Luxembourg : timide réouverture pour les terrasses des bars et des restaurants

Après les musées et les lieux culturels, le Grand Duché du Luxembourg a rouvert ce mercredi 7 avril les terrasses de ses établissements. La clientèle est encore frileuse car les travailleurs frontaliers, qui représentent une part non négligeable de la clientèle, manquent encore à l'appel.

Température polaire, anorak remonté jusqu’aux oreilles, les premiers clients n’ont pas raté le rendez-vous. Place Clairefontaine à Luxembourg-ville, près d’une dizaine de courageux savourent le premier expresso en terrasse depuis trois mois. En bras de chemise, José Ferreira, le serveur portugo-vénézuélien s’active : "ça fait trois mois que j’étais au chômage partiel, c’était dur parce que le salaire n’était pas le même, et qu’on n’avait aucun pourboire".

Il veut croire à la réouverture prochaine de l’ensemble de son établissement : "pour qu’on puisse mettre plus de tables, surtout qu’on a encore une grande salle à l’intérieur, et aussi une en sous-sol". Sa priorité : "veiller à ce que les clients respectent bien les règles sanitaires, en tous cas ils sont les bienvenus".

Symbole

Le Premier ministre luxembourgeois, Xavier Bettel, a sa résidence officielle juste en face. Notre équipe le croise sur le trottoir : "c’est un petit pas vers une vie normale, lâche modestement celui qui a annoncé la réouverture des terrasses le 24 mars. Mais il refuse d’aller plus loin : on refera le point le 21 avril sur ce qu’il est possible de faire ou pas, on doit vivre avec le virus, je ne ferai aucune promesse à ce stade."

De fait, la portée de cette réouverture est complètement symbolique : combien de bars et de restaurants ont une terrasse suffisamment grande pour que l’ouverture soit rentable ? A deux clients par table maximum, avec 1,50 mètre entre chaque table, les établissements qui disposent d’une petite terrasse n’ont aucun intérêt à rouvrir. L’enregistrement des données des consommateurs, envisagé dans le projet de loi, a été finalement abandonné mais pourrait être de nouveau envisagé lors de la réouverture complète des établissements.

Pour quels clients ?

Les clients potentiels sont encore rares : le télétravail est largement de mise dans une société dont l'économie est basée depuis quarante ans sur la banque et la finance. Résultat : les travailleurs frontaliers, qui représentent 45% de la population active, restent encore majoritairement chez eux, et d’autant plus facilement, que la loi luxembourgeoise qui autorise un maximum de 29 jours de télétravail pour les frontaliers dans leur pays de résidence, a été suspendue le temps du Covid. En clair : pas de limite.

Conséquence : les commerces et les services souffrent de l’absence de cette population essentielle à l’économie du pays. Pas sûr que l’ouverture des terrasses donne envie aux frontaliers lorrains de revenir goûter aux joies des bouchons sur l’A31…

Pour les non-frontaliers, l’accès aux terrasses luxembourgeoises est interdit par les régles actuelles du troisième confinement français qui proscrivent, sauf motif impérieux, de sortir de son département. Même si la tentation est grande, le petit noir en terrasse n’est pas encore un motif impérieux.

Le précédent sarrois

L’initiative luxembourgeoise est à des années lumières de la politique volontariste de la Sarre, première région allemande à avoir amorcé hier mardi 6 avril 2021 un plan de réouverture massif et ambitieux de ses bars, restaurants, et lieux culturels. La plus petite région du pays avec son million d’habitants, fait figure de pionnière en Allemagne. La chancelière, Angela Merkel, a qualifié de "très ambitieuse" la volonté sarroise de tendre vers un retour à la normale.

Le ministre-président sarrois, Tobias Hans, sait que tous les regards sont braqués sur sa région, à quelques mois des élections législatives que son parti, la CDU (chrétiens démocrates/droite), aborde dans un contexte difficile de fin de règne d’Angela Merkel. Il n'hésite pas à qualifier son initiative de "modèle sarrois". Le pari de rouvrir, qu’il borne à un taux d’incidence inférieur à 100 cas pour 100.000 habitants, pourrait redorer le blason de son parti dans un pays fédéral où les gouvernements régionaux ont la main sur la plupart des décisions.

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