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Les Suisses seraient contre l'expulsion des étrangers criminels et pour un nouveau tunnel du Saint-Gothard

Ce dimanche 28 février, les Suisses étaient appelés aux urnes dans le cadre d'une votation fédérale. Ils ont notamment eu à s'exprimer sur le renvoi automatique des criminels étrangers et sur l'opportunité de creuser un quatrième tunnel pour permettre la réfection du tunnel routier existant. 
Panneaux électoraux mis en place par le parti nationale UDC en faveur de l'expulsion des criminels étrangers, symbolisés sur l'image par un mouton noir
Panneaux électoraux mis en place par le parti nationale UDC en faveur de l'expulsion des criminels étrangers, symbolisés sur l'image par un mouton noir © France 3 Alsace
A 17h30 ce dimanche, les estimations annoncent que 57.6% des votants auraient voté contre l'expulsion automatique des étrangers coupables de crimes ou de délits.

Les bureaux de vote ont ouvert leurs portes ce dimanche matin en Suisse pour se prononcer sur la proposition de la droite populiste UDC d'expulser automatiquement, même pour des infractions mineures, les criminels étrangers. A Zurich, les électeurs peuvent ainsi voter depuis 6h45. A Genève, ils ont ouvert à 10h. Dans certaines villes, les bureaux de vote ont aussi ouvert quelques heures samedi. Mais la très grande majorité des électeurs suisses, appelés à se prononcer plusieurs fois par an lors de multiples référendums, ont toutefois voté par correspondance dans les deux à trois semaines précédant l'élection.
L'initiative populaire est un droit donné aux citoyens suisses de faire une proposition de modification de loi. L'adoption d'un tel projet requiert toutefois ce que les Suisses appellent la double majorité: la majorité du peuple (majorité des suffrages valables) et la majorité des cantons.

Expulsion des étrangers criminels : une proposition du parti populiste UDC

En 2010, le peuple suisse avait déjà accepté, à près de 52,9%, une initiative de l'Union démocratique du centre (UDC, premier parti suisse) demandant le renvoi des criminels étrangers. Mais le Parlement helvétique a introduit en mars dernier une clause permettant aux juges d'éviter l'expulsion automatique des condamnés dans certains cas. Cette fois, le peuple suisse est consulté sur une initiative beaucoup plus directe réclamant "le renvoi effectif des criminels étrangers". Cette initiative dite de "mise en oeuvre" de l'automaticité élargit par ailleurs la liste des motifs d'infraction entraînant l'expulsion. D'après l'Office fédéral de la statistique, la révision du code pénal adoptée l'an dernier par le Parlement aurait pu conduire en 2014 à l'expulsion de près de 3.900 personnes, contre 500 en moyenne. Avec l'initiative de l'UDC, ce chiffre aurait bondi à 10.200.
Le gouvernement et le Parlement jugent la proposition de l'UDC contraire aux "règles fondamentales" de la démocratie. Aucun autre parti national, ni les syndicats et milieux économiques, ne soutiennent l'initiative.
D'après le dernier sondage réalisé par l'institut gfs.bern, publié le 17 février, les deux camps sont presque à égalité, avec un léger avantage pour les opposants, à 49% contre 46%. Mais l'issue du scrutin reste ouverte, avec 5% d'indécis.
Les intentions de vote concernant l'expulsion des criminels étrangers
Les intentions de vote concernant l'expulsion des criminels étrangers © M. Ruch / France 3 Asace

L'une de nos équipes s'est rendue en Suisse le 9 février, quelques jours avant le début de la votation
durée de la vidéo: 01 min 41
Votation suisse sur l'expulsion des criminels étrangers ©France 3 Alsace


Un quatrième tunnel sous le Saint-Gothard ?

La proposition de construire un 4e tunnel du Gothard afin de permettre la réfection de l'unique tunnel existant remporterait 58.7% des suffrages des votants, selon des résultats provisoires annoncés par le journal suisse Le Temps.

L'énorme massif alpin du Saint-Gothard, qui sépare le nord et le sud de la Suisse, pourrait donc être bientôt percé par un 4e tunnel, si la tendance du vote se confirme. Ce 4e tunnel routier permettrait la réfection de l'unique voie actuellement existante pour les véhicules, une nécessité reconnue par tous, partisans et opposants du projet.

© © Raimond Spekking / CC BY-SA 4.0

Le premier tunnel sous le massif avait été ouvert au 19ème siècle, en 1882, pour une ligne ferrovaire à double sens longue de 15 km entre Goeschenen, au nord, et Airolo, au sud, dans le canton italophone du Tessin. Pendant près de 100 ans, il n'y avait que deux solutions pour traverser le Gothard : emprunter la route sinueuse du col, longue de 26 km et ouverte seulement l'été, ou prendre le train, sur lequel les voitures pouvaient être chargées.
Avec l'explosion du trafic notamment liée au tourisme, dans les années 60 et 70, la Suisse a décidé de creuser un nouveau tunnel, cette fois-ci routier.
Après 10 ans de travaux, le "tunnel du Gothard", long de 17 km et prévoyant deux voies de circulation, est inauguré en 1980.
En 1996, la Suisse se lance à nouveau dans le méga-chantier de la NFLA, sigle désignant "la Nouvelle ligne ferroviaire des Alpes". Cette NFLA, qui va être inaugurée le 1er juin 2016, est le plus long tunnel ferroviaire du monde, avec 57 km de voies. Elle relie la commune d'Erstfeld au nord à celle de Bodio (canton du Tessin) au sud. Il s'agit de 2 tubes ferroviaires à une voie, dans lesquels les trains pourront circuler à 200 km/heure. Ce tunnel, enfoui sous 2.000 mètres de roche, dépasse les deux tunnels sous-marins de Seikan au Japon (54 km) et de la Manche (50 km). Alors que la NFLA n'est pas encore ouverte officiellement, les Suisses sont appelés à voter par référendum sur l'opportunité de creuser un 4ème tunnel, réservé aux véhicules, un projet du gouvernement contesté par une partie de la population.
Le gouvernement se dit soucieux de ne pas interrompre le trafic routier à travers le Gothard pendant la durée des travaux. Et souligne qu'ensuite, chaque tunnel sera utilisé dans un seul sens, la deuxième voie servant  aux arrêts d'urgence. Mais des militants écologistes, réunis au sein de l'association "non au 2ème tube du Gothard", mettent en garde contre l'augmentation massive du trafic et des nuisances pour les habitants des régions concernées. Ils suggérent de reporter le trafic sur le train jusqu'à la réfection complète du tunnel existant.

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