Marne : ils se battent pour que leur fils autiste puisse aller à l’école

Jeudi 2 septembre 2021, Ilyès Bendjouda a fait sa rentrée à l’école élémentaire d’Equiernolles à Betheny, dans la Marne. Mais contrairement à ses petits camarades, il n’y retournera pas l'après-midi. D’après ses parents le petit garçon ne serait pas pris en charge comme les autres enfants.
L'académie de Reims affirme prendre très au sérieux le cas d'Ilyès Bendjouda et espère trouver un arrangement avec sa famille pour lui assurer la meilleure prise en charge.
L'académie de Reims affirme prendre très au sérieux le cas d'Ilyès Bendjouda et espère trouver un arrangement avec sa famille pour lui assurer la meilleure prise en charge. © MaxPPP/Stéphanie Para

Ilyès Bendjouda n’est pas tout à fait comme les autres, atteint d’un trouble autistique léger, le petit garçon de 9 ans est également hyperactif. Deux traits de personnalité difficiles à appréhender pour ses enseignants, d’après ses parents à Reims. Pourtant d’après eux, il ne demande qu’à apprendre : "Lorsqu’il était plus petit Ilyés s’ennuyait dans sa classe, il allait donc dans celle supérieure pour apprendre l’alphabet et les chiffres, avec sa mère, c’est pareil, il écoute et comprend, même s’il prend du temps parfois pour le faire."

"Nous voulons qu’il ait accès aux connaissances comme les autres"

Siham Bendjouda - Mère d'Ilyès

Le problème vient du fait qu’Ilyés a dû changer d’école et dans celle-ci, il ne peut suivre les cours que quatre matins par semaine d’après ses parents. Parfois, il serait même livré à lui-même pendant ces heures d’école. "Lorsqu’il rentre à la maison, il chante des génériques de dessins animés qu’il ne regarde pas chez nous, nous avons vérifié et il les regarderait sur une tablette à l’école. Comme il est difficile de gérer son énergie, il est mis de côté et on l’occupe. Mais nous ne voulons pas que notre fils fasse de la garderie. Nous voulons qu’il ait accès aux connaissances comme les autres", explique Siham Bendjouda, la mère du petit garçon. 

Cette situation l’inquiète beaucoup avec son mari Messaoud : "C’est comme si tous les efforts que nous faisions pour lui faire l’école à domicile et le faire apprendre tombaient à l’eau quand il retourne à l’école, ce n’est tout de même pas normal. S’il ne peut pas travailler à l’école, il ne progressera jamais et il n’aura pas d’avenir !"

Fils d’immigrés algériens, le père d’Ilyès, Messaoud prend très à cœur l’éducation de ses trois enfants : "Mes parents étaient analphabètes, ils ne savaient pas lire, ni écrire le français, et l’arabe non plus. J’ai appris grâce à l’école comme ma femme dont les parents sont originaires de Tunisie. Si nous n’avions pas eu une bonne scolarité, nous n’aurions pas réussi à nous en sortir."

"C’est comme si on enlevait son fauteuil roulant les après-midi à un petit handicapé moteur."

Messaoud Bendjouda - Père d'Ilyès

Avant d'ajouter : "J’ai obtenu mon BAC et j’aimerais que mon fils ait cette chance. La devise de la France : "Liberté, égalité, fraternité", doit être respectée par l’éducation nationale. Je ne comprends pas qu’on délaisse mon fils les après-midi à cause de son handicap et de son léger retard mental. Au contraire, il devrait être plus encadré. C’est comme si on enlevait son fauteuil roulant les après-midi à un petit handicapé moteur. La seule solution pour qu’Ilyés progresse serait qu’il soit encadré par des professionnels qui s’occupent réellement de lui et l’aident à apprendre."

Les parents du petit Ilyès ont décidé de lui faire cours devant l'école ce jeudi 2 septembre 2021 pour protester contre son emploi du temps, ne lui permettant pas de suivre tous les cours.
Les parents du petit Ilyès ont décidé de lui faire cours devant l'école ce jeudi 2 septembre 2021 pour protester contre son emploi du temps, ne lui permettant pas de suivre tous les cours. © Messaoud Bendjouda

Pas de solution pour Ilyès ?

Plusieurs solutions ont été proposées sans succès au couple de Marnais. "Ilyès a d’abord été placé en classe pour les enfants en retard, mais il s’ennuyait et aller dans d’autres classes pour suivre les cours. On nous a ensuite accordé une aide à domicile, sauf que la jeune femme missionnée n’avait pas d’expérience, lorsque mes parents sont passés à l’improviste, ils ont constaté qu’elle avait enfermé Ilyès dans sa chambre et qu’elle regardait la télé dans le salon. On nous a également parlé de le mettre en IME, mais non seulement les places sont rares dans ces établissements, mais en plus les handicaps des enfants qui y sont, sont plus lourds que celui de notre fils. La seule solution reste donc l’école avec quelqu’un spécifiquement rattaché à notre fils et qui pourrait l’aider à évoluer et à apprendre", confie Siham Bendjouda

Face à cette situation, les parents d’Ilyés se disent démunis : "Nous avons tous les deux dû laisser nos emplois respectifs pour nous occuper de nos enfants. Ma femme a laissé tomber son CDI qu’elle avait depuis 15 ans et j’ai dû faire de même. Mais j’ai repris une activité depuis peu, sinon je n’aurai pas de retraite et j’aime travailler. "

Pour les parents d'Ilyès Bendjouda l'école ne prend pas assez en compte la maladie de leur fils et ne se montre pas assez inclusive.
Pour les parents d'Ilyès Bendjouda l'école ne prend pas assez en compte la maladie de leur fils et ne se montre pas assez inclusive. © Messaoud Bendjouda

Pour se faire entendre, Siham et Messaoud Bendjouda ont décidé ce jeudi 2 septembre 2021, d’aller devant l’école de leur fils pour lui faire l’école sur le trottoir, comme il ne pourra pas suivre les cours de l’après-midi, cette année encore. "C’est une action coup de poing qui nous l’espérons ferons réagir l’académie. Beaucoup de personnes se sont arrêtées pour nous demander pourquoi il n'était pas pris en charge par les APM, d'autres nous ont parlé de différences de traitements entre enfants autistes qu'ils ont pu constater au fur et à mesure des années. Nous sommes contents d'avoir suscité des réactions."

Les explications de l'éducatione nationale

Du côté de l’académie de Reims, l'école fait ce qu'elle peut pour prendre en charge Ilyès. L’inspecteur chargé de l’école d’Equiernolles précise : "Auparavant, Ilyès était en classe ULIS (unité localisée pour l'inclusion scolaire), c'est à la demande des parents que nous l'avons scolarisé dans une classe ordinaire."

"Si Ilyès suit des cours le matin seulement, c'est qu'en plus de l'enseignant de CE2 qui n'a pas nécessairement les compétences pour gérer le handicap de ce petit, nous avons une aide humaine, 100 % consacrée à Ilyès, grâce à la notification faite par la MDPH (maison départementale des personnes handicapées) seulement 12 heures par semaine, ce qui correspond à ces quatre matinées", rajoute l'inspecteur de l'académie.

Chargé de ce dossier depuis plusieurs années, il s'est déplacé ce jeudi pour prendre le temps de discuter avec les parents du petit garçon : "Je comprends la détresse et le sentiment de mise à l'écart que la famille peut ressentir. Malheureusement, les structures comme la cantine ou la bibliothèque municipale manquent d'adaptation pour accueillir un enfant handicapé comme Ilyès. Cette famille a donc le sentiment que nous ne donnons pas les mêmes droits à leur fils qu'aux autres enfants. Mais ce n'est pas le cas. Nous cherchons des solutions pour l'accompagner au mieux."
 

Une solution ?


Pour le moment, la notification MDPH (maison des personnes handicapées) indique qu'un placement en IME (institut médico éducatif) serait le plus approprié pour le petit Ilyès, ce que refuse la famille partiellement. "Hier, nous avons pu amorcer un dialogue et envisager une scolarité partagée soit la présence d'Ilyès à l'école le matin et en IME l'après-midi. Nous attendons la nouvelle notification de la MDPH pour savoir si cela sera possible", confie l'inspecteur d'académie.

"Il faut que tous les partenaires soient d'accord, nous faisons de notre mieux pour qu'Ilyès soit bien accompagné. Là-bas, il sera encadré par des éducateurs, des rééducateurs, des psychologues, des orthophonistes, tous les professionnels lui permettant d'évoluer dans les meilleures conditions. Je le garantis à sa famille, nous ne souhaitons pas l'abandonner, nous prenons son cas très au sérieux", conclut-il. 

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