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Heure d'été : dimanche à 2 heures du matin, il sera 3 heures

C'est le rituel qui marque, plus que le calendrier, l'arrivée de la belle saison. Le passage à l'heure d'été aura lieu dans la nuit du samedi 26 au dimanche 27 mars 2016, en France comme dans les autres pays européens.
Détail de l'horloge astronomique de Stanislas, au Musée Lorrain à Nancy
Détail de l'horloge astronomique de Stanislas, au Musée Lorrain à Nancy © France 3 Lorraine
Astronomiquement, le printemps arrive le 21 mars, jour de l'équinoxe.
Les météorologues préfèrent le faire débuter le 1er mars, jusqu'au 31 mai.
Mais pour le citoyen lambda, le dernier dimanche de mars est le tournant le plus perceptible. Ce jour-là, les soirées s'allongent subitement d'une heure. Et pour peu que le temps s'y prête, on se prend à rêver terrasses, barbecues et flâneries vespérales.

Pourquoi l’heure d’été ?

Pour faire des économies d'énergie, essentiellement sous forme d'électricité. Et plus précisément d'éclairage. 
En hiver, la durée du jour solaire correspond plus ou moins au maximum des activités humaines, aux "heures de bureau" (8h-18h). A partir de mars, avec l'allongement des journées, cette lumière gratuite nous éclaire "pour rien", ou presque, à l'heure où la plupart d'entre nous dorment encore (avant 7h du matin, activité faible).
D'où l'idée de décaler la journée pour que le soleil nous éclaire en soirée, où le besoin de lumière se prolonge pendant plusieurs heures.

Qui a inventé l'heure d'été ?

On savait déjà faire de très bonnes montres. Mais au Siècle des Lumières, l'éclairage était un problème.
On savait déjà faire de très bonnes montres. Mais au Siècle des Lumières, l'éclairage était un problème.
Benjamin Franklin, en 1784. En mission à Paris, le diplomate et inventeur américain avait passé une bonne soirée chez des amis. La conversation avait roulé, entre autres, sur la consommation des lampes à huile et chandelles, qui coûtait un bras dans le budget des ménages. Tout augmente ma pauv'dame, etc, etc.
Rentré chez lui à trois heures du matin, Franklin (qui n'avait pas bu que de l'eau) fut fort fâché d'être réveillé dès six heures par le soleil levant. On était en avril et son valet avait oublié de fermer les volets.
Ni une ni deux, quelques jours plus tard il publie dans Le Journal de Paris un article où il propose de décaler l'heure en été, pour pouvoir dormir plus longtemps le matin et festoyer le soir à moindres frais.

Depuis quand ?

C'est pendant la Grande Guerre que plusieurs belligérants (France, Allemagne, Grande-Bretagne) instituent pour la première fois l'heure d'été. L'électricité est alors rare et chère. La plupart des pays abandonnent cette gymnastique pendant les Trente Glorieuses : le pétrole coule à flot, pourquoi se gêner ?.
La France rétablit l'heure d'été le 28 mars 1976 à la suite du choc pétrolier de 1973, pour limiter l'utilisation de l'éclairage artificiel (public et privé). La plupart des pays d'Europe s'y mettent et en 2002, l'UE décide de synchroniser tous ses membres. L'heure d'été européenne court du dernier dimanche de mars au dernier dimanche d'octobre.

Et la santé ?

Depuis quarante ans, les détracteurs de l'heure d'été dénoncent les perturbations des rythmes biologiques qui seraient causées par ces changements bisannuels. Les enfants, en particulier, auraient du mal à se lever, seraient fatigués... avant d'avoir du mal à s'endormir. C'est sans doute le cas pendant quelques jours, mais il faut relativiser. Si vous envoyez le petit en colo à Beg Meil (Finistère), il subira le même décalage à l'aller et au retour : le soleil s'y lève et s'y couche une heure plus tard qu'en Lorraine. Et ne parlons pas des vacances au bout du monde.
Certains agriculteurs (sûrement soucieux du bien-être animal) pointent aussi le stress des vaches à l'heure de la traite...

Quelles économies ?

En 1978, l'économie d'énergie était évaluée, à la louche, à 250 000 "tonnes équivalent pétrole" pour l'année. Le Canard Enchaîné d'alors avait relevé que c'était à peu près la quantité de brut qui se baladait, à l'époque, sur les côtes bretonnes après le naufrage du pétrolier Amoco Cadiz...
L'Agence de la maîtrise de l'énergie et de l'environnement (Ademe) estimait en 2009 que le gain sur l'éclairage était d’environ 440 GWh. Ce qui représente la production d'une centrale comme Cattenom en quatre jours et demi... ou la consommation en éclairage d'environ 800 000 ménages. Mais l'éclairage n'est qu'une petite partie de la dépense électrique, et plus encore de la dépense énergétique.
Dans la facture électrique, la lumière ne fait plus le watt.
Dans la facture électrique, la lumière ne fait plus le watt. © BdB
Depuis quarante ans, la consommation électrique n'a cessé d'augmenter avec le développement de l'électronique et des appareils en tous genres. Mais,avec l'arrivée des lampes basse consommation, la part de l'éclairage y est de plus en plus faible, tant pour les ménages que pour les entreprises.
Par ailleurs, les changements d'heure ont un coût, notamment dans les transports et les réseaux mondiaux qui doivent s'adapter à ces décalages répétés d'un pays à l'autre.

En réalité, les coûts, comme les gains, sont difficiles à évaluer.

Enfin et surtout, en quarante ans, nos habitudes de vie ont évolué... et en partie à cause du changement d'heure ! L'homo festivus a pris goût aux soirées interminables et le Français s'est mis à l'heure espagnole : il se couche de plus en plus tard. Il veut même boire un coup en terrasse en plein hiver - sous un chauffage électrique. Après quoi, il surfe jusqu'à pas d'heure.
Côté travail, le développement de l'informatique et la mondialisation, conjugués à l'éternel appât du gain, ont fait éclater la journée "classique". Les cadres bossent après le dîner, les magasins font nocturne. Et dans les usines qui n'ont pas fermé, les robots font le job en 24/24.

Dans ce contexte, le passage à l'heure d'été a-t-il encore un sens économique, ou est-ce juste un agréable rituel printanier ?
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