Ce qu'il faut savoir sur Eric de Moulins-Beaufort, le nouveau président de la Conférence des évêques de France

Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort / © Vincent Isore - MaxPPP
Monseigneur Eric de Moulins-Beaufort / © Vincent Isore - MaxPPP

Les évêques de France réunis à Lourdes ont élu ce mercredi 3 avril 2019 leur président. Eric de Moulins-Beaufort l'archevêque de Reims, succède à Georges Pontier, archevêque de Marseille, dans un contexte difficile pour l'Eglise de France.

Par Florence Morel et Matthieu Mercier

Le choix était attendu par les catholiques et il va résonner aussi sur le plan politique, au-delà du cercle des croyants. L’archevêque de Reims, Eric de Moulins-Beaufort a été élu président de la Conférence des évêques de France (CEF) ce mercredi 3 avril 2019 pour un mandat de trois ans. Il succède à Georges Pontier, archevêque de Marseille, âgé de 75 ans. C’est la première fois qu’un archevêque de Reims est élu à cette fonction.

Il entamera son mandat à compter du 1er juillet, entouré de deux vice-présidents, l'évêque de Belfort-Montbéliard et celui du diocèse d'Amiens. Ouverture vers les musulmans, amateur des réseaux sociaux... portrait en quatre points d'un nouveau président ancré dans son époque.
 

Un parcours prestigieux

Évêque auxiliaire de Paris de 2008 à 2018, cet homme d'Eglise âgé de 57 ans a été président de la Commission doctrinale des évêques de France depuis 2013, il est aujourd'hui en charge d'un diocèse qui couvre les départements de la Marne et des Ardennes. Prêtre depuis 1991, fils d’officier passé par Sciences-Po, il a longtemps côtoyé le cardinal André Vingt-Trois, archevêque de Paris, dont il a été secrétaire particulier. 
 

Un prêtre engagé contre la pédophilie au sein de l'Eglise

Cette élection intervient alors même que le "primat des Gaules", Philippe Barbarin, cardinal archevêque de Lyon a présenté sa démission au pape suite à l'affaire Preynat. Les affaires de pédophilie au sein de l'Eglise ont ainsi jeté un trouble dans la société et parmi les fidèles. L'archevêque de Reims a d'ailleurs livré sa vision de cette sombre actualité sur sa page Facebook et sur le site Internet du diocèse de Reims. Il n'hésite pas à dénoncer vigoureusement ces actes. Pour lui "le travail de vérité que l’Église doit vivre concerne tous ses membres et est un service à rendre à l’humanité."

Dans la nouvelle revue théologique, il publiait en 2018 un texte intitulé "Que nous est-il arrivé? De la sidération à l'action devant les abus sexuels dans l'Eglise". Sans concession, il y affirme que "les responsables de toutes les institutions doivent désormais parler et agir afin que les générations à venir puissent connaître des relations ajustées dans la vérité."

"Je peux me représenter que ce que vous découvrez au fil des semaines depuis cet été, s’ajoutant à bien d’autres faits révélés auparavant, suscite en vous du dégoût et du découragement. Rien ne nous préparait à devoir un jour regarder l’Église catholique comme un lieu du mal commis sur des enfants ou des adolescents, du mal dissimulé, camouflé, non traité. Je suis baptisé depuis 1962, prêtre depuis 1991, évêque depuis 2008 : rien ne m’avait laissé même pressentir que j’aurai à constater tant de faits graves et inadmissibles commis par des prêtres à l’encontre de ceux et de celles qui leur étaient confiés".

Rien ne me permettait d’imaginer que les autorités de l’Église pouvaient s’être montrées si peu attentives, si peu responsables, si peu soucieuses de tout tirer au clair face à de tels faits.
Eric de Moulins-Beaufort

Dans son texte rendu public, il évoque "la volonté du pape à faire sortir l’Église des attitudes, des pratiques, des silences, des ombres, qui ont rendu possibles non seulement les crimes et les délits dont il est question mais aussi que ceux-ci ne soient pas vraiment repérés, nommés, jugés, que leurs auteurs ne soient pas sanctionnés et que leurs victimes ne soient pas écoutées et consolées". Pour l'Eglise, ajoute-t-il, la collaboration avec les autorités judiciaires doit être sans faille. "Il est des situations que ces autorités ne peuvent sanctionner. Elles ne sauraient faire échapper à l’œuvre de vérité nécessaire".

Sa nouvelle charge de président de la conférence des Evêques de France lui confère désormais une mission d'envergure. Redonner à l'Eglise de France, aux victimes des prêtres auteurs de ces actes pédophiles en particulier, aux fidèles et auprès de l'opinion publique une nouvelle légitimité, bien entamée, par des actions concrètes pour répondre à cette crise. Le tout, sans oublier Reims et les Ardennes, a-t-il promis ce jeudi matin.

Voir ici l'interview qu'Eric de Moulins-Beaufort nous avait accordé lors de sa prise de fonction.

 

Un prêtre qui prône "respect et estime" entre musulmans et catholiques

L'archevêque de Reims confiait à nos confrères de La Croix en août 2018 "avoir beaucoup appris auprès de Mgr Vingt-Trois, et d’abord à ne pas se soucier de l’image que l’on peut produire". Il y a quelques jours, il en a donné la preuve en allant inaugurer le 14 mars 2018 la mosquée de Reims, ce qui lui a valu certaines critiques. Et un soutien affirmé de la communauté musulmane. Lors de cette inauguration, il avait adressé un message de rassemblement. 

"Nos églises et nos mosquées, nos lieux de prière et d’instruction doivent être des lieux où chacun va puiser de la force, de l’énergie, de la générosité pour aller vers les autres avec respect et estime, avec confiance, avec le désir de construire ensemble.
Puisse la joie de ce jour éclairer la vie des Musulmans de Reims pour longtemps et puisse-t-il être le gage que notre Ville sera toujours une ville de relations mutuelles confiantes et pleines de projets !
". 
- Eric de Moulins-Beaufort, archevêque de Reims.

 

Face aux critiques sur sa présence dans cette mosquée à Reims, Eric de Moulins-Beaufort a répondu sans détour dans un post : "J’aimerais que les hommes catholiques inquiets de la présence de l’Islam dans notre pays soient aussi assidus à la messe ou à l’adoration eucharistique que les hommes que j’ai vus à la mosquée un jeudi soir à l’heure de la prière." 


Un utilisateur des réseaux sociaux

Dans sa publication Facebook, le nouveau président de la Conférence des évêques de France assure qu'il "n'oublie pas Reims et les Ardennes".

A lire aussi

Sur le même sujet

Les + Lus