"Cinq ans de travail et presque tout est détruit" : il expose ses maquettes de parc d'attractions, elles finissent saccagées

Roman Kennel est très connu pour ses maquettes du parc d'attractions Nigloland (Dolancourt, Aube). Le 15 septembre, on a appris que de très lourdes dégradations avaient eu lieu sur une trentaine de maquettes. Elles étaient exposées dans la galerie marchande du Carrefour de Quetigny (banlieue de Dijon, Côte-d'Or).

Roman Kennel (prononcé Romane) est une sommité du monde de la maquette. Avec des matériaux recyclables, il s'adonne passionnément à la reconstitution des monuments historiques de Langres (Haute-Marne), dont il est originaire.

Ou encore de Nigloland, son parc d'attractions préféré, situé à Dolancourt (Aube). On vient de loin pour assister à ses expositions, toujours gratuites. Depuis qu'il étudie à l'institut universitaire de technologie (IUT) de Dijon (Côte-d'Or, en Bourgogne), il vit dans sa proche banlieue, à Quetigny.

Et c'est dans la galerie marchande du Carrefour de la zone commerciale de cette commune qu'il exposait depuis le jeudi 31 août 2023. L'exposition était prévue jusqu'au vendredi 23 septembre, et allait vraisemblablement être prolongée, devant le succès considérable qu'elle rencontrait (c'est habituel, ça se voit aussi sur les réseaux sociaux, voir ci-dessous).

Le problème, c'est qu'il n'y a plus rien à exposer. Quelqu'un a méthodiquement saccagé la trentaine de maquettes, dont il n'en reste que quatre indemnes. France 3 Champagne-Ardenne a contacté Roman Kennel, qui a été "choqué, triste, et en colère" en découvrant les photographies du sinistre.

Saccage quasi-total, c'est une première

"[Le soir du jeudi 14 septembre], hier, j'ai été prévenu par un passant. Il avait déjà vu la maquette plusieurs fois, et il était content de s'y rendre régulièrement pour la voir. Dans son message, il me disait que c'était bizarre, qu'il y avait un souci. Sur les photos qu'il m'a envoyées, on voyait une grosse partie de mes maquettes complètement saccagée." (dégâts publiés sur Facebook ci-dessous).

Roman Kennel ne se connaît pas d'ennemis, et très, très peu de jaloux. Ses maquettes suscitent un enthousiasme général. Le pire qu'il se soit produit deux ou trois fois, c'est un enfant un peu trop curieux qui casse quelque chose en voulant toucher. "Je m'en fiche, je recolle ça en dix minutes, et on n'en parle plus." Ou alors son chat qui s'est montré un peu trop entreprenant.

Mais cette fois-ci, les dégâts sont considérables, et ne semblent pas dus à un banal accident. "Là, il ne s'agit pas de petites choses. La grande roue a été arrachée : je vais devoir la mettre à la poubelle, je ne peux plus rien en faire. La tour aussi. Les pommes également. Et probablement la ferme, à moins que j'arrive à la réparer." 

Cinq années de travail

C'est une catastrophe. Il dénombre quatre maquettes détruites (celles qu'il vient de citer précédemment), plus d'une vingtaine "que je vais pouvoir réparer en prenant pas mal de temps". Il n'en reste que quatre à avoir échappé à la calamité. 

"Cinq ans. Cinq ans que je travaille sur ce projet. Je ne compte pas mes heures. Mon but, c'est de faire les maquettes les plus réalistes possibles, tout en y mettant ma pâte pour qu'on reconnaisse mon style."

Il ne compte pas le temps investi, mais il ne peut que déplorer les déprédations sur certaines des maquettes qui étaient parmi ses plus récentes et abouties. "Le Donjon de l'extrême était tout neuf : c'était sa deuxième exposition. La grande roue n'était pas toute neuve, mais je l'avais repeinte, retapée complètement. Certaines maquettes étaient récentes aussi et je vais devoir les refaire alors qu'il n'y en avait pas besoin. Ça m'énerve beaucoup."

Il a foncé au centre commercial

"Dès que j'ai été prévenu, à 22h00, je me suis rendu au centre commercial. Je pensais qu'on ne m'ouvrirait pas, mais par chance, quelqu'un a pu m'ouvrir exceptionnellement. J'ai constaté les dégâts, pris des photos. Je suis resté un peu pour analyser ce qui s'était passé." (voir le lieu sur la carte ci-dessous).

"J'ai tout de suite vu que ce n'était pas un accident. C'était quelque chose d'intentionnel. Quelqu'une st venu pour casser. J'en suis certain à 100%. Pourtant, j'essaye de créer autour de ces maquettes une communauté qui soit la plus bienveillante et gentille. Personne n'était censé avoir envie de faire ça." 

"La première fois que j'ai vu les photos, je me serais cru dans un rêve." Coïncidence troublante, "dans la nuit de mercredi [13] à jeudi [14 septembre], j'ai rêvé que quelqu'un déplaçait et abîmait mes maquettes. Et il se trouve que c'est cette nuit-là que ça s'est passé. Quand j'ai vu les photos, je me suis dit que ce n'était pas possible."

Il a appris ce vendredi 15 septembre au matin que les faits avaient eu lieu dans la nuit du 13 au 14. Pour rappel, il s'est rendu sur place le soir du 14 après avoir été prévenu : la maquette semble être restée détruite ainsi toute la journée du jeudi 14 septembre sans que personne travaillant là-bas ne le prévienne (voir ci-dessous via Instagram une photographie quand tout était encore intact). 

"Ça semble s'être produit entre la fermeture, mercredi soir, et l'ouverture du jeudi matin. Mais pas l'ouverture au public : l'ouverture aux femmes de ménage, à 06h30. Une femme de ménage m'a dit qu'à cette heure-là, c'était déjà dans cet état-là. Mais lors de la fermeture, la veille au soir, des agents de sécurité ont été en mesure de me confirmer que tout était parfait." 

Qui a fait ça ?

Autrement dit, les déprédations ne viennent pas du public. Et ont eu lieu à un moment où presque personne n'avait accès aux maquettes. "C'est incompréhensible. La question que je me pose - qu'on se pose tous - c'est qu'il était censé n'y avoir personne à part des ouvriers et des agents de sécurité. Je ne vois pas comment c'est possible." 

Roman Kennel a été approché par une grande partie du personnel travaillant dans la galerie marchande. "Toute l'équipe de direction, tous les agents de sécurité... tout le monde est venu me voir. Ils n'étaient d'ailleurs pas au courant, ils n'avaient rien remarqué hier et c'est hier soir que je leur ai appris la nouvelle. Quand un vigile m'a amené sur mon stand, il m'a demandé comment c'était possible, comment une telle chose avait pu arriver."

Quand un vigile m'a amené sur mon stand, il m'a demandé comment c'était possible, comment une telle chose avait pu arriver.

Roman Kennel, maquettiste-exposant

La question mérite d'être posée. D'autant que "vu l'ampleur des dégâts - j'ai retrouvé les pommes dispersées à plein d'endroits - ça suppose que la personne était seule et y a passé 20 minutes. Soit ils sont venus à dix et y sont passés quelques minutes. Parce que pour qu'il y ait autant de dégâts..."

Pour rappel, les maquettes sont prêtées gratuitement. "Je fais ça bénévolement. Ma motivation, c'est le plaisir des gens qui vont voir mon travail. Et pouvoir montrer que ça ne reste pas au fond de ma chambre." Nonobstant, le centre commercial va prendre conseil avec son cabinet d'assurances. Et a entrepris de vérifier les images de vidéo-surveillance. "Ils cherchent à comprendre ce qui a pu se passer. Il n'y a rien de concret pour le moment." 

Aller de l'avant

"J'espère qu'on ne va pas rester sur ça. Ce serait vraiment dommage. J'avais d'autres projets; je comptais faire d'autres expositions, y compris dans mon IUT. À Dijon, c'est même devenu fréquent que des gens m'arrêtent dans la rue pour me parler de mes maquettes. Là, que tout soit saccagé et que je ne puisse plus présenter mon travail... c'est lamentable." Roman Kennel a une vingtaine d'expositions à son actif en trois années ("10 000 visiteurs au total"). Pas une fois ça n'était arrivé. 

Si à l'avenir, il doit à nouveau exposer en galerie marchande, il y réfléchira à deux fois : "peut-être derrière la vitrine d'un magasin vide. C'est malheureux de devoir éloigner le public, même si c'est à cause d'une minorité."

Quant aux autres lieux où il a déjà exposé, tels que lycées, mairies, ou médiathèques, il se sent plus rassuré : ces lieux sont plus protégés et moins passants. "Rien ne va changer." L'ironie réside tout de même que ce saccage a eu lieu dans un endroit drainant beaucoup de public... mais à une heure où les risques étaient (théoriquement) nuls, personne n'étant censé être là. "C'est rageant." Mais l'aventure continuera. Les expositions aussi. Et le public répondra présent. Comme à chaque fois.

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