Danse sur glace : portrait de Dania et Théo, 11 et 12 ans, couple prodige de patineurs

La pandémie de Covid-19 aura freiné leurs ambitions mais pas leur progression. Doublement surclassés, Dania Mouaden et Théo Bigot qui s'entraînent à Châlons-en-Champagne (Marne), ont remporté la dernière compétition nationale de la saison de danse sur glace début avril en Isère. 

Dania et Theo, deux jeunes patineurs sur glace pleins d'avenir s'entraînent à Châlons en Champagne dans la Marne.
Dania et Theo, deux jeunes patineurs sur glace pleins d'avenir s'entraînent à Châlons en Champagne dans la Marne. © Dania Mouaden

Six mois sans compétition n’auront rien changé à leur détermination. Face à des concurrents plus expérimentés, âgés de 3, 4, 5 ans de plus, Dania et Théo, deux jeunes patineurs de 11 et 12 ans, qui s'entraînent dans la Marne, à Châlons-en-Champagne, se sont imposés les 3 et 4 avril à la Coupe de Printemps de danse sur glace, à Villard-de-Lans en Isère. “Ils étaient vraiment grands, mais ils ne m’ont pas fait peur, plaisante Dania, la jeune Belfortaine d' 1,40m. On était concentrés sur notre prestation.” 

De la concentration, il en aura fallu à ce jeune duo de danse sur glace pour arriver à une telle performance. “Avec l’annulation des championnats de France minimes-cadets début mars, la Fédération a proposé aux jeunes inscrits sur listes ministérielles qui le peuvent de se retrouver pour ce tournoi”, indique leur entraîneure, Barbara Piton. Trois semaines de préparation seulement, 5h30 de route pour arriver dans le Dauphiné, et voilà les licenciés de Châlons sur la glace.

Jusqu’alors surclassés en minimes, ils ont été encore surclassés pour concourir dans la catégorie cadets. Une première. “J’avais sollicité deux juges après les vacances de février pour faire le point et voir si Dania et Théo pouvaient passer en cadets. Ils m’ont conforté dans cette voie et je leur ai demandé : qu’est-ce que vous voulez faire ? On est tous tombés d’accord pour y aller !”

“On ne pensait pas gagner”

Mais une fois sur place, les annonces d’Emmanuel Macron chamboulent l’organisation de cette Coupe de printemps. Confinement oblige le dimanche, les trois épreuves se déroulent sur un seul jour, le samedi. En tête après la première danse imposée -une valse-, ils se font ravir le leadership après la seconde -un quickstep. “On n’y allait pas avec un objectif de place, mais pour reproduire en compétition ce que l’on sait faire à l’entraînement, tempère Barbara Piton. On avait des objectifs sur l’interprétation, la connexion. Sachant qu’ils sont doublement surclassés, on essaye de chercher une qualité de patinage plus qu’un score.”

Mais ces efforts artistiques ont finalement payé. Leur danse libre toute en énergie sur “It’s Oh so quiet” de Björk, remaniée depuis leur dernière apparition en compétition, les distingue nettement de leurs autres concurrents. La journée s’achève avec une victoire haut la main. “Cela m’a fait du bien de retourner en compétition, on ne pensait pas arriver premiers, du coup j’étais hyper content, sourit Théo. La compétition m’avait beaucoup manqué, l’adrénaline, le stress”, complète Dania, venue pour atteindre la plus haute marche du podium. “Je l’avais préparée, je lui avais dit “attention tu ne seras peut-être pas première, ni deuxième... Après elle m’a dit, “au moins le podium ?”. Ce sont des compétiteurs et c’est très bien, mais il faut y aller étape par étape”, ajoute Barbara Piton.

 

La meilleure performance de l’année

“Je savais que le score était très bon puisqu’ils avaient trois points de plus que les meilleurs cadets de la Coupe d’automne en octobre, à laquelle ils concouraient encore en minimes ! C’est la meilleure performance de l’année de tous les couples. On était content de la prestation, ils ont fait le job.” Et pour leur première compétition cadets, le duo a frappé fort. Tous leurs éléments techniques ont été bonifiés par les juges. Avec une note de 5,25/10 en “performance” et de 5,17/10 en “interprétation”, ils sont l’un des très rares couples de patineurs de leur âge à dépasser la moyenne dans ces composantes artistiques dans l’histoire de la danse sur glace.

Ils ont fait une belle performance, par rapport aux autres je pense qu’ils sont sortis du lot, ils étaient réguliers, prêts physiquement, après c’est une histoire de goût.

Barbara Piton, entraîneure de Dania et Théo

"Cela a plu aux jurés, c’est peut-être un effet de surprise aussi. La barre va être placée encore plus haut. C’est bien de l’avoir fait une fois, mais le travail dans la durée est encore plus important.” D’autant plus que la marge de progression reste énorme. S’ils ont gagné, les Châlonnais n’ont pas atteint les niveaux techniques visés pour certains éléments de leur chorégraphie. De quoi retrouver la patinoire avec des objectifs, jusqu’à ce que le ministère des sports décide de l’arrêt complet des entraînements des jeunes sportifs de haut-niveau. 

Finalement, Dania, Théo et leurs camarades du pôle relève des sports de glace du Grand Est pourront reprendre les chemins de la glace à la mi-avril. Un nouveau rebondissement dans cette année où la crise sanitaire aura fait grandir ces enfants un peu plus vite. “Il y a eu des moments un peu difficiles moralement avec la Covid-19, relate Théo, dont les deux parents travaillent dans le secteur médical. Il y a eu une suspicion de covid, j’ai dû m’absenter du collège pendant 10 jours et je ne savais pas comment y retourner... Je me posais des questions sur cette situation, j’en ai parlé au préparateur mental.” 

La crise sanitaire, principale adversaire ?

Pour Dania, il a fallu se créer une nouvelle vie à Châlons. Elle a quitté Belfort pour rejoindre Théo, faire son entrée au collège, vivre à l’internat. “En tant que parents, ça a été assez compliqué parce qu’entre guillemets on a laissé partir notre fille à l’âge de 11 ans. C’est la petite dernière. Mais voilà c’est sa passion, on la suit tant bien que mal, explique Asma Mouaden, la mère de Dania. Tout est bien fait au niveau de l’internat, il y a un très bon suivi scolaire et à tous les niveaux. On ne l’a pas laissée partir à l’aventure. Tout fonctionne comme on le souhaitait.”

Entre félicitations et encouragements, les résultats scolaires du duo suivent leurs résultats sportifs. Contrairement au confinement du printemps 2020, Dania et Théo ont pu continuer à s’entraîner. “On a beaucoup évolué par rapport à l’année dernière, reconnaît la collégienne. On s’entend trop bien avec Théo !” Avec deux entraînements d’une heure par jour, après deux années à patiner ensemble, les progrès sont vite arrivés

“On a fait un gros travail de base sur la propreté technique, la connexion. Le placement du bassin, la propreté des retournements”, détaille leur entraîneure et ancienne patineuse internationale.

Vidéo : nous avions rencontré le jeune couple à l'entraînement à Châlons-en-Champagne. 

Objectif juniors

La saison terminée, les yeux sont désormais rivés sur la prochaine. La recherche de nouvelles chorégraphies et donc de nouvelles musiques débute. En juillet 2021, le couple prodige participera à la Coupe d’été. “Ce n’est pas un tournoi, il s’agit de montrer les nouveaux programmes aux juges, pour savoir si on est dans la bonne direction ou pas.” Puis viendront les cinq semaines de vacances avant un retour sur la glace fin août. “On va commencer à travailler les éléments pour faire une entrée en juniors, mais il ne faut pas aller trop vite. Il va y avoir l’adolescence à gérer !”, précise Barbara Piton. Pas de quoi inquiéter Dania et Théo qui gardent le même objectif : "être champions du monde, évidemment".

 

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