Législatives 2022 : les "petits" candidats tentent de se démarquer en cette fin de campagne

Le premier tour des élections législatives 2022 a lieu dimanche 12 juin. En Champagne-Ardenne, au total 118 candidats s'affrontent dans les 13 circonscriptions. En dehors de la NUPES, d'Ensemble, du RN ou des Républicains, les "petits" candidats tentent de se démarquer pour convaincre.

Aucun nom, aucun visage mais plutôt un volatile. Le Parti animaliste a choisi pour son affiche commune à tous ses candidats aux élections législatives un caneton. Après un chaton ou un chien, c'est cette fois-ci un animal d'élevage qui a été sélectionné. "L'affiche est la même pour tous les candidats. Ce n'est pas le candidat le plus important mais c'est la cause animale. On ne demande pas aux gens de voter pour nous, mais de voter pour une cause, pour défendre les animaux", explique Rémy Cruz, candidat du Parti animaliste dans la 4e circonscription de la Marne. 

La formation née en 2016 dispose de moyens financiers limités et compte moins de militants que les partis plus traditionnels. Elle doit donc se concentrer sur l'essentiel. Pour des raisons de coût, sa profession de foi est commune pour tous les candidats, et est uniquement disponible en numérique. Elle n'est pas dans les enveloppes envoyées à chaque électeur. "Je veux rassurer les électeurs en leur disant qu'il y aura bien dans les bureaux de vote un bulletin du Parti animaliste", insiste Rémy Cruz.

"C'est vrai qu'on n'a pas la même force que les grands partis politiques, mais on a une grande détermination. C'est ce qui nous porte. Peu importe si on n'a pas les mêmes moyens financiers et logistiques que les grands partis, plus on parle de cette cause animale, plus on peut faire évoluer les mentalités", explique le candidat.

Le parti présente 8 candidats dans les 13 circonscriptions de Champagne-Ardenne. Le candidat de la 4e circonscription de la Marne tente de se démultiplier pour convaincre. "J'ai fait le marché de Châlons, de Sainte-Ménehould, de Mourmelon, du Boulingrin pour rencontrer les gens, leur expliquer le programme du Parti animaliste. Ça demande beaucoup d'énergie, mais c'est une belle aventure et je n'en suis pas déçu", raconte Rémy Cruz.

Notre volonté, c'est d'avoir des élus. On sait qu'il n'est pas facile d'avoir des élus quand on a est un petit parti. Pour autant, le plus important pour nous c'est de parler de la condition animale, de la maltraitance, de l'exploitation animale que l'on voit dans la chasse, dans la surpêche, dans l'expérimentation animale.

Rémy Cruz, Parti animaliste

Rémy Cruz, qui présente son parti comme "transpartisan, et de droite et de gauche", défend comme principale mesure "d'avoir un ministère de la condition animale ou un secrétariat d'État à la condition animale, qui ne dépende pas du ministère de l'Agriculture ou du ministère de la transition écologique. Ce ministère pourrait porter beaucoup de projets."

"Nous ne sommes pas des politiciens professionnels"

Thomas Rose, candidat pour Lutte Ouvrière dans la 2e circonscription de la Marne, a une expérience plus grande des campagnes électorales. Militant depuis 1986, il a déjà participé à de nombreux scrutins. Son parti présente des candidats dans les 13 circonscriptions de Champagne-Ardenne.

"On est présent partout sur le territoire parce qu'on veut représenter ce courant communiste révolutionnaire qui pense que la société va chaque jour un peu plus dans le précipice et que l'humanité pourrait vivre bien mieux et plus dignement dans une autre société", nous explique-t-il. "Nous n'avons pas eu de problème pour avoir des candidats, nous avons bien entendu des forces militantes suffisantes pour cela."

"On a très peu accès aux médias. Donc on compense avec des actions de terrain. Mais bien sûr qu'on aimerait faire entendre davantage notre message [...] On fait une campagne de terrain comme tout le monde. On va sur les marchés, on colle des affiches, on fait du porte à porte, on discute. Nous sommes tous des travailleurs, nous ne sommes pas des politiciens professionnels", précise-t-il. "Nous avons tous un boulot donc on fait dans la mesure de nos moyens, on essaie de discuter de nos idées politiques, de notre campagne, de celle portée par Nathalie Arthaud lors la présidentielle. C'est le même programme, les mêmes idées que nous défendons aujourd'hui."

Alors que les Français sont touchés par l'inflation des prix par exemple de l'alimentation ou des carburants, le militant estime que le discours de défense des travailleurs défendu par son parti est entendu par certains.

On défend des axes forts. On pense qu'il faut indexer les salaires, les allocations, les pensions sur les prix. Et pas des mesurettes comme tel chèque énergie, telle allocation supplémentaire.

Thomas Rose, Lutte ouvrière

À l'inverse de certains candidats qui mettent en avant des questions locales lors des législatives, Lutte ouvrière se concentre sur des propositions communes dans l'ensemble des circonscriptions. "'Faire du localisme ressemble parfois à du clientélisme", pointe Thomas Rose. Pour lui, il faut reconsidérer la place des travailleurs. "On a vu au moment du confinement que ce sont les travailleurs qui font fonctionner la société. Dans toute cette période, s'il y avait bien une catégorie qui me servait à rien, c'était les capitalistes. On pense que les travailleurs ont la capacité collective de gérer la société bien mieux qu'elle est gérée aujourd'hui", affirme-t-il.

"Je veux que l'Assemblée nationale soit représentative du peuple"

Dans la 1re circonscription de la Marne, Corentin Dejoie est le benjamin des candidats. L'étudiant en droit de 19 ans se présente sous l'étiquette des Patriotes, le mouvement fondé par Florian Philippot. Il n'était pas encore majeur quand il a décidé de militer au sein du parti. "J'ai rejoint Florian Philippot en 2020. J'ai quasiment tout de suite candidaté au poste de référent parce que je voulais aider. J'ai été nommé en quelques semaines. J'essaye de mettre en avant notre parti et nos idées", raconte-t-il.

Il met en avant notamment son opposition à l'Union européenne et la privation de libertés vécue pendant le confinement comme moteurs de son engagement. Sa campagne pour ces législatives passe par les mêmes figures imposées que les autres candidats. "On procède à des collages d'affiche. On fait les panneaux officiels en priorité, et après on va coller des affiches aux alentours. On va bien sûr à la rencontre des électeurs sur les marchés, pour évoquer notre programme pour la France et pour la circonscription. J'ai aussi sollicité des maires, on a fait des réunions publiques", liste-t-il.

Lorsqu'on l'interroge sur la difficulté de se distinguer des candidats Rassemblement national ou Reconquête auprès des électeurs, il corrige immédiatement : "On n'est vraiment pas du même bord politique. On a tendance à nous classer du même côté, mais on se revendique vraiment souverainiste. On est vraiment d'une opposition farouche à l'Union européenne."

Même s'il assure qu'il n'a pas obtenu l'investiture en raison de son âge, sa jeunesse lui permet de se distinguer face aux huit autres prétendants dans sa circonscription. "C'est assez étonnant de voir un jeune qui se présente aux élections législatives, mais c'est aussi une force. Je n'y vais pas pour le poste, j'y vais pour mes convictions […] Je veux que l'Assemblée nationale soit représentative du peuple", indique Corentin Dejoie.

Quand on l'interroge sur une proposition marquante, il pointe "en plus de tout ce qui est dans la profession de foi" la mise en place d'une permanence parlementaire à l'écoute des citoyens. "La première chose que je ferai, c'est tout simplement remettre la démocratie au cœur de nos territoires. Si les électeurs m'en confient le mandat, j'installerai une permanence qui sera ouverte à tous. Elle sera gérée par mes assistants parlementaires et moi-même."

"Si on veut représenter et défendre notre territoire, on ne peut pas être encarté"

En Haute-Marne, Théo Caviezel, 25 ans, se présente dans la 1ère circonscription sans étiquette politique. Et il en fait son argument politique principal. "Je porte une vision, un projet bien plus qu'un programme", précise-t-il. "En Haute-Marne, sur 400 communes, 175 000 habitants, on n'a que deux députés. Si on veut représenter et défendre notre territoire, on ne peut pas être encarté, on ne peut pas être un élu dit national. Les habitants qui nous élisent ont des problématiques totalement différentes d'un village à l'autre, d'un bassin de vie à l'autre. On se doit nous-même de fédérer, de parler au plus grand nombre et d'être présent sur le terrain."

L'an dernier, le jeune homme avait fait parler de lui en faisant un tour de la Haute-Marne à vélo, à la rencontre des habitants. "Ce tour de la Haute-Marne m'a permis de voir qu'on manquait de vrais ambassadeurs et de vrais porte-paroles [...] Le tour du monde de la Haute-Marne n'a pas été initié du tout dans un but politique. Ça a été fait très naïvement", affirme-t-il.

J'ai besoin de me sentir utile tous les jours, de me battre pour quelque chose qui nous dépasse

Théo Caviezel, candidat sans étiquette

Le natif de Langres a été pendant quelques temps assistant parlementaire de Bérangère Abba, la députée sortante. "J'ai très vite démissionné parce que ça représente tout ce que je ne souhaite pas pour nos territoires ruraux et la Haute-Marne […] Ça me permet d'affirmer aujourd'hui qu'un député indépendant a plus sa place que jamais. Les partis politiques bouffent nos députés."

Il a lancé sa campagne très tôt, dès le mois de mars. "Je ne roule pas sur l'or. Donc je n'ai pas fait d'apport personnel. J'ai compté sur le don des Haut-Marnais. Je n'ai demandé d'argent à personne et j'ai quand même récolté plus de 4 500 euros pour faire campagne", raconte Théo Caviezel. Les moyens plus limités dont il dispose ne l'empêchent pas de multiplier les rencontres dans la circonscription, au point de susciter selon lui des attaques de la part des autres candidats qui trouvent qu'il est un peu trop partout ,"mais c'est parce qu'ils n'arrivent pas à être partout", dit-il.

Ces derniers jours, il s'est attelé avec son équipe à coller son affiche sur tous les panneaux électoraux officiels. "Je suis le seul des candidats actuellement à être collé dans 100 % des villages". Aux législatives, contrairement à la présidentielle, un prestataire n'est pas chargé de l'affichage devant tous les bureaux de vote. C'est aux candidats et à leurs équipes de le faire.

"Je montre qu'on peut s'en sortir sans parti, qu'on peut fédérer, lever des fonds sans parti." Il espère convaincre les abstentionnistes de se déplacer aux urnes et créer la surprise face aux partis plus installés. "Il va y avoir un choix en fait à faire en Haute-Marne et dans notre ruralité. Demain, on a l'opportunité d'élire le plus jeune député de l'histoire de la Haute-Marne et je pense que c'est un vrai signal à envoyer."

Il ne défend pas de programme précis. S'il est élu, il veut être le porte-voix des habitants et "remettre le député dans ce qu'il est historiquement : le représentant du peuple. Ça ne peut pas être plus clair." Le premier tour des élections législatives a lieu dimanche 12 juin. Le second tour le 19 juin.

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