Covid-19 : un médecin généraliste en colère a décidé de vacciner ses patients avec des demi-doses, décision controversée

La Direction Générale de la Santé a pris, dimanche 7 mars, une décision qui a suscité de très vives réactions chez les généralistes. "Pour permettre à chaque pharmacie de commander un nombre minimale de doses", la D.G.S. demandait aux médecins de ne pas passer commande de flacons, cette semaine. 

Le Docteur Jean-Yves Schlienger considère qu'on a volé des doses aux généralistes.
Le Docteur Jean-Yves Schlienger considère qu'on a volé des doses aux généralistes. © Dr Jean-Yves Schlienger.

Le Docteur Jean-Yves Schlienger est installé depuis 1996, à Cormicy, dans la Marne. Il exerce dans une maison médicale qui regroupe trois médecins, trois infirmières, deux sages-femmes, un psychologue, quatre kinésithérapeutes et une podologue. Il est aussi membre de la Fédération des Médecins de France, dont le président d'honneur, Jean-Paul Hamon est entré en rage quand cette annonce a été faite.

Le médecin marnais, très en colère lui aussi, a pris une décision. Depuis, il vaccine contre la Covid-19 avec des demi-doses, pour la première injection. "Le fait que le Gouvernement avait décidé de nous voler nos doses, amenait à décaler les rendez-vous qui avaient déjà été pris. C'était beaucoup de temps pour la secrétaire. Je savais qu'Astra Zeneca s'était aperçu qu'une demi-dose était plus efficace, alors je les ai appelés en Angleterre". Le Docteur Schlienger a alors compris qu"injecter des doses entières, c'est plus intéressant pour le chiffre d'affaires". Sa décision était prise. Il utilise donc des demi-doses.

On a appris aux pharmaciens à vacciner. Mais que se passera-t-il en cas de choc anaphylactique, si une réanimation est nécessaire ? Ils appelleront le 15 ?

Docteur Jean-Yves Schlienger, généraliste à Cormicy, dans la Marne.

Après la défiance, on enregistre une impatience à se faire vacciner, selon le Docteur Jacques Lorentz.
Après la défiance, on enregistre une impatience à se faire vacciner, selon le Docteur Jacques Lorentz. © FTV

Les patients sont d'accord

Le généraliste marnais a, bien évidemment, présenté à ses patients les études d'Astra Zeneca qui montraient que les demi-doses étaient plus efficaces. Personne n'a alors souhaité annuler son rendez-vous. Un peu de fièvre, quelques courbatures, pour l'un d'eux, ont été réglés avec du doliprane. Le Docteur Jean-Yves Schlienger précise : "Ca fait une semaine où on n'a rien". Il y a deux semaines, le praticien a récupéré un flacon, puis deux. "Mais grâce aux seringues, on peut faire des doses supplémentaires en mélangeant les produits d'un même lot".

"On est quand même gouverné par des …", le généraliste ne termine pas sa phrase, mais on comprend qu'il est très critique. Il n'est d'ailleurs pas tendre avec le Directeur Général de la Santé, Jérôme Salomon. "C'est ce mec qui a détruit les masques, qui n'en a pas recommandé, qui a dit que ça ne servait à rien. Ce sont des menteurs. Les Français ont tous compris". La décision de la Direction Générale de la Santé a donc provoqué une levée de boucliers. Elle est jugée "ubuesque", "ahurissante", "stupide".

Depuis le 19 janvier 2021, le "Vacci'Bus" permet d'aller vacciner dans les 46 communes de moins de 250 habitants du Grand Reims.
Depuis le 19 janvier 2021, le "Vacci'Bus" permet d'aller vacciner dans les 46 communes de moins de 250 habitants du Grand Reims. © Grand Reims

On est passé de la défiance à l'impatience, pour la vaccination.

Docteur Jacques Lorentz, Président du Conseil de l'Ordre des Médecins de la Marne.

Vers un mot d'ordre national ?

Depuis que le message de la Direction Générale de la Santé est arrivé dimanche 7 mars à 22 heures 06, le Docteur Jean-Paul Hamon ne décolère pas. Le Président d'honneur du syndicat de la Fédération des Médecins de France dénonce. "On ne peut pas laisser démarrer une campagne de vaccination, puis interdire de vacciner la semaine suivante. Cette décision a été la goutte de trop. Le jeudi précédent, à 15 heures, on avait organisé à Clamart, la mobilisation de 24 médecins et de 24 infirmières. On nous avait annoncé 3.800 doses. Au final, on en a reçu 760. C'est insupportable. C'est les désordre permanent, le mépris permanent".

Aujourd'hui, le Président d'honneur du syndicat F.M.F. plaide pour la vaccination avec une demi-dose. Un mot d'ordre national en ce sens est à l'étude. "Je l'ai demandé au conseil d'administration du syndicat. Sa décision pourrait intervenir en fin de semaine. Les médecins sont tellement remontés après s'être impliqués dans 'l'opération de com' du gouvernement, qu'était cette campagne de vaccination du week-end dernier. Le message de dimanche soir a été reçu comme une douche froide".

 

"Le médecin marnais a tout à fait raison"

Le Docteur Jean-Paul Hamon estime qu'on pourrait vacciner plus. Il juge intéressante l'attitude de son confrère marnais d'utiliser des demi-doses. "Il a tout à fait raison. Il est très engagé. C'est un type génial. Après le communiqué de la Direction Générale de la Santé, j'ai reçu des tas d'appels. Les médecins voulaient tout envoyer péter. Que Salomon vaccine !"

Le président du syndicat F.M.F. rappelle que depuis le début de la pandémie, 16 médecins sont morts et 2.600 ont été contaminés. Amer, il souligne aussi qu'au début de la crise sanitaire, ses confrères n'étaient pas prioritaires pour les masques FFP2.

Vaccination imminente...
Vaccination imminente... © Vincent Ballester, France Télévisions

Mais "une attitude contre-productive pour le conseil de l'ordre"

Le Docteur Jacques Lorentz est généraliste à la retraite. Il exerçait à Ville-en-Tardenois, dans la Marne. Aujourd'hui, il vaccine beaucoup. Il fait partie de ceux qui ont mis en place le Vacci'Bus qui sillonne le département. Il est aussi Président du Conseil de l'Ordre des Médecins dans la Marne. Que fera l'Agence Régionale de Santé, face à cette situation, il l'ignore. Il rappelle simplement qu'à Strasbourg, un médecin qui délivrait des certificats, pour non port de masque, a été suspendu. "C'était une attitude dangereuse", dit-il. "La situation actuelle est différente, mais c'est contre-productif".

Pour le Président du Conseil de l'Ordre des Médecins de la Marne, la tension, sur l'offre de vaccins ne justifie pas une telle position. Il considère que c'est de nature à semer le doute chez les gens pas convaincus. Face à la crise sanitaire, il plaide pour une union sacrée. "Ce choix est contraire aux recommandations de Santé Publique France", indique le Docteur Jacques Lorentz qui renvoie à "La Brève" de début mars de l'Ordre Nationale des Médecins. "On nous a dressé les uns contre les autres, avec les pharmaciens. C'était une erreur d'interprétation".

Partout, on attend des doses de vaccin.
Partout, on attend des doses de vaccin. © Yves Quéméner, France télévisions

 

Tirer la charrue du même côté

Si le Président du Conseil de l'Ordre n'évoque pas de sanction à l'égard de son confrère, il indique tout de même qu'il lui fera savoir ce qu'il pense de sa décision d'utiliser des demi-doses. "Des remarques s'imposent" dit-il. Il rappelle que face à l'urgence épidémique, la majorité des pays recommandent l'injection de deux doses. "En ce moment, il faut tirer la charrue du même côté, insiste-t-il.  Les patients risquent de ne pas être immunisés, correctement. Il faut maintenir la deuxième dose".

Quant au point de mélanger des fonds de flacons, le Docteur Jacques Lorentz, précise que cela peut poser des problèmes au niveau de l'asepsie. Ce n'est pas recommandé, à cause des manipulations multiples. "On est passé de la défiance à l'impatience, pour la vaccination", explique-t-il. "Ce n'est pas le moment de semer le doute".

Un flacon pour la prochaine semaine

Le Docteur Jean-Yves Schlienger regrette amèrement de n'avoir qu'un flacon à sa disposition pour les tout prochains jours. Lorsqu'on lui fait remarquer que l'on pourra alors se faire vacciner chez un pharmacien, il met en garde. "On a appris aux pharmaciens à vacciner. Mais que se passera –t-il en cas de choc anaphylactique, si une réanimation est nécessaire ? Ils appelleront le 15 ? Moi j'ai l'adrénaline nécessaire, en cas de choc".

En tout cas, le généraliste de Cormicy voit mal comment le Conseil de l'Ordre pourrait le sanctionner.

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