gérard Hemonnot a pris sa retraite en novembre 2018. Toute sa vie, il a remis à neuf des couteaux fabriqués en Haute-Marne. Un temps, il s’était même lancé dans la fabrication de petits canifs de poche. Mais il a du très vite arrêter faute de bénéfices. 

"Je vendais surtout aux étrangers de passage et notamment aux Italiens qui aimaient beaucoup les petits canifs bijoux que je fabriquais"
-Gérard Hemonnot, artisan à Nogent


Aujourd’hui, son fils Renaud a souhaité reprendre son entreprise. Mais sur les conseils de son père, le jeune trentenaire a gardé son activité salariée de prothésiste en parallèle. "La coutellerie nogentaise de maintenant n’a rien à voir avec celle d’il y a 50 ans. Aujourd’hui, bien que j’ai été très heureux de l’annonce de mon fils, je n’ai pas voulu qu’il en fasse sa seule activité. Les dernières années, les choses étaient très compliquées. C’est la passion qui l’emporte sur le profit. On ne compte pas les heures, ni l’argent qu’on perd" confie Gérard Hemmonot. 

Lucide sur l’état actuel de la coutellerie française, l’artisan ne perd pas espoir pour autant concernant l’avenir de cette activité à long terme car "beaucoup de jeunes se lancent en France pour faire vivre la profession." 
 

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