Marne : face à la montée de la précarité alimentaire, la Banque Alimentaire maintient sa grande collecte nationale

Tous les ans, fin novembre, les bénévoles de la Banque Alimentaire sollicitent les clients dans les grandes surfaces. Cette année, du 27 au 29 novembre, la grande collecte aura bien lieu, malgré le confinement. Une décision qui s’impose, car il va falloir tenir. Les besoins explosent.
 
Avec la crise sanitaire et ce second confinement, dans de nombreux domaines, les annulations se multiplient. Mais, ce mercredi 4 novembre, le Conseil d’Administration Fédéral de la Banque Alimentaire a décidé d’organiser, cette année encore, sa grande collecte nationale. Les bénévoles seront donc au rendez-vous dans les supermarchés, hypermarchés, du vendredi 27 novembre au samedi 29 novembre.

En effet, si la ramasse quotidienne se poursuit auprès des grandes surfaces, il est plus que jamais indispensable de reconstituer les stocks des Banques Alimentaires. La précarité ne cesse d’augmenter. Bernard Caillat, Président de la Banque Alimentaire de la Marne et Administrateur Fédéral le confirme : « Cela a explosé, ces derniers mois, d’environ 10 à 15%. Heureusement, mardi 3 novembre, le Ministre des Solidarités et de la Santé, Olivier Véran, le Ministre de l’Agriculture, Julien Denormandie et le Secrétaire d’Etat aux Affaires Européennes, Clément Beaune ont annoncé que pour la période 2021-2027, les crédits alimentaires européens seront augmentés ». Avec cette hausse, ces fonds représenteront 869 millions d’euros.

Une collecte record en 2018

« Depuis 1987, où nous sommes installés dans la Marne, lors des collectes, nous récupérons, en moyenne, 110 tonnes de produits auprès des consommateurs, chaque année », poursuit Bernard Caillat. «  Ce n’est pas neutre, c’est même indispensable car cela représente 8% de nos besoins pour approvisionner les associations. Nous travaillons avec les Centres Communaux d’Action Sociale du département, la Croix Rouge, Emmaüs, l’Armée du Salut mais aussi l’Entraide Protestante et les épiceries sociales. On nous avait dit qu’avec le mouvement des gilets jaunes, on risquait de devoir faire face à une baisse de la collecte. En fait, il n’en a rien été. On a battu un record. On a rentré 118 tonnes de produits. Cette fois encore, on espère que ça va marcher. Actuellement, les gens travaillent. Ca profite à l’économie, mais les difficultés financières augmentent. On le constate, les gens jonglent avec les aides de l’Etat, sur le logement, l’électricité...mais on doit accompagner les personnes pour une survie alimentaire minimum. Et ça ne va pas s’arranger. Cela se délaye dans le temps. On va le ressentir plus tard ».

La Banque Alimentaire est donc plus que jamais mobilisée, mais la crise sanitaire entraîne également le retrait provisoire de quelques bénévoles fragiles. C’est une difficulté supplémentaire à gérer.


Il va falloir tenir

« Tous les matins, dans le département de la Marne, cinq camions et une camionnette font le tour des hypermarchés et supermarchés qui nous apportent leur aide au quotidien. On a des conventions avec les associations. Certaines vont directement récupérer les denrées dans les magasins. Ca devient difficile pour les produits à durée courte, à cause de la loi Garot de février 2016, qui concerne la lutte contre le gaspillage alimentaire. Depuis la mise en place de cette loi », qui fait de la France le pays probablement doté de la plus forte législation en ce domaine, « la ramasse est moins forte. Il y a nécessité à récolter en priorité des produits secs comme le riz, la farine, mais aussi des produits cuisinés à conservation longue, pour tenir. Sans compter qu’avec cette crise », explique le Président de la Banque Alimentaire de la Marne, « les hypermarchés gèrent au mieux. Il y a moins de commandes, et donc moins de pertes. »
 

Les hypermarchés toujours présents

Fabienne Jenny est directrice de l’hypermarché Cora de Cormontreuil. « Chaque année, on collecte 27.900 kilos de denrées alimentaires pour la Banque Alimentaire. C’est pour nous un engagement citoyen. C’est vrai qu’avant, on donnait plus, mais aujourd’hui, on ne jette plus. On peut vendre des produits arrivés à date. En même temps, c’est bien pour les clients qui sont en difficulté. A la Banque Alimentaire, on donne des produits abîmés, des produits secs, aussi. Tout ce qu’on peut donner est pour eux. On les a toujours accompagnés. C’est historique… Selon leurs besoins, on peut aussi leur laisser des produits d’hygiène de première nécessité et des produits pour bébé. On accompagnera la grande collecte de la fin du mois de novembre, en magasin et au drive ».

A Saint-Brice-Courcelles, Priscilla Kesler, directrice commerciale du Centre Leclerc confirme, elle aussi, le don, chaque jour, de produits secs, mais aussi de fruits et de légumes, dans le respect de la chaîne du froid. « Toutes nos équipes sont sensibilisées à cette question pour être dans l’état d’esprit de donner. Quatre mille kilos de denrées sont ainsi donnés chaque mois. L’an dernier, on a donné quatre tonnes et demi de marchandises, l’équivalent de huit mille neuf cent quatre- vingt douze repas. On a également distribué des gants et des masques à une trentaine d’associations. On accueillera évidemment les bénévoles de la Banque Alimentaire, à la fin du mois, pour leur grande collecte, en respectant le protocole de sécurité sanitaire. »


Des hangars vides

Remplir au plus vite les réserves de la Banque Alimentaire de la Marne de marchandises, c’est le vœu le plus cher de Bernard Caillat, son Président. « L’Etat nous accompagne. La grande distribution aussi, et les consommateurs sont nombreux à nous suivre lors des grandes collectes. Mais ceux qui ne pourraient pas répondre à notre appel des 27, 28 et 29 novembre peuvent aussi nous adresser un chèque, à l’ordre de la Banque Alimentaire de la Marne. Nous leur adresserons une attestation fiscale qui leur permettra d’obtenir une réduction d’impôt ». L’inquiétude de Bernard Caillat est bien réelle. Il a à l’esprit en permanence le slogan de la Banque Alimentaire : «  Ensemble, aidons l’homme à se restaurer. » C’est sa mission auprès des plus démunis.
 
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