"Les Gendarmes et les voleurs" : un court-métrage tourné dans un petit village et sacré au Festival de l'Alpe d'Huez

Le dimanche 21 janvier, un court-métrage intitulé "Les Gendarmes et les voleurs" a été primé au Festival du film de comédie de l'Alpe d'Huez (Isère). Il a été tourné à Auberive (Haute-Marne), village de 147 âmes.

Quand un petit village se retrouve au sommet... littéralement. Auberive (Haute-Marne), c'est une commune de 147 âmes. L'Alpe d'Huez (Isère), c'est un sommet qui monte jusqu'à 3 000 mètres, mais surtout le siège du Festival international du film de comédie de l'Alpe d'Huez.

C'est lors de la 27e édition de ce dernier, le dimanche 21 janvier 2024, que le prix du court-métrage a été remis à Les Gendarmes et les voleurs, réalisé par Adrien Guedra-Degeorges et Maxime Azzopardi. Un film de 18 minutes produit par (Sic) Pictures, société de production parisienne, et Protest Studio... Lequel a reçu un gros coup de pouce de personnalités établies de la Haute-Marne.

Commençons avec Théo Caviezel. Malgré ses quasi-25 ans, on le connait bien. Il a fait le tour du département à pied et à vélo. Il a candidaté aux législatives. Il aime le promouvoir; il en est amoureux. Bref, le VRP idéal. Le synopsis, drôle, avait de quoi l'inspirer. "On se retrouve avec des gendarmes qui, pour éviter la suppression de leur brigade, essayent de réactiver la délinquance pour prouver qu'ils sont utiles à ce territoire."

Drôle aussi, c'est comme la Haute-Marne s'est retrouvée au centre de tout ça. "Raphaël Ruegger, [fondateur] de la Fédération des trucs qui marchent, était passé dans le département au tout début 2022. Il sillonnait le territoire français à la rencontre des élus pour lui expliquer leurs 'trucs qui marchent'. Lors d'une soirée à Paris et sur Internet, il a restitué aux maires de France tout ce qu'il avait vu." Pour les inspirer.

Les astres s'alignent

Les deux compères se sont plus. "On est devenu très amis. Il est resté une semaine en Haute-Marne. Je lui ai montré beaucoup de trucs qui marchent. Un matin, il m'appelle : trois de ses copains de promos [École supérieure des sciences économiques et commerciales (Essec); ndlr], passionnés de cinéma ont créé une société indépendante de production [(Sic) Pictures; ndlr]. Ils ont tourné avec Monica Bellucci, ça s'installe bien malgré leur jeune âge. Et ils recherchent une gendarmerie en zone rurale sans réussir à la trouver..."

Une ampoule s'allume au-dessus de la tête de Théo Caviezel. Il sait exactement où trouver ça. En Haute-Marne, pardi. "La mairie d'Auberive a construit une nouvelle gendarmerie flambant neuve, et a fermé l'ancienne." Des numéros de téléphone s'échangent. Et ça se fait. "Bingo." (voir localisation sur la carte ci-dessous)

Le court-métrage, budgétisé à environ 40 000 euros, amène plus d'une trentaine de personnes dans le village, y compris Caroline Anglade et François Rollin. Pendant une semaine, elles vont au resto, elles logent à l'hôtel. Des liens se créent. La population locale fournit nombre de figurantes et figurants : parfois, les rues et places sont pleines de monde (malgré une météo défavorable). Une simple habitante, un antiquaire, et le bistrot accueillent les caméras pour certaines scènes. Tout le monde met la main à la patte, jusqu'à construire un kiosque à journaux... incendié exprès pour le tournage.

La Compagnie cinématographique du Beuchay, basée à Langres (Haute-Marne) et amateure non sans être dénuée de professionnalisme, se retrouve intégrée dans la boucle. Elle regroupe 30 bénévoles (dont Théo Cazeviel) dont l'investissement a été total. Une magnifique synergie. "Avec un petit réseau et les oreilles grandes ouvertes, on a réussi à faire un petit projet de territoire." Encore un truc qui marche. 

En filigrane, la disparition des services publics dans les villages

Le maire d'Auberive, Jean-Claude Volot, est très content de ce tournage, plus encore de cette récompense à L'Alpe d'Huez. "C'est la Mecque du court-métrage humoristique", confie ce dernier à France 3 Champagne-Ardenne. 

"C'est une belle histoire. Il y a vraiment eu une conjonction de choses favorables.Je leur ai ouvert les portes du village. J'ai trouvé le scénario plein d'humour et très vivant. J'ai prévenu la gendarmerie de cette opération. Ce tournage a été un grand moment pour les villageois. L'association de Langres a bien géré l'intendance, la technique. Les cinéastes de Paris étaient très contents." On le surprend à espérer un nouveau tournage : pourquoi pas un nouvel opus des Gendarmes et des voleurs... cette fois-ci en long-métrage. 

Ce tournage a été un grand moment pour les villageois.

Jean-Claude Volot, maire d'Auberive

Également favorables, le conseil municipal aubérivois, et l'agence d'attractivité du conseil départemental de la Haute-Marne. Et la région, grande pourvoyeuse de financements cinématographiques ? Pas de région, s'agace le maire. "Je ne comprends pas. On nous a envoyé balader en disant que c'était nul. Tellement nul que ça a obtenu le premier prix à L'Alpe d'Huez..." Il en a touché deux mots à Franck Leroy, le nouveau président du Grand Est (il ne lui en veut pas personnellement); lequel ne gère pas tout lui-même... et n'a pas été très content de la décision de son équipe au bureau des tournages, semblerait-t-il.

L'édile croit sur ce scénario qui nécessite une double lecture. "Ces gens qui aiment leur gendarmerie, ils veulent vraiment la protéger. Dans tous les villages de nos régions, vous verrez l'affection de la population pour leurs gendarmes." C'est comme les bureaux de poste, les maternités... Ironiquement, une décennie plus tôt, "Paris a voulu fermer notre gendarmerie, soi-disant car il ne se passait jamais rien chez nous... Je suis monté au créneau : heureusement que j'avais des réseaux." Il était alors adjoint au maire. "On a sauvé la gendarmerie. Les gendarmes ont un rôle vraiment important." Ce tournage était fait pour atterrir à Auberive...

Comme l'évoquait le Journal de la Haute-Marne (JHM), présent lors du tournage, la mairie espère bientôt organiser une diffusion, du film. À tout le moins une fête municipale avec l'ensemble des personnes qui ont permis ce projet et cette victoire à L'Alpe d'Huez. 

Un petit film, des films

Avec cette récompense, le court-métrage pourrait concourir dans d'autres concours (internationaux parfois), et être diffusé. De quoi ravir Charles Benoin, l'un des dirigeants de la société de production (SIC) Pictures avec Samy Boudiaf et Stanislas Wicker, témoigne auprès de France 3 Champagne-Ardenne qu'"on a conscience que c'est formidable. On est super heureux. C'est génial pour tout le monde. L'accueil au festival a été brillant."

Tout comme il a été "dantesque à Auberive. On avait besoin d'un village où on avait l'impression qu'il ne se passe rien de grave, où il y a un climat de familiarité. Où tout le monde s'entend bien. Le maire était fan de comédie, il voulait mettre en avant son village. Il nous a mis en contact avec tout le monde, et on a eu un aménagement incroyable." L'équipe a presque eu l'impression d'être invitée dans la famille.

L'accueil a été dantesque à Auberive.

Charles Benoin, directeur général de (SIC) Pictures

"On a une vision à long terme dans la région." Une succursale a été officiellement créée à Auberive. Elle pourrait produire d'autres films localement. Peut-être que ceux-là seront financés au niveau régional. "Concernant la région, ce n'est qu'un aléa : ce n'est pas très grave. Ils n'en financent que très peu parmi tout ce qu'ils reçoivent. C'est normal."

Le prochain film ne serait pas forcément une redite des Gendarmes et des voleurs en plus long. "On n'en a pas encore discuté... Je pense que le film marche bien en concept court, il le serait peut-être en concept long... Mais on considère chez (SIC) Pictures que le court-métrage est un médium à part entière, même avec du succès, et que la déclinaison en long est souvent une moins bonne idée que de partir sur une vraie idée pensée pour du long. Avec la même équipe, oui, mais pas forcément avec la même histoire."

Ça tombe bien, il existe pléthore d'autres projets dans le panier des réalisateurs du film, Adrien Guedra-Degeorges et Maxime Azzopardi. "Il y a des concepts de comédie à la pelle. Mais rien n'est concret pour le moment." La "synergie" est en tout cas toute trouvée. Les Gendarmes et les voleurs seront sans doute le début d'une histoire très prometteuse. 

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