Coronavirus : les inégalités se creusent dans la Marne selon le Secours Populaire

Le confinement a fait exploser le nombre de nouveaux précaires. Le Secours populaire de la Marne a enregistré dans le département une hausse de 36 % des demandes pendant la période de confinement. L'association tire aujourd'hui la sonnette d'alarme. 
Dans la pièce exiguë, éclairée par des néons, les bénévoles s'activent. L'accueil se fait au compte-gouttes. Comme tous les mercredis, le Secours populaire de Reims (Marne) organise dans ses locaux du quartier Courlancy une distribution alimentaire. Le long des murs, des étagères remplies de farine, conserves ou encore fruits et légumes frais.

Les bénévoles régulent les entrées : pas plus de trois personnes à la fois et la prise de rendez-vous en amont est obligatoire. Des contraintes qui ne découragent pas les bénéficiaires. "Je vis des mois compliqués. Pendant le confinement, beaucoup d'associations ont fermé. Heureusement qu'ici, c'est resté ouvert et que l'équipe nous a encouragés à continuer à venir," témoigne une jeune femme qui souhaite garder l'anonymat. 
 


36 % de bénéficiaires en plus dans le département

Selon le dernier baromètre de l'association, publié ce mercredi 30 septembre, les demandes d'aide alimentaire à l'échelle nationale ont explosé pendant les deux mois de confinement : près d'un requérant sur deux était un nouveau-venu. Les chiffres dans le département sont tout aussi alarmants. Pendant cette période, l'antenne rémoise du Secours populaire est restée ouverte tous les jours.

"Nous avons vu affluer de nouveaux publics, explique Patricia Le Corvic, secrétaire générale du Secours populaire dans la Marne. Nous avons reçu par exemple des étudiants privés de contrats d'alternance, des intérimaires du monde de la restauration, beaucoup de familles monoparentales." Entre les mois de mars et mai, le Secours populaire a aidé plus de 6.000 personnes dans le département, en distribuant des produits alimentaires et d'hygiène ; 36 % d'entre elles étaient de nouveaux bénéficiaires. 
 
Le baromètre Ipsos-Secours populaire révèle donc un creusement rapide des inégalités, directement lié à la crise du coronavirus. L'alimentation est l'un des premiers domaines impactés. Selon l'étude, 40 % des Français se restreignent sur la qualité de leur nourriture. Mais d'autres disparités sont mises à jour : la fracture numérique s'est aggravée, accentuant le retard des écoliers déjà en difficulté. En tout, 500 000 enfants auraient décroché scolairement. 


Une perte financière inédite

La crise sanitaire a également créé un trou dans les caisses du Secours Populaire. Beaucoup d'actions de collectes de fonds ont dû être mises en veille. L'antenne marnaise enregistre ainsi une perte cumulée de plus de 85.000 euros entre mars et juin sur un budget annuel de 650.000 euros. 

La hausse des demandes nous a obligés à piocher dans des aides financières qui auraient dû s'étaler jusqu'à la fin de l'année. On a puisé dans nos stocks et la situation est plus compliquée pour nous aujourd'hui que pendant le confinement. 

Jean-Marie Bertin, bénévole au Secours Populaire 51
 


La crise a créé des vocations de bénévoles

Mais l'équipe de l'antenne rémoise souhaite avant tout retenir un chiffre : 78 % des 16-24 ans se disent prêts à s'impliquer personnellement pour aider les personnes en situation de pauvreté. La crise sanitaire a drainé de nouveaux bénévoles, surtout des jeunes : "Pendant le confinement, 130 jeunes se sont proposés pour nous aider dans tout le département. Cet élan de solidarité me donne de l'espoir," conclut Jean-Marie Bertin. 
 
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