Alcool et confinement : "on essaie de gérer et diminuer les risques", confie une addictologue

Les centres de consultation étant fermés, le pôle d’addictologie de la Marne s’organise pour multiplier les permanences téléphoniques. Si le confinement peut être un facteur de rechute, les professionnels s’inquiètent aussi de toute tentative isolée d’arrêt brutal de l’alcool.

La priorité est de ne pas laisser les personnes souffrant de dépendance sans conseils.
La priorité est de ne pas laisser les personnes souffrant de dépendance sans conseils. © Christophe D'Amiens D'Hébécourt / France Télévisions
La consommation d’alcool en France va-t-elle augmenter avec le confinement ? Trop tôt pour le dire,  mais la situation des  personnes dépendantes ou anciennement dépendantes préoccupe les professionnels de santé. Désormais fermées au public, les différentes structures d’aide doivent se réorganiser. Et proposer d’autres services. « On multiplie les accueils téléphoniques et on s’apprête à lancer des visites à domicile pour les plus fragiles», explique le Dr Bertin-Leutenegger, chef du pôle d’addictologie à l’Etablissement Public de Santé Mentale (EPSM) de la Marne.  Une cellule de crise a été mise en place. 
 

« Penser à des choses positives, être dans l’action » 

Une évidence : les personnes qui sortent de l’alcool - ou de tout autre dépendance - sont fragilisées par un confinement par nature anxiogène. Le risque de rechute est là. « Lors des appels, nous évaluons le « craving », l’envie d’alcool. Nous redonnons des méthodes pour gérer les émotions négatives. Cela peut passer par la respiration, penser à des choses positives, ou être dans l’action. Lire, cuisiner… chacun a sa propre stratégie », explique le médecin. Bien souvent, les angoisses professionnelles prennent aussi le dessus alors que l'activité économique est au plus bas. Des assistantes sociales se relaient donc au téléphone, au même titre que les médecins, psychologues et infirmiers. 
 
Le Dr Bertin, micro en main, lors de la Journée d'addictologie du Grand Est, en novembre dernier, à Reims.
Le Dr Bertin, micro en main, lors de la Journée d'addictologie du Grand Est, en novembre dernier, à Reims. © Document remis

Pour celles et ceux qui consomment encore, la confinement peut-être « un facteur d’aggravation de la dépendance», selon le Dr Bertin-Leutenegger, qui pointe le rôle primordial de l’entourage. « Le confinement ne se vit pas de la même manière selon les différents facteurs socio-économiques. Les plus isolés nous inquiètent »  explique-t-elle. D’où les visites à domicile, en particulier pour répondre aux risques de suicides. 
 

L'arrêt brutal, danger mortel 

Autre danger identifié par les professionnels en ces temps de confinement : l’arrêt brutal de la consommation, hors de tout soutien médical. Dans le cas de l’alcool ou des tranquillisants, ces sevrages « sauvages » peuvent causer delirium tremens (syndrome lié au manque) et crises convulsives potentiellement mortels. Autant dire que l’abandon total du produit n’est pas la priorité du moment.

On essaie actuellement de gérer et diminuer les risques. L’enjeu, c’est de contrôler  sa consommation pour qu’elle soit la moins délétère possible. Il faut la lisser sur la journée
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Dr Bertin-Leutenegger, chef du pôle d’addictologie de l'EPSM de la Marne
 

Ainsi, la responsable du pôle d’addictologie de l’EPSM de la Marne pointe « la fausse bonne idée » du préfet de l’Aisne. Celui-ci avait interdit, mardi 24 mars, l’alcool sur le département. Alerté par le corps médical, il a fait machine arrière quelques heures plus tard. Tout risque supplémentaire de surcharge des urgences est à éviter ces jours….
 

Et pour le reste de la population ? 

Quid de l'alcool dit "festifs" en ces temps troublés ?  Les « apéro skype » où chacun se retrouve avec son verre devant son écran d’ordinateur  inquiètent peu la praticienne. «Ils se multiplient avec le confinement c’est vrai, mais les jeunes sont souvent en famille. Il y a sans doute moins de risques d’ivresse ».

En cette période peu ordinaire, chacun doit néanmoins être vigilant à sa consommation. « L’alcool a une fonction anxiolytique. Il faut repérer si sa consommation augmente. L’alcool ne peut être Ia réponse à l’angoisse. Il faut pratiquer une activité physique modérée à l’intérieur. Et multiplier les contacts sociaux. Des structures d’écoute existent sinon pour les gens anxieux»
 
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